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Pourquoi la France a décidé d'armer ses drones militaires

ÉCLAIRAGE - La ministre des Armées, Florence Parly, a annoncé la décision d'armer les drones de surveillance à l'horizon 2019, "sous peine de voir la France déclassée".

Un drone Reaper utilisé par l'armée française (illustration)
Un drone Reaper utilisé par l'armée française (illustration)
Claire Gaveau
Claire Gaveau
Journaliste RTL

Une annonce qui n'est pas passé inaperçue. Après de longues discussions, la France a en effet annoncé ce mardi 5 septembre qu'elle allait se doter de drones armés à l'horizon 2019. "J'ai décidé d'engager le processus d'armement de nos drones de renseignement et de surveillance", a déclaré la ministre des Armées, Florence Parly, devant un parterre de militaires et de parlementaires à l'Université d'été de la Défense à Toulon. 

Les six drones de surveillance de fabrication américaine Reaper que l'armée française recevra en 2019 devraient être ainsi équipés d'un armement, en attendant la mise en service d'un drone MALE européen conçu avec l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne à l'horizon 2025

En mai dernier, un groupe de travail co-présidé par les sénateurs Cédric Perrin et Gilbert Roger évoquait dans un rapport "l'enjeu de souveraineté" concernant les drones d'observation et les drones armés. "En réalité, les drones sont déjà extrêmement présents dans la boucle décisionnelle des frappes aériennes. Les armer constituerait une étape logique supplémentaire, afin de tirer pleinement partie de leur potentiel", expliquaient-ils alors.

Les États-Unis et Israël, les précurseurs

Avec ces drones armés, la France rejoint un cercle fermé composé d'une dizaine de pays. Les États-Unis et Israël ont été précurseurs dans ce domaine. En Europe, le Royaume-Uni aussi dispose de dix drones Reaper armés et l'Italie va armer ses neuf Predator et six Reaper américains. L'Allemagne a annoncé pour sa part son intention de louer des drones armés israéliens Heron à partir de 2018.

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Le Moyen-Orient connaît aussi "une véritable prolifération des drones armés", qui seraient utilisés par l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l'Irak, l'Iran, le Pakistan et la Turquie, selon le rapport des sénateurs français. D'autres pays en sont équipés ou envisagent de le faire, de la Chine à l'Asie centrale.  

La France ne saurait passer à côté sous peine de se voir déclassée

Florence Parly
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"Il s'agit d'une capacité clé du combat de demain, comme l'ont été, à leur époque, le blindé ou l'avion. La France ne saurait passer à côté sous peine de se voir déclassée", a insisté Florence Parly. 

Une pression constante sur les ennemis

Ces drones feront peser une menace permanente sur les groupes armés terroristes, en particulier au Sahel, grâce à leur discrétion mais aussi et surtout grâce à leur grande autonomie. Si une cible est repérée, ils pourront être engagés beaucoup plus rapidement qu'un avion pour la "neutraliser".

"Les drones de surveillance apportent au combat moderne leur discrétion et leur capacité à durer sur les zones d'action (...) À l'avenir, avec la décision que j'annonce aujourd'hui, les drones armés permettront d'allier en permanence la surveillance, l'endurance dans la discrétion et la capacité de frappe, au moment le plus opportun. Ainsi, nous gagnons en efficacité et nous limitons le risque de dégâts collatéraux", a déclaré Florence Parly.

De plus, un enjeu économique existe également derrière cette annonce. Jusqu'à présent, les drones servaient uniquement à réaliser d'importantes mais coûteuses missions de renseignements. "Concrètement, le Reaper en mission au Mali repère un véhicule suspect ou un camp de terroristes puis transmet ses images au commandement qui envoie ensuite un avion Rafale ou Mirage 2000D pour détruire l'objectif deux à trois heures plus tard", écrit alors Le Parisien pour illustrer la situation.

Une avancée régulièrement contestée

Mais cette annonce ne fait pas l'unanimité. Et la ministre des Armées a voulu anticiper les contestations possibles alors que ces armes pilotées à distance suscitent certaines "craintes". Florence Parly a ainsi assuré qu'il ne s'agissait pas de "robots tueurs" et qu'ils seraient utilisés avec les mêmes règles d'engagement que les armes actuelles. "Qu'il s'agisse d'un canon Caesar, d'un missile de croisière, d'un Rafale, si l'opérateur est physiquement éloigné de l'objectif, l'homme n'en est pas moins au cœur de l'engagement du feu. Il en ira de même pour les drones", a-t-elle souligné.

Selon leurs détracteurs, les drones armés "déshumanisent" la guerre, avec des pilotes qui agissent à distance et des "assassinats ciblés" contestables d'un point de vue éthique et juridique.

La France possède actuellement six Reaper - cinq basés à Niamey pour les opérations de surveillance des jihadistes au Sahel et un à Cognac, dans le sud-ouest de la France - qui pourraient être également armés à l'horizon 2020. Une première échéance avant la mise en place d'un drone européen, qui devrait être réalisé en coopération avec l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne.

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