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Pourquoi la France tourne le dos à Palantir, géant de la surveillance proche de la CIA, pour gérer les données des renseignements intérieurs

Le gouvernement français veut prendre ses distances avec Palantir, dont le cofondateur est un proche de Donald Trump. L'entreprise américaine était jusqu'alors utilisée par le renseignement intérieur et va être remplacée par ChapsVision. Palantir assure néanmoins avoir renouvelé en décembre son contrat pour trois ans.

Des lignes de code sur un ordinateur

Crédit : Pexels (Creative Commons)

AFP - édité par Marine Langlois

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Pour bâtir "une véritable autonomie stratégique", le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé mardi 16 juin des investissements supplémentaires dans l'IA et une prise de distance avec le géant américain Palantir, utilisé dans le renseignement, au profit d'une solution française.

Le renseignement intérieur français (DGSI) va rompre avec l'entreprise, dont le cofondateur Peter Thiel est proche du président américain Donald Trump, qui sera remplacé par la société française d'analyse de données ChapsVision, a indiqué le Premier ministre dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux, à la veille de l'ouverture à Paris du salon VivaTech, plus grand événement européen dédié aux nouvelles technologies.

De son côté, Palantir a réagi dans un communiqué en assurant que son contrat avec la DGSI, renouvelé en décembre pour une durée de trois ans, restait à ce jour "pleinement en vigueur". L'exécutif n'a pas détaillé le calendrier de la migration.

"Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le numérique", a-t-il justifié, désireux de "construire une véritable autonomie" pour ne "pas dépendre du bon vouloir de certains partenaires, capables (...) de couper le robinet d'accès" à l'IA.

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ChapsVision "a désormais vocation à devenir le socle technologique sur lequel s'appuieront, au-delà du ministère de l'Intérieur, de nombreuses administrations publiques pour leurs besoins critiques de traitement de la donnée", a précisé l'entreprise dans un communiqué. Fondée en 2019, la start-up qui a généré 200 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025, développe un outil de collecte, préparation et analyse de quantités massives de données. Elle a aussi été choisie par l'agence allemande du renseignement intérieur, selon la presse spécialisée.

"655 millions d'euros supplémentaires" pour développer l'IA

Le chef du gouvernement a par ailleurs annoncé que le programme public d'investissements dans l'innovation France 2030 consacrera "655 millions d'euros supplémentaires" au développement de l'IA. Cette somme viendra "soutenir les infrastructures, les capacités de calcul, la recherche, les entreprises et les filières industrielles", a-t-il détaillé.

Les services de l'État seront aussi dotés de plus d'outils d'IA, avec notamment le déploiement d'un agent conversationnel auprès d'un million d'agents de la Fonction publique d'État (sur un total de 2,6 millions). Après le "temps des expérimentations", "le temps de la généralisation commence", "parce qu'on ne peut pas se reposer sur les outils développés par des puissances étrangères" et que "les données de l'État sont notre richesse et doivent rester protégées", a-t-il fait valoir.

L'administration Trump a ordonné la semaine dernière à la start-up américaine d'intelligence artificielle Anthropic de suspendre à "tout ressortissant étranger" l'accès à ses deux modèles les plus puissants, Claude Fable 5 et Mythos 5, invoquant la "sécurité nationale". Anthropic a finalement décidé d'en couper l'accès pour tous. L'injonction de la Maison-Blanche a toutefois fait réagir plusieurs candidats déclarés ou potentiels à la présidentielle en France. Ils ont alerté contre une "guerre de l'IA" et le besoin d'indépendance face aux États-Unis. Le président du Medef, Patrick Martin, a toutefois jugé que ces investissements étaient encore insuffisants et "à la mesure des moyens très faibles dont la France dispose du fait de l'état de ses finances publiques". 

Pour inciter l'État français à recourir à l'IA, en espérant faire en même temps des économies, Sébastien Lecornu prévient que la "capacité" des ministères à utiliser l'IA "sera désormais prise en compte dans les arbitrages budgétaires" pour 2027.

Lutter contre les outils d'IA clandestins dans les ministères

L'assistant IA, alimenté par les modèles de la start-up française d'IA Mistral et qui devrait coûter environ 700.000 euros, doit aider à fluidifier la gestion de certaines procédures judiciaires ou assister les enseignants-chercheurs dans leurs appels à projets. Le gouvernement espère notamment réduire l'usage d'outils d'IA "clandestins" qui peuvent comporter des risques pour la sécurité.

Ces annonces s'inscrivent dans le contexte d'une réorganisation du numérique de l'État, après une importante attaque informatique visant l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), qui a concerné les données de près de 12 millions d'utilisateurs. Les ministères de la Justice et de l'Intérieur disposeront en outre "dès cette année" des technologies "les plus avancées" du portail GenIAl, déjà utilisé par les armées, afin de "traiter des données sensibles" ou "accélérer le traitement des visas".

En matière de santé, le site Ameli de l'Assurance maladie disposera d'un "assistant santé public" à base d'intelligence artificielle pour mieux guider les patients. Sébastien Lecornu promet également, grâce à l'IA, un meilleur accès aux données publiques, du type démographiques, économiques, géographiques et administratives, via une nouvelle plateforme dédiée.

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