4 min de lecture Théâtre

Mort de Robert Hossein : un Casanova devenu architecte d'un théâtre monumental

PORTRAIT - Celui qui fut le séduisant Jeoffrey de Peyrac était aussi le créateur d'un théâtre titanesque et populaire fondé sur des grandes figures historiques.

Robert Hossein et Brigitte Bardot dans "Le Repos du guerrier"
Robert Hossein et Brigitte Bardot dans "Le Repos du guerrier" Crédit : UPI / AFP
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud
et AFP

Les téléspectateurs se rappelleront certainement de son rôle de grand séducteur dans la saga cathodique rediffusée chaque année depuis des décennies : Angélique, marquise des anges. Monument du théâtre, le comédien et metteur en scène Robert Hossein, connu pour ce rôle du comte de Peyrac dans la série avec Michèle Mercier est décédé le jeudi 31 décembre 2020. Il est mort "à l'hôpital", après "un problème respiratoire", a indiqué son épouse, la comédienne Candice Patou. L'acteur avait fêté un jour avant sa mort ses 93 ans.

Mais si Robert Hossein était une star éclatante du petit écran dans les années 60, il ne faut certainement pas réduire sa carrière à ce seul rôle. Il était un géant du théâtre, un théâtre populaire et spectaculaire qui reposait bien souvent sur des grandes sagas historiques. 

"Du théâtre comme vous n'en verrez qu'au cinéma", prônait ce créateur de superproductions comme Un homme nommé Jésus, (700.000 spectateurs), L'affaire du courrier de Lyon (600.000) ou encore Les Misérables ou encore Notre-Dame de Paris (480.000). Mais bien avant de remplir le Palais des Sports et de faire de la réclame pour des sonotones, il était un acteur qui a cherché à se débarrasser de son étiquette de sex symbol des sixties.

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Angélique, Marquise des anges (1964) Bande annonce française

"Il a été acteur, auteur, metteur en scène, c'était le prince du théâtre populaire, on ne compte pas ses succès, il avait un sourire charmeur, un œil de velours, une belle voix : que d'atouts pour un homme qui avait le charme de Robert Hossein - c'est normal puisque c'était lui !", a réagi l'ancien président du Festival de Cannes Gilles Jacob.

Pauvreté et école buissonnière

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C'est très loin de la jet-set qu'il grandit, entre une chambre de bonne à Paris -"où ma famille pissait sur le palier"- et de multiples pensionnats. Né le 30 décembre 1927 d'un père iranien zoroastrien compositeur et d'une mère russe orthodoxe, Robert Hossein, né Abraham Hosseinoff, a grandi dans la pauvreté et décidé après la guerre, à 15 ans, de se consacrer à l'art dramatique. 

Robert Hossein a d'abord été un garçon imaginatif, pratiquant ardemment l'école buissonnière. "Mes parents étaient magnifiques mais sans un rond. J'étais livré à moi-même. J'étais le chat botté toujours en train d'inventer un stratagème pour survivre", raconte-t-il dans son livre Lumière et Ténèbres (2002). "Je me tirais, j'allais au cinoche. Au retour, je jouais tous les rôles, j'embellissais, je mélangeais tous les univers qui me faisaient rêver (...) Je n'ai pas changé".

Après la guerre, il décide à 15 ans de se consacrer à l'art dramatique. Il suit les cours de René Simon, vit d'expédients à Saint-Germain-des-Prés. Il y rencontre Sartre et Genet et joue dans Haute surveillance

Le "Casanova de midinettes"

En 1950, il remplace au pied levé Daniel Gélin dans La neige était sale, adaptation théâtrale d'un roman de Simenon. Il y rencontre Frédéric Dard. "J'ai vu débarquer une espèce de loup insolent, l'air famélique, mal fringué, avec un regard de braise", se souvient à l'époque San Antonio qui va devenir son grand ami. Il fait ses débuts au cinéma en 1948 dans Le Diable boîteux de Sacha Guitry, puis il donne la réplique à Brigitte Bardot dans Le repos du guerrier (1962). Il devient l'acteur fétiche de Roger Vadim avec Le Vice et la Vertu ou Barbarella dans les années 60.

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VICE AND VIRTUE Trailer

En 1955, il réalise son premier film, Les salauds vont en enfer, adaptation de la pièce de San Antonio où il joue avec sa première femme, Marina Vlady. Il réalise aussi les polars Pardonnez nos offenses (1956) et Toi le venin (1959). A 34 ans, il épouse la fille de Françoise Giroud, Caroline Eliacheff, tout juste âgée de 15 ans. Arrivent les Angélique qui le consacrent comme vedette internationale.

Pourtant, en 1970, le "Casanova de midinettes" comme l'appelait Marguerite Duras, décide de tout quitter. "Je n'aboutissais à rien, je devenais esclave de mon image". "Je ne suis pas mondain pour un sou. Ces ronds de jambe, ces couilleries, j'en ai rien à foutre", déclara-t-il plusieurs années après.

Jésus au coeur

Boulimique de travail, Robert Hossein se démène, au point que sa "rage de faire" le conduit à diriger en 1970 le théâtre populaire de Reims. Là, il crée une école de théâtre où vont se côtoyer Isabelle Huppert, Jacques Weber, Jacques Villeret, Patrick Chesnais, et Isabelle Adjani

Robert Hossein a toujours vu les choses en grand. Il réalise son rêve de réaliser des spectacles populaires avec plus de 100 comédiens sur scène. Mais quand il essaie d'instituer un "rapport qualité-prix" au théâtre, il est vilipendé par ce qu'il appelle lui-même "l'intelligentsia parisienne". S’il a dirigé le théâtre Marigny et mis en scène Jean-Paul Belmondo, Robert Hossein, aura aimé par-dessus tout le Palais des Sports et le Stade de France où, dans ses méga-productions comme Notre-Dame de Paris, Ben Hur, Marie-Antoinette ou Bonaparte, il faisait réagir et même agir le public. De Jules César à Jean-Paul II, il raconte, avec l'historien Alain Decaux, des personnages historiques. Son œuvre devient un théâtre de masse qui parle au cœur.

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Un homme nomme Jésus

La dernière passion de sa vie fut la religion. À 50 ans, il se fait baptiser en même temps que son fils Julien, fruit d'un troisième mariage. "Ce n'est pas moi qui monte le spectacle, Dieu m'aide pour tout", aimait répéter cet humaniste mystique et souvent grandiloquent. "Si le public ressort de mes spectacles avec au cœur l'envie d'aimer un peu plus son prochain, avec l'envie d'aimer un peu plus son prochain, disait-il, avec l'envie de se battre pour plus de fraternité, avec le dégoût de l'injustice et de l'inégalité, alors je suis content, je pense avoir été utile".

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