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"Un incontournable des municipales" : comment la vente du Parc des Princes s'est imposée comme l'un des sujets concrets de la campagne à Paris

Si les modalités divergent, quatre des six principaux candidats à la mairie de Paris sont ouverts à une cession du stade au PSG, afin de voir rester un symbole de la ville dans la capitale. Mais également de mobiliser une base d'électeurs parmi les suiveurs.

Vue aérienne du Parc des Princes, dans le XVIe arrondissement de Paris.

Crédit : Emmanuel DUNAND / AFP

Gabriel Joly & AFP

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Paris vendra-t-il le Parc des Princes au PSG, qui y accueille Chelsea en huitièmes de finale aller de Ligue des champions, mercredi 11 mars ? Si la campagne des municipales (15-22 mars) a démarré tardivement et voit essentiellement les candidats s'invectiver, plutôt que d'aborder les mesures qu'ils souhaiteraient mettre en place en tant que futur maire de la capitale, le sort de la mythique enceinte du XVIe arrondissement s'impose comme l'un des rares sujets de débat.

Mais comment l'explique-t-on, quand les questions liées au logement social, à la santé ou même à la sécurité, sont souvent passées sous silence ? "Le football, c'est le plus petit dénominateur commun de tous les candidats. C'est le sujet sur lequel on doit obligatoirement avoir un avis : il s'agit d'un incontournable des municipales car les communes gèrent les stades", répond Philippe Moreau Chevrolet, expert en communication politique à RTL.fr.

"Le Parc, ça ancre un candidat dans son identité parisienne et c'est très rassembleur. Cela donne un gain d'image et un gain électoral que de se montrer comme celui qui va défendre le club local", ajoute-t-il.

61% des Parisiens sont favorables au rachat du stade par le club

Il n'est d'ailleurs pas étonnant de voir que l'idée d'une cession au PSG fasse la quasi unanimité chez les six principaux candidats puisque le Collectif Ultras Paris (CUP), le plus important groupe de supporters, souhaite voir son équipe rester dans son antre historique. La banderole "Le PSG, c'est au Parc" est d'ailleurs régulièrement brandie dans le virage Auteuil, tandis que 61% des Parisiens sont favorables au rachat du stade par le club, d'après un récent sondage. 

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"Une grosse partie des fans n'est pas marquée politiquement. Cela permet donc de les rallier à soi, ou du moins de ne pas les avoir contre soi", note Philippe Moreau Chevrolet. Plutôt utile pour éviter de ne traîner comme un boulet son impopularité durant tout son mandat comme Anne Hidalgo. Et ce, alors que le nouveau mode de scrutin induit "une sanction beaucoup plus directe sur les candidats". "Le rapport de force est beaucoup plus en faveur des supporters", alors que l'actuelle édile "ne pouvait pas être mise en cause tant que le PS contrôlait le territoire" car élue par les maires d'arrondissement.

La tête de liste LR Rachida Dati le promet donc : "Je ferai rester le PSG à Paris". "Le PSG est une marque qui concourt au prestige de la capitale", défend son directeur de campagne, Jérôme Sterkers. Les négociations entre la ville, propriétaire du stade, et le club sont bloquées depuis le refus de la maire PS sortante Anne Hidalgo de vendre le stade historique du club.

Face à cette opposition, le dirigeant qatarien du PSG Nasser Al-Khelaïfi a évoqué l'an dernier un possible départ vers Massy (Essonne) ou Poissy (Yvelines), appuyé par la présidente LR de la région Île-de-France, Valérie Pécresse. Le club champion d'Europe en titre martèle ainsi que la construction d'un grand stade dont il serait propriétaire est indispensable à sa croissance, et veut donc racheter l'enceinte pour mener à bien ses travaux d'agrandissement. Mais il refuse d'investir sans en avoir la propriété.

Rachida Dati souhaite par ailleurs disposer d'un village sportif et culturel autour du stade de la porte d'Auteuil, si bien qu'"au moins" 100 millions d'euros de travaux de rénovation sont à prévoir. Une ardoise que la ville ne pourrait assumer seule, prévient Jérôme Sterkers.

Les opposants à la vente ont dû s'y résoudre

Le socialiste Emmanuel Grégoire, qui assurait en 2024 que la vente n'était "pas possible", s'est finalement résolu à se montrer, lui aussi, favorable à la vente du Parc des Princes. Il souhaite proposer "deux options" au Conseil de Paris pour débloquer la situation : un bail de longue durée ou une vente mais qui serait strictement encadrée, la Ville conservant par exemple un "droit prioritaire de rachat" en plus d'exiger une protection patrimoniale du bâti. Il porte aussi un projet de "Nouveau Parc des Princes", incluant la couverture partielle du périphérique pour créer un jardin et un espace commercial dans la zone.

