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Immunité parlementaire de Serge Dassault : jeu de dupes au Sénat

DÉCRYPTAGE - Les Sages ont passé l'après-midi à enquêter pour savoir qui était le sénateur de gauche qui avait voté contre la levée de l'immunité de Serge Dassault ce mercredi.

Le Sénat en séance, le 1er octobre 2011
Le Sénat en séance, le 1er octobre 2011
Crédit : AFP / JOHANNA LEGUERRE
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Benjamin Hue

Sale journée pour l'image du Sénat. Déjà mise à mal par , la réputation du Palais du Luxembourg devrait être de nouveau entachée par l'étonnante partie de poker menteur qui s'est jouée en son sein ce mercredi.

Invités à se prononcer sur la levée de l'immunité parlementaire de Serge Dassault, au cœur d', les Sages ont une nouvelle fois refusé la demande des magistrats du pôle financier de Paris.

Une voix de gauche a préservé l'immunité de Serge Dassault

Un résultat qui a suscité l'indignation des sénateurs socialistes et l'étonnement de tous les groupes de gauche, à l'instar du patron du parti communiste et sénateur Pierre Laurent.

Parmi les membres du bureau du Sénat, qui procédait au vote, les sénateurs de gauche - du moins ceux qui acceptent de parler du scrutin à la presse - jurent la main sur le cœur  avoir voté pour la levée de l'immunité de l'industriel et élu de l'Essonne.

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Problème : il a manqué deux voix à gauche. Ce qui signifie que les propos des sénateurs de la majorité ne correspondent pas à la réalité de leur vote. Sur les 26 membres du bureau du Sénat, 13 ont voté contre la levée, 12 en faveur et un s'est abstenu. Le vote se déroulant à bulletin secret depuis 1995, les sénateurs ne sont pas tenus de rendre publique leur décision personnelle.

Or, le bureau du Sénat est à majorité à gauche. L'alliance UMP-UDI ne compte que 12 membres, contre 13 membres de la majorité présidentielle (9 socialistes, 3 communistes, 1 EELV et 1 radical). À la lumière du résultat final du scrutin, au moins une voix de gauche semble donc être allée en faveur de Serge Dassault.

À la recherche de la voix qui a fait basculer le vote

Pour couper court aux soupçons, plusieurs sénateurs se sont empressés de communiquer pour défendre leur vote. Les trois sénateurs communistes concernés ont ainsi déclaré à Rue89 qu'ils avaient voté en faveur de la levée de l'immunité. Dans un communiqué, le groupe regrette une "décision grave" qui "fait entrave à la bonne marche de la justice".

Les sénateurs socialistes se sont dits quant à eux "indignés par les résultats du vote" dans un communiqué publié mercredi après-midi. "Deux voix de gauche ont donc manqué à l'appel, ce qui est consternant", dénonce le groupe présidé par François Rebsamen. Ils dénoncent un vote "qui fait entrave à la justice en l'empêchant de mener les investigations nécessaires à l'établissement de la vérité".

"Très surprise" de l'issue du scrutin, la socialiste Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice de Paris et tenante de l'aile gauche de la majorité, a sa petite idée sur la voix qui a pu manquer à la gauche pour permettre à la Justice de placer l'avionneur en garde à vue. "Peut-être un PRG (radical de gauche, ndlr) qui en a marre de l'étalage médiatique" et "peut-être un Vert", a-t-elle lancé à L'Express. "J'ai voté la levée", s'est défendu l'écologiste Jean Dessessard, le seul écologiste qui prenait part au vote.

François Fortassin, élu radical accusé par certains de s'être abstenu, s'est défendu auprès de Public Sénat : "J'ai voté pour la levée de l'immunité de Serge Dassault. Je sais ce que j'ai fait. J'ai été surpris par ce vote", indique-t-il, expliquant ne pas avoir besoin d'être complaisant envers les pontes de la politique pour soigner sa carrière.

L'image du Palais Bourbon à nouveau entachée

Les Sages auront donc passé l'après-midi à jouer aux enquêteurs. Un concert d'annonces, paradoxal à la lumière du caractère secret du scrutin, qui a poussé la journaliste politique du Monde à ironiser sur Twitter.

Et pour ne rien arranger, les Sages ont à nouveau rejeté mercredi le non-cumul des mandats pour eux-mêmes, limitant l'interdiction aux seuls députés. Un rejet que les "cumulards" justifient par la spécificité du Sénat, mais qui est de plus en plus perçu dans l'opinion comme un combat pour la préservation des avantages des élus de la Haute assemblée.

Le grand gagnant de la journée est donc plus que jamais Serge Dassault. Déjà dans plusieurs affaires, les sénateurs UMP lui ont retiré une nouvelle épine du pied en empêchant la Justice de pouvoir le placer en garde à vue.

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