4 min de lecture Bernard Debré

Municipales à Paris : les Tiberi, le caillou dans la chaussure de la droite

DÉCRYPTAGE - La candidature dissidente de Dominique Tiberi dans le Ve arrondissement n'est qu'une péripétie de plus dans la vie politique de la capitale. Depuis 2001, le nom Tiberi trouble la quiétude de la droite à Paris.

Jean Tibéri, maire du Ve arrondissement de Paris, le 12 novembre 2012
Jean Tibéri, maire du Ve arrondissement de Paris, le 12 novembre 2012 Crédit : AFP / PATRICK KOVARIK
Romain Renner
Romain Renner
Journaliste RTL

Les Tiberi vont-ils devenir la bête noire de la droite parisienne ? Jean Tiberi fait de nouveau l'objet de vives critiques de la part de l'un de ses collègues de l'UMP.

Et c'est au tour de François Fillon de critiquer la position de l'ancien maire de Paris vis-à-vis de Nathalie Kosciusko-Morizet. "J’ai beaucoup de respect pour Jean Tiberi, qui a été un excellent maire du Ve arrondissement et qui a joué comme maire de Paris (de 1995 à 2001, ndlr) et aux côtés de Jacques Chirac un rôle souvent bien méconnu. Mais il faut penser à l’intérêt général, de l’arrondissement, de Paris qu’on ne pourra gagner que si nous sommes rassemblés", déclare l'ancien premier ministre.

Le Ve arrondissement n'appartient pas aux Tiberi

En cause, la candidature dissidente de Dominique Tiberi, fils de, dans le Ve arrondissement de la capitale. S'il s'agit sans contestation possible du fief des Tiberi - Jean en est le maire depuis 1983 (1983-1995 puis 2001-2014) -, l'UMP a préféré y investir Florence Berthout. Une situation que n'accepte pas le clan Tiberi, élu depuis 1965 au Conseil de Paris.

Dominique Tiberi estime, lui, que sa candidature "est légitime". Pis, l'actuel élu du Ve arrondissement en veut à François Fillon, à qui il a apporté son soutien par le passé, et le qualifie de "traître" : "Je ne parle pas de l’aspect moral de monsieur Fillon, à qui j’ai laissé mon siège (de député de Paris, ndlr) et qui s’est mal conduit".

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Le député de Paris n'est cependant pas le seul à s'opposer à la campagne anti-NKM des Tiberi. Bernard Debré s'était déjà fendu d'une lettre, le 26 décembre dernier, dans laquelle il s'en prenait vivement à Jean Tiberi. "Tu considères le Ve arrondissement comme ton fief ; fief familial dans lequel tu veux présenter coûte que coûte ton fils. Curieuse conception de la République ! (...) Tu ne te préoccupes ni de l'avenir de Paris, ni de celui de la France, mais uniquement de celui de ta famille", écrivait-il sans détour.

Le député du XVIIe arrondissement rappelait alors un douloureux souvenir à l'ancien maire de Paris, sa candidature dissidente en 2001 : "Tu as voulu t'accrocher à ton mandat quitte à faire perdre nos couleurs. Tu y es parvenu".

La rupture de 2001

Car les problèmes relationnels des Tiberi et de la droite parisienne ne datent pas des élections municipales qui se préparent, mais bien des élections de 2001. Propulsé sur le devant de la scène par Jacques Chirac, Jean Tiberi devient maire de Paris en 1995, ses listes s'imposant dans 14 des 20 arrondissements de la capitale.

Alors qu'il envisage de se représenter, six ans plus tard, le RPR de Michèle Alliot-Marie en décide autrement et impose la candidature de Philippe Séguin. Une situation que refuse Jean Tiberi, qui prépare alors sa candidature dissidente en alignant une liste par arrondissement.

Las, l'opération de rébellion ne réussit pas à l'élu, battu dans 18 arrondissements par les listes RPR. La droite s'incline alors au second tour malgré l'obtention de 51% des suffrages. Bertrand Delanoë prend la tête de la Ville tandis que Jean Tiberi s'impose dans le Ve arrondissement. Jean-François Legaret, lui aussi candidat tiberiste, prend la tête du Ier arrondissement. La retraite de Philippe Séguin en 2002 et le rapprochement des listes qui en découle ne sera qu'une courte pause dans une relation de plus en plus tumultueuse.

Affaires judiciaires et polémiques

La justice vient alors s'en mêler. Une première procédure judiciaire concerne son rôle en tant que président de l'Office public d'aménagement et de construction des HLM de Paris dans le contournement des procédures légales d'appel d'offres et des marchés, ainsi que le financement occulte du RPR. Si elle s'est terminée en 2005 par un non-lieu, cette affaire vient ternir la réputation de la droite parisienne.

L'autre grande affaire qui touche les Tiberi a trait aux soupçons de fraude électorale organisée dès 1989. Débutée en 1997, la procédure judiciaire poursuit son cours. La cour d'appel de Paris a confirmé, le 12 mars 2013, la peine de 10 mois de prison avec sursis, 10 000 euros d'amende et 3 ans d'inéligibilité prononcée à l'encontre de l'ancien maire de Paris. Le pourvoi en cassation déposé dans la foulée suspend ces sanctions et l'autorise à se présenter aux élections municipales du mois de juin.

Les Tiberi ont également été au centre de deux polémiques récentes. La première concerne Jean Tiberi et la perte de sa permanence, en avril 2009, pour défaut de paiement du loyer. C'est ensuite au tour de Dominique Tiberi de subir un fâcheux revers. Choisi par Christine Lagarde pour devenir contrôleur général économique et financier au ministère de l’Économie en janvier 2011, le candidat à la mairie du Ve a vu sa nomination annulée par le Conseil d’État, le 23 décembre suivant.

Reste à savoir si la dissidence de Dominique Tiberi risque de coûter la victoire à la droite parisienne. Si le Ve ne représente que 4 sièges au Conseil de Paris - actuellement occupés par 2 élus UMP, 1 UDI et 1 PS -, NKM ne peut toutefois se permettre de les laisser filer.

Un arrondissement de plus dans l'escarcelle de la gauche, d'autant plus s'il est historiquement situé à droite, ne peut qu'être un atout supplémentaire dans le jeu d'Anne Hidalgo.

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