3 min de lecture Polémique

"En France, on meurt rarement en politique", décrypte Olivier Bost

ÉDITO - La politique est vécue par beaucoup comme un métier, et son exercice rend complètement accro.

L'Edito Politique - Olivier Bost L'Edito politique Olivier Bost iTunes RSS
>
"En France, on meurt rarement en politique", décrypte Olivier Bost sur RTL. Crédit Image : AFP / FRANCOIS GUILLOT | Crédit Média : RTLnet | Date :
La page de l'émission
L'Edito Politique - Olivier Bost
Olivier Bost
et Loïc Farge

Dans ses derniers vœux à la Nation en 1995, François Mitterrand avait dit : "Je crois aux forces de l’esprit, et je ne vous quitterai pas". En ce jour de la Toussaint, nous n'allons pas vous parler de ceux qui sont rentrés dans l’Histoire, mais de tous ceux qui ne veulent jamais en sortir. De tous ceux qui nous semblent éternels, tellement ils ont résisté à tout. C’est Jean-Pierre Raffarin qui a eu cette formule un jour, après sa défaite à la présidence du Sénat. Il était particulièrement vexé d’avoir perdu face à Gérard Larcher. Nous en avions parlé avec lui. Il nous avait répondu : "En politique, tant qu’on n’est pas au cimetière on n’est pas mort". C’est une "raffarinade", mais elle a du sens.

Effectivement dans la vraie vie, les morts politiques sont rares. Très rares même. Pourquoi sont-ils si peu à arrêter après un échec ? Il y a deux facteurs importants. En France, la politique est vue (vécue même) par beaucoup comme un métier. Dans un métier, on fait carrière. En politique, c’est pire puisqu'il n’y a pas d’âge limite. C’est comme ça que vous avez aujourd'hui des députés qui sont dans leur sixième mandat. C’est-à-dire qu’ils siègent à l’Assemblée nationale depuis presque quarante ans.

Le deuxième facteur de cette longévité, c'est l’exercice de la politique qui rend, semble-t-il, complètement accro. Ceux qui sont arrivés sur la dernière marche jusqu'à l’Élysée sont ceux qui n’ont jamais douté d’eux-mêmes. Alors une défaite ou une trahison ne peut pas les arrêter. Souvenez-vous : Nicolas Sarkozy, dans la campagne de 2012, avait dit qu’il se retirerait de la vie politique s’il échouait. On connait la suite. Mais ce que décrivait aussi Nicolas Sarkozy à ce moment-là, c'est la politique comme une drogue dure. "Quand on retire la seringue (il le décrivait en montrant son bras, Ndlr), il faut la retirer progressivement", disait-il. Visiblement après son échec, l’état de manque était trop fort. Il a replongé depuis deux ans.

L'échec valorisé en France

La politique est une drogue dure, car pour beaucoup c’est du 24 heures sur 24. Entre la gestion réelle du pays et la gestion de ses amis et de ses ennemis, c’est une dose quotidienne d’adrénaline et de stress. La politique, telle que la décrivent les plus mordus, se situe entre le sport de haut niveau et le jeu de hasard. On peut perdre, mais on peut toujours se refaire, on peut toujours revenir.
 
Pire que cela, l’échec est valorisé. Les plus beaux parcours sont dans l’Histoire. François MitterrandJacques Chirac, pour ne citer qu’eux. Ils ont accumulé les défaites et les trahisons avant d’accéder au pouvoir. Nicolas Sarkozy était passé par le purgatoire après son soutien à Édouard Balladur. Alain Juppé a connu l'exil après avoir porté le chapeau pour les emplois fictifs de Jacques Chirac. François Hollande a d’abord vu sa compagne Ségolène Royal y aller à sa place.

On adore le mythe du Phénix qui renaît de ses cendres, de ces politiques qui reviennent de l’enfer

Olivier Bost
Partager la citation
À lire aussi
Le préfet de police de Paris Didier Lallement. confinement
Coronavirus : les propos de Lallement ne sont "pas responsables", selon un syndicat policier

Tout ça, c’est une exception bien française. Aux États-Unis, celui qui perd est balayé c’est terminé, on ne le revoit plus jamais. Aux États-Unis, l’échec n’est valorisé que quand vous montez une entreprise. Celui qui a déjà l’expérience d’une faillite est plus fort que celui qui a tout réussi. En France, c’est l’inverse : ce n’est valable que pour la politique. Il y a cette idée que les femmes et les hommes politiques doivent souffrir pour se bonifier. Les échecs et les traversées du désert seraient salvateurs. On adore le mythe du Phénix qui renaît de ses cendres, de ces politiques qui reviennent de l’enfer. Ils seraient tellement plus forts.

Il y a quand même quelques exemples de mort politique. Mais c’est souvent une décision personnelle, parce qu’ils ont décidés d’arrêter, pas parce qu’on les a empêchés de revenir. Les deux derniers cas les plus connus sont Dominique Strauss-Kahn et Jérôme Cahuzac. Tous les deux sont tombés pour des affaires graves, et ils ont choisi de disparaître de la circulation. Pour tous les autres, condamnés ou pas, les électeurs sont très conciliants. Regardez à Levallois-Perret avec les époux Balkany.

Des come-backs plus compliqués

Mais il y a peut-être quand même une petite évolution. Les come-back sont plus compliqués. Un bon exemple, c’est Nicolas Sarkozy actuellement dans la primaire de la droite et du centre. L’opinion a plus envie de zapper, de tenter d’autres choses. Le problème, c’est que le renouveau se fait attendre, il n’est pas là. Un Bruno Le Maire ou un Emmanuel Macron ont du mal à convaincre franchement. C’est comme s’ils n’avaient pas fini de construire leur crédibilité.

C’est l’un des gros problèmes de l’élection présidentielle qui arrive d’ailleurs. Entre les perdreaux de l’année et les vieux briscards, il n’y a personne qui perce dans l’opinion. Même Marine Le Pen devrait faire attention. Si elle échoue l’année prochaine, les électeurs pourraient aussi s’en lasser. En 2022, ce serait sa troisième tentative. Cela ferait déjà beaucoup à l’heure du grand zapping.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Polémique Toussaint Vidéo
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants