4 min de lecture

Mort de Lyhanna : dysfonctionnements judiciaires, erreurs individuelles.... Un rapport accablant remis à Sébastien Lecornu ce lundi

Près de trois semaines après la découverte du corps de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, un rapport d’inspection très attendu est remis ce lundi 22 juin au Premier ministre. Le document met en lumière des "dysfonctionnements" et des "erreurs individuelles" dans le traitement des plaintes visant Jérôme Barella, principal suspect dans le viol et la mort de la fillette. Ses conclusions pourraient déboucher sur des sanctions administratives.

Mort de Lyhanna

Crédit : M6 Info

AFP

Je m'abonne à la newsletter « Politique »

Mettre RTL en favori sur Google

Qui a failli et pourquoi ? C’est à cette question que doit répondre le rapport rédigé conjointement par les services de l’inspection générale de la gendarmerie nationale et de la justice. Le document est remis ce lundi 22 juin à 11 heures sur le bureau du Premier ministre, Sébastien Lecornu pour faire la lumière sur les dysfonctionnements dans cette affaire, ont précisé les services de Matignon.

Pourquoi tant de temps perdu ? L’enquête administrative se penche aussi sur le parcours judiciaire de Jérôme Barella, principal suspect dans le viol et la mort de Lyhanna, disparue le 29 mai dernier dans le Gers. Malgré plusieurs plaintes pour des dizaines d'agressions sexuelles et viols sur mineurs, l’homme n’avait jamais été inquiété par la justice.

Selon plusieurs sources concordantes citées par l’AFP, le rapport confirme l’existence de "dysfonctionnements" et d'"erreurs individuelles". D’après les premiers éléments dévoilés par La Tribune Dimanche et Le Parisien, les inspecteurs ont notamment relevé des retards dans le traitement de la plainte déposée en août 2025 par la mère d’une fillette de 10 ans accusant Jérôme Barella de l'avoir violé à plusieurs reprises. 

Une affaire pour laquelle il n'a jamais été entendu alors que la procédure avait fait deux fois la navette entre la Haute-Garonne et le Gers. 

Une plainte restée sans suite malgré des signalements

Le rapport souligne que cette procédure a circulé à deux reprises entre les juridictions de Haute-Garonne et du Gers sans qu’une audition du suspect ne soit organisée. Les inspecteurs privilégient la piste de défaillances individuelles plutôt qu'un manque de moyens au sein du parquet d'Auch, saisi de l'affaire.

À lire aussi

Selon Le Parisien, "la juridiction n'était pas débordée par d'autres dossiers urgents ou particulièrement sensibles". Un constat qui pourrait renforcer les critiques visant certains acteurs de la chaîne judiciaire.

Les conclusions du rapport pourraient désormais conduire à l’ouverture d’enquêtes administratives et, le cas échéant, à des sanctions disciplinaires. Laurent Nuñez peut décider d'appliquer des sanctions immédiates puisque les gendarmes sont sous son autorité directe, avec une nuance. Aujourd'hui il s'agit du rapport intermédiaire, le définitif n'est pas attendu avant le 10 juillet.

Gérald Darmanin fragilisé par l’affaire

La publication du rapport intervient dans un contexte politique particulièrement tendu pour le garde des Sceaux Gérald Darmanin. Dans un courrier adressé aux magistrats la semaine dernière, le ministre a estimé que lorsque des "fautes professionnelles sont établies (...) personne ne comprendrait qu'elles ne soient pas sanctionnées". 

Le garde des Sceaux s'était attiré les foudres de nombre d'entre eux pour avoir pointé des dysfonctionnements individuels dès les premières heures de l'affaire, sans attendre les conclusions de la mission d'inspection. 

Sous le feu des critiques de plusieurs formations politiques, de La France insoumise au Rassemblement national en passant par le Parti socialiste, le ministre continue de rejeter toute responsabilité politique. Il affirme que ses consignes visant à faire de la lutte contre les atteintes aux personnes et la pédocriminalité une priorité n’ont pas été pleinement appliquées.

Les syndicats de magistrats pointent, eux, une avalanche de priorités et un manque criant de moyens. 

Mobilisations et actions en justice se poursuivent

La mort de Lyhanna continue de provoquer une forte émotion. Plusieurs rassemblements sont organisés ce lundi devant des tribunaux afin de réclamer une meilleure protection des victimes de violences sexuelles et sexistes.

La colère des familles concernées demeure également vive. L’une d’entre elles prévoit de déposer plainte contre l’État pour "faute lourde" et de saisir la Cour de justice de la République contre Gérald Darmanin.

Dans le même temps, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a apporté son soutien aux enquêteurs de la police et de la gendarmerie, affirmant qu’il veillerait à ce que cette affaire ne jette pas "le discrédit sur le travail colossal" déjà mené.

Une pression croissante pour une réponse politique

À un an de l’élection présidentielle, l’affaire nourrit aussi le débat politique sur la protection de l’enfance et la lutte contre les violences sexuelles. Les propositions se multiplient, allant de la castration chimique obligatoire défendue par Bruno Retailleau à un renforcement des moyens de la justice réclamé par la gauche.

Le coordinateur de LFI Manuel Bompard a mis en garde : "si on en reste à des réponses individuelles, en désignant un ou deux boucs émissaires sans prendre à bras le corps ce fléau (...) on sera passé absolument à côté du sujet".

Même constat pour la patronne des Ecologistes Marine Tondelier, qui juge les métiers de la justice dans une "situation intenable", tandis que le député RN Sébastien Chenu a lui déploré que "Gérald Darmanin, soit toujours en place". 

Face à cette pression, l’exécutif est appelé à agir rapidement. Une proposition de loi dite "intégrale", composée de 78 articles et soutenue par une centaine de députés issus de la gauche et de la coalition gouvernementale, attend toujours son inscription à l’ordre du jour parlementaire. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a demandé son examen à la rentrée, tandis que Sébastien Lecornu privilégie pour l’heure une réponse globale plutôt que l’adoption d’une nouvelle loi.

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Ne laissez pas Google décider de vos sources.

Ajouter RTL comme source préférée