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"Mélenchon ne m'a jamais interdit de filmer", confie à RTL Gilles Perret

INTERVIEW - Le réalisateur de "L'Insoumis", au cinéma le 21 février dans une quarantaine de salles, a suivi au plus près le leader de la France insoumise pendant la campagne présidentielle.

Jean-Luc Mélenchon à Marseille le 18 juin 2017
Jean-Luc Mélenchon à Marseille le 18 juin 2017
Crédit : ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier

Dans le train, en voiture, dans les coulisses de ses meetings et des débats télévisés. Pendant 70 jours, le réalisateur Gilles Perret et sa caméra ont suivi Jean-Luc Mélenchon comme son ombre. Le cinéaste offre avec L'Insoumis des séquences rares visant à "faire découvrir un personnage toujours dans l'affect". Le tout sans commentaire.

Le candidat de la France insoumise, persuadé de remporter l'élection 90 minutes avant les premières estimations - "Je vais gagner", dit-il dès les premiers instants du film - se livre sur ses états d'âmes, ses doutes - sincères - sur une candidature commune avec Benoît Hamon et donne à voir sa "doctrine révolutionnaire" qui n'a - selon lui - rien de simulée. "Je fais parfois semblant de parler d'autre chose", ruse-t-il.

A contrario du personnage autoritaire qu'il s'est construit, Jean-Luc Mélenchon, le "chef de bande", apparaît réfléchi, posé. "À aucun moment, il ne s'est engueulé avec son équipe de campagne. À aucun moment, il n'y a eu un coup de gueule", se souvient pour RTL.fr le réalisateur, qui met d'emblée un terme aux critiques, laissant penser qu'il aurait dressé un portrait élogieux de l'actuel député des Bouches-du-Rhône.

"On n'est jamais venu me dire de ne pas filmer ou me faire des remarques : on le voit aussi bien en train de se faire maquiller ou complètement avachi dans le train", explique-t-il sans pour autant cacher sa proximité idéologique avec le candidat. Retour avec lui sur les révélations et les questions que posent le film.

Mélenchon y a cru jusqu'au bout

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"Je serai le dernier président de la Ve République". "Je vais gagner". "Ça va le faire." L'un des aspects du film révèle qu'en coulisses, Jean-Luc Mélenchon y a cru jusqu'au bout. À 18h30, dimanche 23 avril, le candidat, dont le QG était alors installé dans une auberge de jeunesse, lançait à son clan, comme s'il se voyait déjà à l'Élysée : "À partir de ce soir, on ne représente pas une secte, mais le peuple français. Ça va vous donner de la respiration."

Une heure et demi plus tard, les premières estimations tombent. Si les instituts de sondage ne sont pas tous d'accord sur l'ordre d'arrivée des deux duos de tête, ils sont unanimes sur une chose : Jean-Luc Mélenchon n'est pas qualifié pour le second tour.

"Moi, j'y croirai quand le ministère de l'Intérieur l'aura confirmé", lâche-t-il alors, sans laisser paraître la moindre émotion. "Je voulais dévoiler aux gens des choses qu'ils n'ont pas vues." Une séquence qui explique en partie son discours tardif et attaqué de toutes parts - que certains qualifieront de "mauvais perdant".

"France 2, c'est l'ennemi"

Quelques mois plus tôt, Jean-Luc Mélenchon multipliait les déplacements et les interviews dans les médias pour faire circuler ses idées et convaincre les Français. Invité de l'émission C À Vous, à l'époque présentée par Anne-Sophie Lapix sur France 5, le leader de la France insoumise est interrogé sur son échec à pactiser avec Benoît Hamon et sur sa "perte de sang froid" face à un cheminot déçu à Périgueux.

À sa sortie du plateau, Jean-Luc Mélenchon ne s'encombre pas de formules de politesse et presse son équipe à quitter le studio. Il en veut aux journalistes de l'émission, Patrick Cohen et Anne-Elisabeth Lemoine en tête, d'avoir participé à "une émission à charge". "C'était un moment intense du tournage. Ce soir-là, j'ai ramené chez lui quelqu'un de très affecté, blessé, vexé, d'une grande tristesse. Je ne voyais pas la différence entre le personnage public et la personne. Il a mis des jours à s'en remettre", explique Gilles Perret.

Tout au long du film, Jean-Luc Mélenchon se montre craintif et méfiant à l'égard du service public, qualifiant France 2 d'"ennemi". "La question de savoir si je remets les pieds sur le service public se pose", confie-t-il au réalisateur, sans avoir prévenu son équipe.

Une leçon d'histoire à Rome aux accents contemporains

Autre séquence, autre ambiance à Rome. "C'est Mélenchon, homme de culture", décrit Gilles Perret. Amoureux et admiratif de la Méditerranée, le candidat livre une analyse haletante de la vie politique au temps des Patriciens, qu'il compare à la vie politique contemporaine.

"494, le peuple se met en grève. C'est la première grève politique de l'Histoire. Il se met en grève parce que les Patriciens décident tout seul et le peuple a juste le droit de travailler et de la fermer (...) Ils obtiennent des acquis politiques, dès que la première menace a été écartée, les puissants se sont dit 'Non, vous n'aurez rien'. C'est-à-dire, une espèce de discours du Bourget (discours de campagne de François Hollande au ton offensif contre la finance, ndlr)", ironise Jean-Luc Mélenchon, qui se complaît dans son rôle de "tribun" contre les Patriciens.

J'ai sous-estimé le degré de clivage autour du personnage

Gilles Perret, réalisateur de "L'Insoumis", à RTL.fr

Une fois le film en boîte, une opération promotion, des plus écharpées, a débuté pour Gilles Perret. À Marseille, ville implantée dans la circonscription de Jean-Luc Mélenchon, Jean Mizrahi, gérant des cinémas Les Variétés & Le Cesar, a pris la décision de ne pas diffuser le film dans ses cinémas.

Dans un communiqué de presse daté de février, il explique : "Ce reportage n’est en aucun cas un film de cinéma mais plutôt un document télévisuel, qui ne prend aucune distance vis-à-vis de son sujet mais constitue plutôt un panégyrique. Il s’agit d’un exercice purement idéologique sans aucune volonté artistique, ou du moins sans résultat artistique".

"J'ai sous-estimé le degré de clivage autour du personnage de Jean-Luc Mélenchon, analyse aujourd'hui Gilles Perret. "Je revendique de la sincérité comme dans les films que j'ai fait par le passé (La Sociale, Les Jours Heureux...). Je n'allais pas me vautrer dans la propagande."

"Parce que le film est consacré à Jean-Luc Mélenchon, certains disent : 'pas de ça chez moi'", déplore le cinéaste, qui mise sur "le bouche-à-oreille positif" pour convaincre les cinémas indépendants et municipaux de le diffuser. Le film est disponible dans une quarantaine de salles en France à partir du 21 février.

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