De quoi diviser au sein même de sa liste, notamment chez l'écologiste David Belliard, partisan d'une "consultation citoyenne". Mais cette position est "une manière de se différencier d'Anne Hidalgo", dont il est l'ex-premier adjoint et "de rétablir une relation normale avec le club", dit Philippe Moreau Chevrolet.

Dans une vidéo diffusée fin 2025, Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons soutenu par Renaissance  - opposé à la cession il y a deux ans - a assuré qu'il "rouvrira les négociations" pour que l'édifice dont l'architecture contemporaine remonte aux années 1970 "reste la maison du PSG".

Son projet : céder le stade et l'emprise foncière "pour un milliard d'euros" afin de racheter des places de parking souterraines gratuites pour en supprimer à la surface. Pierre Rondeau, économiste du sport, estime plutôt entre "100 et 300 millions d'euros " le prix d'achat, soulignant la vétusté, la petite taille, mais aussi l'histoire et la position du stade au cœur de Paris.

Le cas du Parc des Princes, une indication sur la gestion globale voulue pour la capitale

De son côté, Sarah Knafo, qui s'est affichée début février sur les réseaux sociaux dans les tribunes pour le Classique contre Marseille (5-0), est favorable à une vente qui passera d'abord par un référendum et impliquera quelques garanties "une fois la vente conclue".

À part le RN et LFI, tout le monde est d'accord pour garder le PSG à Paris. Finalement, le seul débat entre les candidats tient au degré de contrôle que la Ville va garder sur l'enceinte

Philippe Moreau Chevrolet, expert en communication politique

Mais ce spécialiste invite les Parisiens à "regarder les petits caractères" dans les programmes car les nuances entre les uns et les autres au sujet du Parc est "un révélateur des approches entre les candidats", au global. Et d'illustrer : "C'est la première fois qu'on voit vraiment la différence entre Sarah Knafo et Thierry Mariani, entre les deux natures de l'extrême droite".

La figure de Reconquête, qui se revendique d'un trumpisme pour la dérégulation, est "favorable au marché et à la mondialisation, en étant d'accord pour vendre les bijoux de famille au Qatar". À l'inverse, la liste RN menée par le député européen, évoquant une vente de "la France à la découpe aux monarchies du Golfe", ne veut pas livrer le Parc à un tiers de "l'étranger".

"Cela permet de savoir déjà un peu comment ils comptent gérer la ville", souligne l'expert en communication. "On voit bien la ligne de clivage entre les modérés, comme Bournazel et Grégoire, et puis des gens qui sont plus dans une attitude populiste orientés vers le privé", poursuit-il. À ce titre, Sarah Knafo veut par exemple organiser des consultations citoyens et des votes locaux sur le sujet, ce qu'elle compte également faire pour tout projet municipal de plus de 10 millions d'euros.

"Voir le maire de Paris revenir au stade"

Le PSG dispose d'un bail emphytéotique au Parc des Princes jusqu'en 2044. En 2023, il avait proposé 38 millions d'euros pour racheter l'enceinte, une offre jugée à l'époque "assez peu respectueuse du patrimoine de Paris", selon Pierre Rabadan, adjoint d'Anne Hidalgo en charge des sports, "qui fermait donc l'hypothèse d'une vente".

Cette ligne persiste ainsi auprès du RN, mais aussi de La France insoumise. "On est contre la vente du patrimoine de la ville", assure le conseiller écologiste de la majorité sortante Émile Meunier, rallié à la liste LFI de Sophia Chikirou. "Si vous vendez le Parc des Princes, c'est one shot, après vous n'avez plus le contrôle".

Une chose est sûre, la ou le successeur(e) d'Anne Hidalgo devrait de nouveau se montrer dans les tribunes du Parc des Princes, au vu des postures des favoris à l'écharpe. "Ce sera extraordinairement symbolique de voir le maire de Paris, quel qu'il soit, revenir au stade", confirme Philippe Moreau Chevrolet, quand ce petit événement pourrait intervenir au retour de la trêve internationale, pour le match de Ligue 1 du 3 avril contre Nice. Mais en attendant, le grand vainqueur de ces municipales est tout trouvé : c'est le Paris Saint-Germain, dont le départ de son stade ne semble plus totalement d'actualité.

Les candidats déclarés aux élections municipales à Paris sont Pierre-Yves Bournazel (Horizons, soutenu par Renaissance), Blandine Chauvel (NPA), Sophia Chikirou (La France insoumise), Rachida Dati (Les Républicains, soutenue par le Modem et l'UDI), Emmanuel Grégoire (Union de la gauche), Sarah Knafo (Reconquête), Thierry Mariani (Rassemblement national), Marielle Saulnier (Lutte ouvrière) et Mahel Pierot-Guimbaud (Les coupes budgétaires à Paris, ça suffit).

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