1. Accueil
  2. Actu
  3. Politique
  4. Alter-votants, la plateforme qui offre le "droit de vote" aux étrangers
3 min de lecture

Alter-votants, la plateforme qui offre le "droit de vote" aux étrangers

INTERVIEW - Grâce à une plate-forme, les abstentionnistes ou indécis français sont mis en relation avec des étrangers ne pouvant pas voter. Lancé avant la présidentielle, le collectif est encore mobilisé pour les législatives.

Les bulletins de vote, lors du premier tour de la présidentielle 2017
Les bulletins de vote, lors du premier tour de la présidentielle 2017
Crédit : Frederick FLORIN / AFP
Claire Gaveau
Claire Gaveau

Donner le droit de vote aux étrangers. Si le débat revient régulièrement sur la table en période électorale, un collectif français à décider de prendre les choses en main en créant la plateforme Alter-votants. L'idée est simple : permettre aux citoyens abstentionnistes ou ne sachant pas pour qui voter d'offrir leur voix à une personne étrangère résidant sur le territoire français et ne pouvant s'exprimer dans les urnes. "Vous n'avez pas le droit de vote et souhaitez exprimer votre choix ? Vous avez le droit de vote et souhaitez donner un autre sens à celui-ci ? Nous vous proposons une mise en relation, en binôme, entre personnes déçues du système électoral et étrangers vivant sur le territoire", peut-on lire sur le site internet.

L'idée est née en décembre 2016 avant de voir le jour officiellement fin janvier 2017. "On a pris le temps de mettre cela en place. Et si cela à commencer relativement doucement, la plateforme a connu une certaine médiatisation en avril dernier lors de la présidentielle", assure à RTL.fr Thomas Bertaigne, cofondateur d'Alter-votants. Plus de 3.000 inscriptions ont été enregistrées lors de l'élection présidentielle et 600 binômes ont vu le jour.

Les binômes sont composés d'un "alter-votant électeur" et d'un "alter-votant étranger". "On aurait aimé en créer davantage mais s'il existe un tel écart entre le nombre d'inscriptions et le nombre de binômes, c'est notamment à cause de la forte demande des étrangers", explique-t-il, témoignant de la grande attente sur cette question. "Les gens ont la possibilité de nous laisser des messages et il y a vraiment énormément d'envie, de sympathie... Même si c'est assez symbolique, on a reçu de très beaux messages. Ils méritent d'être entendus".

Donner son vote, un "acte démocratique solidaire"

Alter-votants ne se prive pas pour en publier certains sur son site internet. Ainsi, Hamze, un résident étranger, a même évoqué sa position dans un post de blog : "Je ne veux pas réduire la démocratie au droit de voter mais symboliquement le vote est toujours essentiel. Je souffre d’être privé de droit de vote dans le pays où je vis". Il poursuit en citant différents exemples historiques : "Vivre dans pays où son droit de participer n’est pas reconnu, c’est comme vivre à Athènes dans la démocratie antique, mais comme un habitant qui n’a pas le droit de vote, un esclave. C’est aussi comme vivre dans la démocratie américaine du XVIIIe siècle, mais en tant que noir, ou dans la démocratie anglaise du XIXe siècle où les riches avaient le droit de vote mais pas les pauvres".

À lire aussi

De l'autre côté de la chaîne, certains Français militent pleinement en faveur de cette initiative. "Donner son vote, c’est donner une part de sa liberté. On peut se dire que c’est non négociable ce genre de droits… Et puis, à force de rencontrer des personnes à qui on a ôté ce droit, j’ai réalisé qu’ils avaient toute la légitimité du monde pour s’exprimer dans leur pays d’accueil (...) Au delà d’un acte militant, c’est un acte démocratique et solidaire que j’ai le sentiment d’accomplir en donnant mon vote", témoigne Adèle sur le site du collectif.

Sortir "de l'ombre" les étrangers

Une véritable action militante qui fait aujourd'hui le bonheur de centaines d'étrangers habitant en France. Soutenus par certains élus, comme Ian Brossat à Paris ou Éric Schultz à Strasbourg, les trois cofondateurs déplorent l'absence de dialogue sur cette question. "On essaye d'en parler mais aujourd'hui, certains partis se résignent. C'est regrettable que le débat n'ait pas eu lieu lors de la présidentielle", explique Thomas Bertaigne à RTL.fr.

Si on ne change pas, le point de vue de la société ne peut pas évoluer

Thomas Bertaigne, co-fondateur d'Alter-votants

Selon lui, les étrangers sont aujourd'hui dans l'ombre de la République alors que bon nombre d'entre eux regrettent de ne pas pouvoir voter. "C'est un droit et le vote permet une certaine inclusion", lance-t-il. Avant d'enchaîner : "Si on ne change pas, si cela ne change pas, le point de vue de la société ne peut pas évoluer. L'optique actuelle est très négative et le restera malheureusement. Il faut les intégrer dans notre société".

Le collectif n'entend pas s'arrêter là. Après la présidentielle, Alter-votants s'est également mobilisé pour les élections législatives, dont le premier tour a lieu dimanche 11 juin. "On essaye de trouver des moyens de pérenniser cela en créant des concepts nouveaux, en exportant le collectif en région", explique-t-il. Deux antennes ont déjà vu le jour, en Bretagne mais aussi en Alsace alors qu'une personne en Allemagne s'est également renseignée pour exporter ce dispositif outre-Rhin. D'autres liaisons régionales pourraient encore voir le jour dans les mois à venir. C'est en tout cas la volonté affichée par Thomas Bertaigne et les deux autres cofondateurs. 

La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/