3 min de lecture Alexandre Benalla

Affaire Benalla : pourquoi une ONG est-elle accusée de fichage politique sur Twitter ?

ÉCLAIRAGE - L'ONG DisinfoLab a réalisé une étude sur de potentielles ingérences russes sur Twitter dans l'affaire Benalla, mais des internautes lui reprochent d'avoir effectué un fichage politique illégal de milliers de personnes et ont saisi la Cnil. On vous explique la polémique.

Twitter compte environ 330 millions d'utilisateurs à travers le monde
Twitter compte environ 330 millions d'utilisateurs à travers le monde Crédit : http://maxpixel.freegreatpicture.com
Thibaut Deleaz
Thibaut Deleaz
et AFP

Une étude de DisinfoLab, ONG de lutte contre la désinformation, sur l'affaire Benalla a déclenché la colère de nombreux internautes sur Twitter, ainsi que de personnalités politiques, qui dénoncent un fichage illégal.

L'étude statistique, menée du 19 juillet au 3 août, portait sur les réactions à l'affaire Benalla sur Twitter. Après les premières révélations du Monde le 18 juillet sur le collaborateur d'Emmanuel Macron, l'ONG avait remarqué le volume exceptionnel de tweets échangés sur le sujet : 4,5 millions de messages en français, soit trois fois plus que lors de la campagne #BalanceTonPorc.

Fin juillet, l'un des auteurs de l'étude, Nicolas Vanderbiest, évoquait sur Twitter l'ingérence de comptes "russophiles", qui auraient fait gonfler le nombre d'échanges sur l'affaire Benalla. Une affirmation reprise par plusieurs membres du gouvernement à l'époque, qui avaient appelé à ce que "toute la transparence soit faite sur la diffusion de ce type de message". Finalement les résultats sont bien plus nuancés, et la méthodologie de l'étude se retrouve sous le feu des critiques.

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Pas de preuve d'une ingérence russe

L'étude de l'ONG n'a finalement pas réussi à prouver une ingérence de comptes russes dans l'affaire Benalla, contrairement à ce qu'elle avait affirmé dans un premier temps. Il est "impossible de déterminer si une vraie personne se trouve derrière chaque compte, et encore moins d'identifier si un compte est à la solde d'un réseau de désinformation étranger", notent les auteurs.  

Une autre étude menée par un spécialiste de la communication politique en ligne, Damien Liccia, parvient à une conclusion similaire. "Il n'y pas d'ingérence russe dans l'affaire Benalla. L'influence des (robots) a été infinitésimale", a-t-il affirmé. "L'hyperactivité de Twitter correspond à celle des médias traditionnels pendant l'affaire", explique Stéphanie Lamy, spécialiste en communication.

Des fichiers de données personnelles

Pour être transparents, les auteurs de l'étude ont également publié les fichiers de données récoltées sur les comptes Twitter analysés. Un fichier compile environ 55.000 comptes et le nombre de tweets publiés par chacun sur l'affaire Benalla.

Un deuxième se concentre sur les 4.000 comptes les plus actifs : à chaque profil est associé son intérêt supposé pour les médias russes Russia Today et Sputnik, le "nombre de désinformations propagées", le partage de rumeurs...

L'un des fichiers réalisés par DisinfoLab
L'un des fichiers réalisés par DisinfoLab Crédit : Capture d'écran DisinfoLab

Un troisième fichier, supprimé depuis, classait ces comptes en fonction de leur appartenance politique supposée, par exemple "pro-Mélenchon", "pro-Rassemblement national" ou "russophiles". Des personnalités politiques figurant dans la base de données se sont élevées contre la méthode de l'ONG. "Numéro de matricule 14802... Fichage, censure, manipulation de l'info, barbouzeries... Sympa le nouveau monde !", a ironisé la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen,

"Eh stupide barbouze ! Je ne suis pas un (robot) russe. C'est juste moi, Mélenchon, qui tweete contre toi !", s'est offusqué vendredi sur Twitter le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, en signant son message "matricule 14452", en référence au numéro que son compte Twitter portait dans la liste publiée de DisinfoLab. 

La Cnil saisie

De nombreux internautes ont dénoncé un fichage politique illégal, et ont saisi la Cnil. La Commission nationale de l'informatique et des libertés confirme avoir reçu "un nombre important de plaintes". En France, la loi informatique et libertés de 1978 interdit de "traiter des données à caractère personnel qui révèlent (...) les opinions politiques" sans accord des personnes concernées.

Mais "l'ONG à l'origine de l'étude étant située en Belgique, la Cnil instruira les plaintes dont elle a été saisie dans le cadre de la coopération européenne instaurée par le RGPD", annonce la commission dans un communiqué.

L'ONG se défend

DisinfoLab se défend et rejette les accusations portées contre elle. L'ONG assure que "ces données ont été publiées à dessein de vérification méthodologique et afin de limiter la circulation d'un fichier erroné. Notre méthodologie consiste à exporter des données publiques de conversation et de les analyser."

À mes yeux, toute donnée sur Twitter est une donnée publique

Nicolas Vanderbiest, l'un des auteurs de l'étude
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"Nous ne réalisons pas de fichage mais nous comprenons que cela puisse être interprété comme tel, et en sommes profondément désolés", a déclaré l'organisation sur Twitter. L'un des auteurs de l'étude, Nicolas Vanderbiest, s'est également expliqué dans un message posté en ligne.

"À mes yeux, toute donnée sur Twitter est une donnée publique et il n’y avait aucune intervention personnelle car la méthodologie se contentait de faire apparaître des communautés uniquement par les interactions", poursuit-t-il, reconnaissant que "cette méthodologie peut être débattue."

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