2 min de lecture

"Une supercherie à l'échelle internationale" : un professeur de lettres soupçonné de s'être inventé un prix Nobel

Florent Montaclair, professeur de lettres en Franche-Comté, est au cœur d'une enquête judiciaire après avoir prétendu pendant des années détenir une prestigieuse distinction en philologie.

Des étudiants (Illustration)

Crédit : AFP / Archives, CRÉDITMARC WATTRELOT

Eléonore Aparicio & AFP

Je m'abonne à la newsletter « Infos »

Depuis une décennie, Florent Montaclair, professeur de lettres en Franche-Comté, se targuait d'une distinction prestigieuse : la "Médaille d'or de philologie". Pourtant, cette récompense, présentée comme l'équivalent d'un prix Nobel, n'était qu'une illusion créée de toute pièce. 

L'affaire a éclaté lorsque le procureur de Montbéliard, Paul-Édouard Lallois, a annoncé l'ouverture d'une enquête pour faux, usage de faux, escroquerie et usurpation de titre. Enseignant à l'institut de formation des professeurs de l'université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon, Montaclair avait reçu cette médaille en grande pompe au Palais-Bourbon, des mains du président de l'Assemblée nationale de l'époque, Claude Bartolone.

Une médaille commandée chez un joaillier

Des doutes ont émergé en 2019, lorsque des journalistes roumains ont remis en question l'existence de cette distinction, également attribuée à un philologue de Bucarest. Le site de la "Société internationale de philologie", qui listait des lauréats prestigieux comme Umberto Eco et Noam Chomsky, s'est révélé être une façade sans fondement.

L'enquête a révélé que Montaclair avait commandé la médaille pour 250 euros, la faisant livrer à une adresse familiale à Besançon. Lors de son interrogatoire, Florent Montaclair a rejeté toute intention de fraude, affirmant que "pour qu'il y ait un faux, il faut qu'il y ait un vrai de référence", et que créer une médaille sans valeur n'avait rien d'illégal, a indiqué le procureur, Paul-Édouard Lallois. Et il a nié avoir lui-même fait le parallèle avec le prix Nobel. L'escroquerie pourrait toutefois être avérée si cette distinction a influencé sa carrière.

Un doctorat obtenue dans une université douteuse

Parallèlement, l'enquête se penche sur un doctorat prétendument obtenu à l'Université de Philologie et Éducation de Lewes, une institution dont la légitimité est remise en question. Ce diplôme, que le ministère de l'Enseignement supérieur a refusé d'homologuer, avait été utilisé par Montaclair dans une tentative d'accéder à un poste universitaire. La justice privilégie désormais l'hypothèse d'une "supercherie d'envergure internationale orchestrée par cet enseignant", selon les mots du procureur. 

À lire aussi

L'université Pasteur a pris des mesures disciplinaires contre lui pour manquement aux obligations déontologiques, bien que la nature de ces sanctions reste confidentielle. L'avocat du professeur, Jean-Baptiste Euvrard, s'est borné à indiquer qu'"en l'état, M. Montaclair n'est poursuivi de rien. Il n'est ni prévenu ni mis en examen", sans se prononcer sur le fond de cette affaire "un peu croquignolesque". Son client, a-t-il ajouté, entend contester la sanction disciplinaire. Si les accusations sont confirmées, Florent Montaclair risque jusqu'à cinq ans d'emprisonnement. 

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info