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Marine Le Pen et Jordan Bardella en septembre 2024
Crédit : Ludovic MARIN / AFP
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Le Rassemblement national fait face à une nouvelle tempête médiatique à l'aube de la campagne présidentielle. Mediapart a publié, lundi 28 septembre, des révélations sur des messages antisémites datant de 2013 attribués à Jordan Bardella, alors qu'il était jeune militant du Front national (FN). "Les banques sont toutes détenues par des Juifs", aurait notamment écrit le futur président du Rassemblement national (RN), ce qu'il conteste "formellement".
Face à ces dénégations, le journal d'investigation a renchéri, jeudi 1er octobre, en publiant un nouvel article dans lequel il assure avoir fait authentifier les écrits par Meta, la maison-mère de Facebook, et par un huissier. L'intéressé dénonce de "pseudo-preuves".
En réponse, Jordan Bardella a opté pour la contre-attaque. Le patron du RN dénonce une "tentative de déstabilisation" et parle de "guerre totale" lancée contre son camp. Une séquence qui intervient alors que la favorite des sondages, Marine Le Pen, le prédestinait au rôle de Premier ministre en cas de victoire. "On assiste à un début de campagne particulièrement chaotique", analyse le politologue Alexandre Dézé, interrogé par RTL.fr.
Mais la dynamique électorale va-t-elle changer après cette affaire ? La dernière enquête Elabe, sortie le 1er octobre avant la deuxième salve de révélations, pointe une parfaite stabilité du ticket Le Pen-Bardella, avec 37% des intentions de vote. Avant la parution de l'enquête, le dernier sondage RTL plaçait également Marine Le Pen au second tour dans tous les cas de figure, avec 35 à 36% des suffrages.
"Autrefois, ce genre de révélations - ou toute autre saillie verbale, notamment de Jean-Marie Le Pen - pouvait avoir un coût pour le parti, que ce soit dans les sondages ou dans les urnes. Rien ne semble vraiment affecter sa dynamique sondagière et électorale, même la récente condamnation pourtant lourde de Marine Le Pen", nuance Alexandre Dézé, aussi auteur de Idées reçues sur l'extrême droite (Éditions du Cavalier bleu, à paraître en novembre) avec Safia Dahani.
"Le temps médiatique se déploie à une telle vitesse aujourd’hui qu’un événement chasse rapidement l’autre, brouillant notre mémoire des faits", poursuit l'expert. "Et puis n’oublions pas que c’est Marine Le Pen qui est candidate, et non Jordan Bardella."
Quant à l'électorat du RN, il s'agit de "l'un des plus consolidés" selon le politologue. "Une partie interprétera sans doute les révélations de Mediapart comme une nouvelle marque d’hostilité médiatique à l’égard du parti." C'est précisément la stratégie de défense employée par le parti à la flamme. Marine Le Pen, qui s'est encore affichée avec son dauphin mardi, a notamment dénoncé une "barbouzerie".
"Les principaux cadres, au premier rang desquels Jordan Bardella lui-même, nient en bloc les accusations qui sont portées à l’encontre du président du parti d’extrême droite et, par le recours à un vocabulaire 'guerrier', dénoncent une volonté du 'système' de nuire au RN, alors en forme dans les sondages d’opinion", complète Benjamin Briard, chercheur en socio-politique, pour RTL.fr.
Sur le terrain, la rhétorique de la jeunesse l'emporte chez les sympathisants. "Même si c'était peut-être réellement vrai, c'est peut-être une histoire qui date quand il était vraiment beaucoup plus jeune. Donc pour moi, je ne vois pas trop pourquoi cette affaire viendrait bousculer maintenant son futur mandat dans l'avenir", relativise une électrice de
Saint-Savin (Gironde), mairie RN depuis les dernières élections municipales, au micro de RTL.
"S'il avoue qu'il a fauté, qu'il dise 'en vrai j'étais jeune et que maintenant j'ai compris que c'était faux et que c'est pas la réalité', ça ne me choquerait pas de voter Le Pen", indique aussi Raphaël, interrogé en Île-de-France, qui songe à glisser un bulletin RN en 2027. Mais Raphaël l'assure pour qu'il se décide définitivement à opter pour le RN. Il faudra que le parti soit exemplaire. Les brebis galeuses, ce n'est plus possible, conclut-il.
Mais si le socle tient, la séquence n'en reste pas moins dommageable pour le RN. Selon Benjamin Briard, l'affaire demeure "néfaste" pour l'extrême droite, "a minima, parce qu’elle rend nécessaire pour le parti et ses cadres d’y consacrer l’essentiel de leur temps et de leur énergie, au détriment d’autres enjeux de campagne".
Surtout, le pari est risqué pour Jordan Bardella lui-même, devenu la figure forte de l'extrême droite française. "Il a même redoublé son risque en mettant en cause l'authenticité de ce qui s'était passé", analyse Alain Duhamel sur RTL ce vendredi matin. "Aujourd'hui, non seulement il apparaît comme responsable de ce qui s'est passé, mais en plus comme niant ce qui a été établi, ce qui n'est pas une bonne situation."
Le véritable danger se situe ainsi sur la capacité du RN à rassembler au-delà de ses sympathisants. "Il faut distinguer les électeurs du premier et du second tour", pointe Alain Duhamel. Si ceux qui votent Marine Le Pen dès le premier tour resteront "solidaires", l'éditorialiste considère que la polémique devient "un vrai handicap" pour convaincre au-delà du socle militant.
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