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"Un rapport problématique de l'extrême droite à la liberté d’expression" : le rappeur Kerchak poursuivi par Jordan Bardella pour son couplet dans "No Pasarán"

Le rappeur Kerchak est visé par une plainte pour injure publique déposée par Jordan Bardella et le Rassemblement national en raison de son couplet dans le titre "No Pasarán", un morceau collectif sorti pendant les élections législatives de 2024. Son avocate dénonce une atteinte à la liberté d’expression et défend le caractère politique et artistique de la chanson.

Le rappeur Kerchak est visé par une plainte pour injure publique déposée par Jordan Bardella et le Rassemblement national.

Crédit : AFP

Yasmine Boutaba

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Deux ans après la sortie du titre engagé No Pasarán, les paroles du rappeur Kerchak âgé de 22 ans contre Jordan Bardella se retrouvent devant la justice. Sorti au lendemain du premier tour des élections législatives anticipées de juillet 2024, le titre réunissait une vingtaine de rappeurs, parmi lesquels Akhenaton, Fianso, Zola, Soso Maness, Seth Gueko ou encore Kerchak, dans un morceau dénonçant le Rassemblement national et appelant à faire barrage à l’extrême droite.

Le clip, visionné plus de 3,8 millions de fois sur YouTube. Plusieurs passages visaient directement les dirigeants du RN, avec des phrases comme "Fuck le RN", "Jordan t’es mort" ou encore "Nique Marine et Bardella". Dans son propre couplet, Kerchak rappe notamment : "Tout ce que je sais, c’est qu’on vote pas Marine et baise la mère à Bardella". 

Ce vendredi 17 juillet, l'avocate de l'artiste de Pas Jalouse ou Saison 2, Me Naïri Zadourian, a annoncé sur Instagram que Kerchak était "visé par une plainte pour injure publique déposée par M. Jordan Bardella, président du Rassemblement national".

L’avocate dénonce une attaque contre la liberté d’expression

Dans un communiqué, Me Naïri Zadourian estime que cette procédure révèle "un rapport profondément problématique de l’extrême droite à la liberté d’expression".

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"Ceux qui invoquent quotidiennement le droit de 'tout dire' pour banaliser des propos stigmatisants se découvrent soudainement une sensibilité extrême dès qu’une œuvre musicale les prend pour cible. Le deux poids, deux mesures est flagrant", écrit-elle.

L’avocate défend également le caractère artistique et politique du morceau, estimant que No Pasarán "s’inscrit dans une longue tradition artistique d’engagement politique". "De la chanson populaire au hip-hop, les artistes ont toujours commenté, critiqué et interpellé le pouvoir. Vouloir faire taire cette voix par la voie judiciaire témoigne d’un mépris assumé pour la création artistique et la culture", poursuit-elle.

Elle assure enfin que la défense de son client contestera cette plainte : "Nous défendrons avec détermination le droit de Kerchak à s’exprimer. La justice saura, nous en sommes convaincus, préserver ce qui constitue un pilier de notre démocratie."

Un morceau déjà au cœur d’une vive polémique en 2024

À sa sortie, le titre avait été dénoncé par Jordan Bardella, alors candidat au poste de Premier ministre, qui y voyait des "appels au meurtre", de "la misogynie violente", de "l’antisémitisme crasse" et du "complotisme".

Les initiateurs du projet revendiquaient au contraire un morceau politique assumé, inspiré de 11 minutes 30 contre les lois racistes, chanson devenue emblématique du rap engagé sortie en 1997. Les fonds générés par les écoutes de No Pasarán devaient être reversés à la Fondation Abbé Pierre.

Jordan Bardella n’en est pas à sa première action judiciaire contre un rappeur. En mai dernier, le président du RN avait également annoncé son intention de porter plainte contre le rappeur Soli après la sortie de son titre Un facho K.O., dans lequel apparaissaient notamment des personnages portant des masques à son effigie, ainsi que ceux de Marine Le Pen et d’Éric Zemmour.

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