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Agnès Jaoui filme le féminisme à l’épreuve du choc des générations dans "L'objet du délit" : "Parfois je trouve les jeunes femmes trop radicales, parfois je trouve ça génial"

Dans "L’objet du délit", en salles ce mercredi 27 mai, la réalisatrice Agnès Jaoui plonge dans les coulisses d’un opéra secoué par une affaire d'agression sexuelle. Présenté au Festival de Cannes, le film explore les fractures entre générations de femmes, entre féminisme historique, radicalité des plus jeunes et débats sur la présomption d’innocence.

Agnès Jaoui, réalisatrice et comédienne, est l'invitée de RTL Soir ce mardi 26 mai.

Crédit : RTL

Agnès Jaoui : "Parfois, je trouve les jeunes femmes trop radicales, parfois je trouve génial qu'elles le soient"

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Anne-Sophie Lapix

Après avoir mis en scène Don Giovanni au théâtre du Capitole, la réalisatrice Agnès Jaoui transpose cet univers dans son nouveau film L’objet du délit, une comédie chorale située dans les coulisses d’un opéra où tout vacille après qu'une accusation d’agression sexuelle impliquant un chanteur éclate. L'incident met en péril la production et force chacun à prendre position.

Derrière la satire du monde de l’opéra, la cinéaste s’intéresse surtout à la manière dont les femmes se divisent face aux luttes féministes. "Cela parle du choc des générations", explique-t-elle. "On voit bien qu’il y a certaines plus anciennes féministes qui n’ont pas exactement le même point de vue que des plus jeunes, plus radicales". 

Le film évite pourtant le face-à-face caricatural entre "anciennes" et "jeunes militantes". Agnès Jaoui insiste sur la complexité des positions : "Tout le monde n’a pas raison, mais tout le monde a des raisons d’agir et de se positionner comme il se positionne".

La réalisatrice reconnaît elle-même ses propres contradictions face à cette nouvelle génération féministe. "Parfois je trouve les jeunes femmes trop radicales et parfois je trouve génial qu’elles soient trop radicales", confie-t-elle. "Pour que les droits des femmes avancent vraiment, il y a un moment où on ne sait plus quoi faire".

Entre présomption d’innocence et hypervigilance

Dans L’objet du délit, les points de vue s’affrontent : soutien à la victime présumée, défense de la présomption d’innocence, rejet des comportements sexistes ou fatigue face aux conflits permanents.

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Agnès Jaoui regrette d’ailleurs l’impossibilité du débat sur ces sujets. "Si on dit qu’on est pour la présomption d’innocence, on a l’impression d’être un traître tout de suite auprès de certaines féministes", estime-t-elle. "Et ça y est, il n’y a plus de discussion possible."

Pour autant, elle dit comprendre "l’hypervigilance" des jeunes femmes face au patriarcat. "Moi, ça fait plutôt trente ans que je suis féministe, mais avec très peu de femmes, et c’était complètement ringard", raconte-t-elle. "Quand j’en parlais à des étudiants, ils me répondaient : 'Il n’y a plus de problème'".

Selon elle, le réveil féministe actuel marque donc aussi une rupture générationnelle profonde. "Pendant des années, ça n’avait plus de sens d’être féministe. C’était la ringardise absolue."

Des femmes plus dures avec les jeunes générations ?

Dans le film, son personnage apparaît particulièrement sévère envers la jeune metteuse en scène, moquant ses idées et ses contradictions. Une manière, aussi, d’interroger une génération de femmes ayant réussi dans des milieux masculins sans toujours adhérer aux nouveaux codes militants.

"Il y a toute une génération de femmes qui s’en est sortie sans avoir besoin de tout ça", analyse Agnès Jaoui. "Et qui, du coup, est peut-être un peu moins tendre avec les jeunes générations."

Certaines sont même accusées de complaisance vis-à-vis des comportements sexistes. Une accusation que la réalisatrice rejette fermement : "Je me désolidarise totalement de ça. C’est une violence encore plus grande vis-à-vis de leurs consœurs que vis-à-vis des masculinistes".

À travers cette comédie de tensions, Agnès Jaoui signe un film traversé de désaccords mais aussi d’une même volonté : faire évoluer des rapports de pouvoir qui, selon elle, n’ont finalement "pas tant changé depuis le 18e siècle".

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