8 min de lecture
Emmanuel Grégoire, Grégory Doucet, Benoît Payan, François Bayrou et Éric Ciotti élus maires le 22 mars 2026
Crédit : AFP
Je m'abonne à la newsletter « Politique »
Un second tour plein de rebondissements. Les électeurs étaient de nouveau appelés aux urnes ce dimanche 22 mars pour le second tour des élections municipales. Un scrutin marqué par la victoire du candidat de l'union de la gauche Emmanuel Grégoire face à l'ex-ministre de la Culture Rachida Dati à Paris ; la victoire revendiquée de Grégory Doucet à Lyon et celle confirmée de Benoît Payan à Marseille ; ou encore le renversement de Christian Estrosi à la mairie de Nice au profit de son rival Eric Ciotti.
Dans de nombreuses villes, ce second tour a été un véritable coup de théâtre, avec un basculement politique vers la droite dans des bastions historiques de gauche, ou encore une victoire du Rassemblement national dans certaines villes moyennes. Voici les principaux enseignements du scrutin.
L'entre-deux tours n'a pas été de tout repos pour la gauche. Avec des refus d'alliance localement entre LFI et le reste de la gauche, certains candidats ont pris le risque de voir les votes divisés au second tour. Mais le pari a été payant pour certains : Lille est restée aux mains des socialistes avec une victoire du maire sortant, Arnaud Deslandes, qui remporte le scrutin avec 49,33% des voix devant la candidate insoumise, Lahouaria Addouche (33,7%). À l'inverse, l'Insoumis David Guiraud a largement remporté la mairie de Roubaix (53,19%) loin devant le représentant du reste de la gauche, Karim Amrouni (11,3%).
À Pau, le candidat d'union de la gauche, Jérôme Marbot, avait refusé une alliance avec l'insoumis Jean-François Blanco, mais est tout de même parvenu à renverser le maire sortant, François Bayrou, avec 42,45% des voix, redonnant ainsi le chef-lieu des Pyrénées-Atlantiques aux socialistes. Victoire également à Saint-Etienne, où la coalition de gauche hors LFI a permis à l'ancien député socialiste Régis Juanico (44,13%) de remporter la mairie dans cette ville qui a rarement été dirigée par la gauche.
En revanche, les alliances de LFI avec le reste de la gauche n'ont pas toujours été fructueuses là où elles ont eu lieu : l'écologiste et maire sortante de Strasbourg alliée à LFI, Jeanne Barseghian, s'est inclinée face à la socialiste Catherine Trautmann, quant à elle alliée à l'ex-candidat d'Horizons. Malgré son union avec le candidat socialiste, le député LFI Damien Maudet s'est incliné à Limoges face au président de la métropole, Guillaume Guérin. À Toulouse, l'union de la liste insoumise et socialiste n'a pas réussi à la gauche, puisque le candidat LFI François Piquemal est arrivé en deuxième position, derrière le maire sortant divers droite Jean-Luc Moudenc.
"Il y a eu un mouvement de masse des électeurs qui sont venus voter contre des listes d'alliances avec LFI", a estimé sur RTL le député socialiste Arthur Delaporte. "Ce qui nous a empêché de gagner Limoges ou Toulouse. C'est parce que c'était des candidats LFI et qu'ils n'ont pas voulu voter pour eux", a-t-il assuré, dénonçant "la stratégie" de la France insoumise "de chercher à brutaliser le débat public". "Les têtes de listes socialistes sont des boulets pour la gauche", a pour sa part tancé le député Paul Vannier, estimant que le bilan de LFI est à l'inverse "au-delà de nos espérances".
Symbole d'un véritable tournant lors des élections municipales de 2020, la vague verte s'est pourtant tarie lors de ce nouveau scrutin. La maire écologiste de Strasbourg (Bas-Rhin) Jeanne Barseghian doit ainsi laisser son siège à sa rivale socialiste, de même qu'à Besançon (Franche-Comté), où Anne Vignot a été battue dimanche par la droite dans cette ville dirigée quasiment sans interruption par la gauche depuis plus d'un siècle.
Autre symbole de la vague verte en 2020, Poitiers (Vienne) a passé la main dimanche au divers centre : la maire sortante Léonore Moncond'huy a été battue (40,79%) par l'ancien macroniste Anthony Brottier (47,32%). Idem à Bordeaux (Gironde), où Pierre Hurmic cède son fauteuil au centriste Thomas Cazenave.
Reste Lyon, le maire écologiste sortant, Grégory Doucet, a revendiqué la victoire dimanche soir avec 50,67% des voix. Son adversaire, Jean-Michel Aulas, a cependant annoncé avoir déposé un recours, pointant du doigt de "nombreuses irrégularités" lors du scrutin. Mais le président écologiste de la métropole, Bruno Bernard, a en revanche annoncé sa défaite face à la candidate Les Républicains Véronique Sarselli.
Le changement du contexte international, notamment avec la guerre en Ukraine et, plus récemment, la guerre au Moyen-Orient, a joué un rôle dans le recul de cette vague écologiste, estime Olivier Costa, politologue au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), interrogé par Ouest-France. "Dans un contexte socio-économique et internationalement plus dur qu'il y a quelques années, les gens ont peur, s'inquiètent et vont s'en remettre à des partis qui leur proposent de les protéger plutôt qu'à des partis qui leur proposent de transformer la société", analyse-t-il.
