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Le partage des risques en économie, véritable clivage droite-gauche

ÉDITO - Peut-on être en même temps de droite et de gauche en économie ? Pour François Lenglet, cela a un sens.

François Lenglet
François Lenglet
Crédit : Damien Rigondeaud
François Lenglet : le partage des risques en économie, véritable clivage droite-gauche
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Le partage des risques en économie, véritable clivage droite-gauche
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François Lenglet & Loïc Farge

La composition du gouvernement va être annoncée ce mercredi 17 mai. Il devrait comprendre des personnalités de droite et de gauche. De gauche, de droite : cela a un vrai sens en matière économique. La grande affaire de l'économie, et au fond la seule importante, c'est le partage du risque. Tout acte économique comporte un risque. Si j'embauche, je prends un risque : celui d'être déçu par mon salarié. Ou celui de ne plus avoir besoin de lui, si mon activité chute. Si je suis embauché, je prends aussi un risque : celui d'être déçu par mon travail ou par mon patron. Si j'achète un produit,  peut-être ne me conviendra-t-il pas vraiment ? Si je vends mes services, je m'expose à ne pas être payé en temps et en heure.

Chacun essaie donc de refiler le risque à l'autre, comme le valet de pique au jeu de cartes. Si je loue mon appartement, je veux des garanties ou des cautions, pour limiter mon risque à moi. Si j'embauche, je préfère d'abord embaucher en CDD, pour faire subir le risque au salarié plutôt qu'à mon entreprise, pour la protéger. Qui dit risque, dit désir de protection. Et c'est là qu'interviennent la gauche et la droite.

Liberté à droite, égalité à gauche

Pour la droite, le risque, c'est normal, et il faut le récompenser. Un entrepreneur qui parie son argent sur une entreprise doit être rémunéré pour cela, c'est-à-dire gagner de l'argent. L'incitation au risque, nous dit la droite, est profitable à toute la société, parce qu'elle crée des entreprises, donc des emplois. Pour la gauche, il faut au contraire limiter le risque, avec des règles ou des contrats. Parce que, nous dit-elle, les plus fragiles, les plus pauvres et les moins bien formés ont besoin d'être protégés.

Pour le marché du travail, la droite va accorder la liberté plutôt à l'entreprise qu'au salarié. C'est, par exemple, la liberté de licencier, qui profite à l'entreprise, alors le risque sera pour le salarié. Au contraire de la gauche, qui va privilégier le salarié et sa protection, en mettant le risque sur le dos de l'entreprise.

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En matière fiscale, même différence. La droite baisse les impôts des plus riches, pour stimuler l'investissement, c'est-à-dire récompenser le risque. Alors que la gauche va frapper fort sur les plus riches, pour redistribuer. La droite va privilégier la liberté ; la gauche, l'égalité.

Zone d'intersection

On a un peu forcé le trait à dessein. Car il y a entre les deux toute une zone commune. Celle de la gauche dite "libérale", défendue naguère par Dominique Strauss-Kahn, et aujourd'hui par Manuel Valls. Ils sont en réalité proches de la droite. Une zone dans laquelle on trouve aussi la droite "sociale", qui est très attachée à la protection des salariés et au progrès social, c'est-à-dire à l'amélioration régulière des conditions de vie et de travail.

Un gouvernement de droite "et en même temps" de gauche, pour citer Emmanuel Macron, ça peut marcher dans cette zone d'intersection. On ne supprime pas l'ISF (c'est la gauche), mais on le réforme (c'est la droite). On ne supprime pas les 35 heures (c'est la gauche), mais on permet aux entreprises d'y échapper (c'est la droite) si elles obtiennent l'accord de leurs syndicats (c'est la gauche à nouveau). Un tel gouvernement devra composer un subtil équilibre entre liberté et égalité. Après tout, les deux mots sont dans la devise nationale française.

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