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Un médecin légiste entre dans la salle des chambres froides dans un institut médico légal. (Photo d'illustration)
Crédit : JEFF PACHOUD / AFP
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Comment Lyhanna est-elle morte ? Deux semaines après la découverte du corps de la collégienne de 11 ans dans un silo agricole désaffecté du Gers, la question reste sans réponse.
L'autopsie a établi que l'enfant avait été violée - l'ADN du principal suspect, Jérôme Barella, ayant été retrouvé sur les parties intimes du corps - et qu'elle portait des traces d'ecchymoses, notamment sur la tempe gauche. La fillette avait également été bâillonnée avec du scotch, ses chevilles et ses mains entravées. Mais les causes exactes du décès demeurent inconnues.
Les enquêteurs attendent désormais les résultats de l'anatomopathologie (ou "anapath"), un examen complémentaire réalisé après l'autopsie et considéré comme incontournable dans les affaires criminelles complexes.
"Il faut distinguer l'autopsie elle-même et tout ce qui l'entoure", explique à RTL.fr le médecin légiste Antoine Tracqui, spécialiste en toxicologie médico-légale, aujourd'hui à la retraite. "Pendant des siècles, l'autopsie consistait essentiellement à ouvrir le corps et à faire des constatations visuelles. Aujourd'hui, ce n'est plus qu'une étape parmi d'autres".
Après l'examen du corps, les médecins procèdent à de nombreux prélèvements sur les organes mais aussi sur les éventuelles lésions observées. Ces échantillons sont ensuite confiés à des anatomopathologistes, des spécialistes chargés d'étudier les tissus au microscope.
Foie, poumons, cerveau, reins mais aussi zones présentant des ecchymoses, fractures ou hématomes : dans une affaire criminelle, les prélèvements peuvent se compter par dizaines. Conservés dans du formol puis intégrés dans des blocs de paraffine, ils sont découpés en tranches extrêmement fines avant d'être examinés au microscope.
Un processus minutieux qui explique en partie les délais. "Il y a un temps qui est incontournable, qui est le temps de la fixation dans le formol", souligne Antoine Tracqui. Pour de petits prélèvements, cette étape peut durer quelques jours", précise le médecin légiste. Ce n'est qu'après cette phase que les échantillons peuvent être découpés, colorés puis analysés par un anatomopathologiste.
"L'anatomopathologie est un examen microscopique des tissus qui vient compléter l'examen macroscopique réalisé lors de l'autopsie", résume Antoine Tracqui. L'objectif est multiple. Cet examen permet notamment de confirmer l'existence d'une lésion, de déterminer si elle s'est produite avant ou au moment du décès et, parfois, d'écarter une cause naturelle de la mort.
Dans le cas de Lyhanna, l'état du corps constitue l'une des principales difficultés de l'enquête. "Pour n'importe quel médecin légiste qui suit cette affaire, il apparaît évident que le corps devait être en état de décomposition au moment où il a été retrouvé", estime Antoine Tracqui. La fillette se trouvait dans un silo métallique où les températures ont pu atteindre des niveaux très élevés.
Or, plus un corps est dégradé, plus les constatations réalisées lors de l'autopsie deviennent compliquées. "Sur un cadavre bien conservé, on peut faire un très grand nombre d'observations. Sur un corps en état de décomposition, les éléments de preuve ressortent presque uniquement des investigations complémentaires", explique le médecin légiste, également scénariste de bande-dessiné.
Dans ces conditions, l'anatomopathologie peut notamment permettre de confirmer que certaines marques observées sont bien des blessures survenues du vivant de la victime et non des altérations liées à la décomposition.
Si les autorités n'ont toujours pas communiqué sur les causes du décès, c'est probablement que les hypothèses les plus évidentes ont déjà été écartées, estime Antoine Tracqui. "S'il y avait eu une fracture du crâne majeure, des coups de couteau ou une blessure évidente expliquant la mort, cela aurait été vu immédiatement à l'imagerie ou à l'autopsie", ajoute l'expert.
Reste alors la possibilité de mécanismes de mort beaucoup plus difficiles à mettre en évidence, comme une suffocation ou une strangulation. "La suffocation laisse très peu de traces, même sur un corps bien conservé. Quant à la strangulation, elle peut provoquer des lésions profondes au niveau du cou", explique le médecin légiste.
C'est précisément là que l'anatomopathologie peut jouer un rôle majeur. L'examen des tissus prélevés autour d'une éventuelle fracture du larynx ou de l'os hyoïde - un petit os situé dans le cou - peut révéler la présence d'un saignement survenu avant la mort. "Un corps mort ne saigne pas. Si l'on démontre qu'une fracture a saigné, cela signifie qu'elle est survenue avant ou au moment du décès", souligne Antoine Tracqui. Un élément qui pourrait alors orienter fortement les enquêteurs vers l'hypothèse d'une strangulation.
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