4 min de lecture

Colère lycéenne : comment le "coup de communication" du gouvernement avec des influenceurs a tourné au fiasco

Invités à Matignon avant les syndicats lycéens et étudiants, plusieurs créateurs de contenus ont découvert en avant-première les annonces du gouvernement sur la crise dans les lycées. Une séquence de communication pensée pour parler à la jeunesse, mais qui a surtout nourri la colère des organisations mobilisées.

Mathilde Fouqué et Anna Baldy, créatrices de contenus, ont été reçues par Sébastien Lecornu le 26 octobre 2026.

Crédit : Montage AFP / instagram mathildestudy / instagram grandebavardeuse

Eléonore Aparicio

Je m'abonne à la newsletter « Politique »

Mettre RTL en favori sur Google

Tout commence par un message privé sur Instagram. Dimanche 27 octobre, plusieurs créateurs de contenus spécialisés dans l'éducation reçoivent une invitation pour le moins inhabituelle. Il s'agit de celle de Sébastien Lecornu. Le Premier ministre leur propose de venir échanger à Matignon sur les mobilisations lycéennes et étudiantes et leurs revendications.

La créatrice de contenu Mathilde Fouqué, connue sous le pseudonyme de Mathilde Study, partage à ses abonnés sur TikTok et Instagram (environ 760.000 cumulés) cette invitation et leur suggère de répondre à deux questionnaires qu'elle a conçus, pour lui permettre ensuite de "faire entendre la voix des jeunes".

L'entourage du Premier ministre assume cette opération de communication et déclare à RMC vouloir utiliser "tous les moyens possibles pour parler à la jeunesse". Il faut être "aveugle pour ne pas voir que le premier média pour les jeunes ce sont les réseaux sociaux", ajoute-t-il. 

Des influenceurs reçus à Matignon

Lundi, à 11h30, huit créateurs de contenus sont réunis autour d'une table à Matignon en présence du Premier ministre et de ses ministres de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur, Édouard Geffray et Philippe Baptiste. Parmi eux, Anna Baldy, alias Grande Bavardeuse (plus de 660.000 abonnés cumulé sur TikTok et Instagram), Mathilde Fouqué, et d'autres, tous spécialistes à leur manière de l'éducation et de la jeunesse. 

Le Premier ministre détaille ses mesures : évolution de Parcoursup, 15.000 places supplémentaires dans l'enseignement supérieur, les bourses étudiantes indexées sur l'inflation, un milliard d'euros pour rénover les universités, le plafonnement des classes de seconde à 28 élèves, la création de 500 postes de professeurs supplémentaires et une refonte des emplois du temps. La réunion présentée comme un temps d'échange, débute comme une conférence de presse avec cette série de décisions arrêtée. 

Avant même la fin de la réunion, quelques créateurs de contenus partagent les coulisses de cette entrevue. Jules Simiand Brocherie, fondateur d'ExtraStudent, publie une photographie de la table ronde accompagnée d'un dispositif permettant à ses abonnés de transmettre leurs questions au gouvernement. 

Alors même que les influenceurs sont toujours en train de s'entretenir avec le Premier ministre, le président Emmanuel Macron en déplacement à Marseille, assure de son côté que les réseaux sociaux "abîment la démocratie" et les décrit comme "des instruments de la mobilisation du pire". 

Une opération de communication qui tourne court

Aux alentours de 13h40, l'opération de communication dérape à la sortie de Matignon. Les journalistes massés devant la résidence du Premier ministre, où sont prévues plus tard dans la journée deux autres réunions avec les syndicats lycéens et étudiants, questionnent les créateurs de contenus au moment où ils quittent les lieux. Devant les journalistes, Anna Baldy et Mathilde Fouqué dévoilent les mesures annoncées par le gouvernement. 

Mathilde Fouqué qualifie la réunion de "coup de communication". "Il a potentiellement une volonté de nous instrumentaliser, ça on le sait", assure-t-elle au micro de LCP. De son côté,  Anna Baldy dénonce des "mesures illusoires" qui ne sont pas à la hauteur des demandes formulées par les syndicats. 

À ce moment-là, les représentants lycéens et les syndicats étudiants, attendus dans l'après-midi, n'ont pas encore été reçus par le Premier ministre, tandis que les ministres doivent présenter officiellement ces mesures lors d'une conférence de presse en fin de journée.

La colère des syndicats lycéens et étudiants

Le fait que ces mesures aient été dévoilées en priorité aux influenceurs passe mal auprès des syndicats. "Ça nous reste bien en travers de la gorge", confie encore ce mardi matin, Manon Moret, secrétaire générale de Union nationale des étudiants de France (Unef), sur BFMTV. 

"Cela fait quatre semaines qu'on est mobilisés, plusieurs semaines qu'on demande à être reçus par le Premier ministre (...). Les organisations syndicales ce sont des organisations qui sont représentatives et qui organisent les mobilisations depuis quatre semaines, donc être reçus après des influenceurs, oui ça nous reste en travers de la gorge", explique-t-elle. 

Face à la polémique, certains influenceurs ont tenu à s'expliquer lundi soir sur leurs réseaux sociaux et défendu leur présence à cette réunion. "Si je ne m'étais pas rendue à cette conférence, un étudiant ou un lycéen n'aurait pas été invité à ma place et ce même si je l'avais demandé parce que la réunion à laquelle moi j'étais invitée c'était uniquement une réunion à destination des créateurs de contenus", a ainsi déclaré Anna Baldy qui estime que l'erreur du gouvernement a été de prévoir cette réunion avant celle des syndicats. "Au vu de certains retours que j'ai reçus, je sais que je ferai probablement les choses différemment", a-t-elle tout de même confié. 

En cherchant à convaincre la jeunesse qu'il n'était pas déconnecté, le gouvernement a surtout ravivé la colère des syndicats lycéens, qui ont annoncé leur intention de poursuivre la mobilisation. 

La rédaction vous recommande
À lire aussi

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Ne laissez pas Google décider de vos sources.

Ajouter RTL comme source préférée