Ces élections municipales ont également été marquées par de véritables revirements politiques dans des communes où la gauche était historiquement plus marquée. Comme indiqué précédemment, Besançon (Franche-Comté) a basculé au profit du candidat LR-Modem Ludovic Fagaut, qui s'est imposé avec 53,29% des voix face à la maire écologiste sortante.
Même bouleversement à Tulle (Corrèze), bastion socialiste et fief de François Hollande entre 2001 et 2008. Ancrée à gauche depuis 25 ans, la ville est passée dimanche soir aux mains de la droite avec la victoire de Laurent Melin, candidat divers droite qui a remporté 54,52% des voix, loin devant le maire sortant, Bernard Combes (39,82%), allié avec LFI au second tour.
La ville de Brest (Finistère) a quant à elle basculé à droite après la défaite du maire socialiste sortant, François Cuillandre, pourtant lui aussi allié à LFI, au profit du candidat de droite Stéphane Roudaut, tandis qu'à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), la victoire de Julien Bony, à la tête d'une liste de droite et du centre, met fin à plus de 80 ans de prédominance socialiste.
Ces élections municipales marquent également une progression notable de l'extrême droite dans des villes moyennes. Le candidat du Rassemblement national Dany Paiva a ainsi remporté la commune de Liévin, dans le Pas-de-Calais, alors que cette ville de 30.000 habitants était historiquement plutôt ancrée à gauche. À Vierzon, dans le Cher, la victoire d'une liste d'union d'extrême droite fait basculer la ville qui se trouvait à gauche depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et communiste depuis 2008.
À Orange (Vaucluse), fief historique de l'extrême droite, le RN a revendiqué sans surprise la victoire. Le cofondateur du Front national, Jacques Bompard, qui briguait un sixième mandat, y a même été supplanté par son fils Yann. Des gains qui signent pour Marine Le Pen "la confirmation de la stratégie d'implantation locale du RN". "C'est un vrai tissu de villes moyennes qui s'ajoute à la performance de Jordan Bardella aux européennes", analyse l'éditorialiste Christophe Barbier sur RTL.
Le RN peine malgré tout à mettre la main sur des villes plus importantes qu'il convoitait. Pourtant arrivée en tête au premier tour à Toulon (Var), la candidate RN Laure Lavalette n'a pas su s'imposer au second tour face à la maire sortante, Josée Massi, qui a été réélue avec 53,9% des voix. Le candidat LR Michel Bonnus, qualifié pour le second tour, avait choisi de se désister pour faire barrage au Rassemblement national.
À Marseille, où les sondages donnaient le maire sortant au coude-à-coude avec le candidat RN durant la campagne, c'est finalement Benoît Payan qui a été réélu dimanche avec 54,6% des suffrages, contre 39,1% pour son adversaire, Franck Allisio, selon les estimations Ipsos-BVA pour France Télévisions, Radio France, LCP et Public Sénat.
La "stratégie d'implantation locale" du RN a "bien fonctionné dans les villes moyennes", décrypte le politologue Olivier Costa, qui souligne toutefois auprès de Ouest-France que le RN "se heurte à un plafond de verre dans les plus grandes villes où le contexte national jour davantage". Si le RN bénéficie d'une "base solide", selon l'expert, il peine "à la dépasser", notamment en raison de la nature très clivante du parti.
À peine les bureaux de vote fermés et les premiers résultats annoncés dimanche soir, les responsables politiques ont rapidement tourné le regard vers le prochain scrutin : la présidentielle de 2027. Gérald Darmanin a ainsi très vite estimé qu'il "faut un seul candidat de la droite et du centre, et peut-être même de la gauche républicaine qui refuse la France insoumise" pour "gagner la présidentielle" de 2027. Une" immense majorité des Français" refuse la "dérive vers les extrêmes", a réagi de son côté Gabriel Attal, tendant la main aux électeurs de la gauche républicaine "écœurés" par les accords avec LFI.
À gauche aussi, les grandes manœuvres ont déjà commencé. "Déconne pas la gauche", a lancé François Ruffin, candidat à la primaire de la gauche. "Je vis avec dans ma tête un compte à rebours: on a 385 jours (avant la présidentielle, NDLR) et en face il y a un iceberg (...) le Rassemblement national", a-t-il commenté sur TF1. Le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a aussi appelé au rassemblement en vue de la présidentielle. "La provocation outrancière" et "les dérapages antisémites" sont "une voie sans issue", a-t-il jugé, estimant que "les gauches irréconciliables" étaient aussi "une impasse".
Reste que pour l'heure, le scénario semble immuable : Jordan Bardella est donné très largement en tête du premier tour de l'élection présidentielle de 2027, selon notre premier sondage Toluna Harris Interactive pour RTL et M6. Et ce quels que soient ses rivaux, à gauche comme à droite.
Retrouvez tous les résultats du second tour des élections municipales 2026, commune par commune, sur notre plateforme RTL / M6 info.
Bienvenue sur RTL
Ne manquez rien de l'actualité en activant les notifications sur votre navigateur
Cliquez sur “Autoriser” pour poursuivre votre navigation en recevant des notifications. Vous recevrez ponctuellement sous forme de notifciation des actualités RTL. Pour vous désabonner, modifier vos préférences, rendez-vous à tout moment dans le centre de notification de votre équipement.
Bienvenue sur RTL
Rejoignez la communauté RTL, RTL2 et Fun Radio pour profiter du meilleur de la radio
Je crée mon compte