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Terrorisme : ce qu'il faut retenir de l'entretien de Marc Trévidic

L'ancien juge d'instruction au pôle antiterroriste et actuel vice-président du TGI de Lille se confie au "JDD" à l'occasion de la sortie de sa bande dessinée sur le jihad. Il aborde différents sujets d'actualité, dont le Parquet national antiterroriste.

Marc Trévidic, l'ancien juge d'instruction au pôle antiterrorisme du tribunal de grande instance de Paris
Marc Trévidic, l'ancien juge d'instruction au pôle antiterrorisme du tribunal de grande instance de Paris Crédit : MARTIN BUREAU / AFP
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

L'antiterrorisme, c'est son domaine. Après presque dix ans en tant que juge d'instruction au pôle antiterroriste, Marc Trévidic envisage de revenir dans la partie. Dans une interview au JDD publiée dimanche 18 mars, l'actuel vice-président du tribunal de grande instance de Lille admet qu'il n'écarte pas la possibilité de se présenter à la tête du parquet national antiterroriste voulu par Emmanuel Macron, à certaines conditions. 

Pour le moment, très peu d'informations ont été révélées concernant les fonctions et le fonctionnement de ce parquet. Marc Trévidic prévient que s'il a un aspect trop politique, il n'ira pas. En revanche, si le parquet est "autonome", que les personnes qui y seront nommées sont indépendantes, il ne l'exclut pas, bien qu'il semble persuadé que ce sera de toute manière "trop politique". 

Marc Trévidic a donné cette interview à l'occasion de la promotion de sa bande dessinée Compte à rebours (sortie prévue le 21 mars). Un récit avec "beaucoup de traits autobiographiques" sur un juge qui s'occupe des affaires de terrorisme. L'occasion d'aborder avec le journaliste du JDD son départ en septembre 2015 du pôle antiterroriste, deux mois avant les attentats. 

La récidive terroriste sous-estimée dans le passé

"J’aurais voulu être là pour le 13 novembre. Parce que c’étaient des gens et des réseaux que je connaissais très bien qui avaient fait les attentats (...) Je n’étais pas loin de pouvoir clôturer certains dossiers, j’ai été pris par le temps", explique-t-il. Plusieurs d'entre eux sont d'ailleurs passés dans son bureau, comme il le raconte ensuite. "Beaucoup de gens qui ont été jugés et condamnés ont recommencé. J’en ai eu beaucoup dans mon bureau qui se sont retrouvés au Bataclan. Donc à un moment donné, on a sous-estimé le problème judiciairement parlant. On les remettait dans la nature, avec du sursis, une mise à l’épreuve, comme s’il s’agissait de droit commun."

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Selon lui, il y a eu une méconnaissance de la menace du terrorisme islamiste et de la dangerosité du risque. "On a sous-estimé la psychologie de ces gens-là, le risque de récidive", poursuit-il en précisant que malgré sa proposition, des études statistiques sur la récidive n'ont jamais été lancées.

Après l'attentat à Saint-Étienne-du-Rouvray en juillet 2016, il avait été critique envers ses collègues qui avaient placé l'un des deux assaillants en liberté conditionnelle. Aujourd'hui, il s'excuse et avoue, lui aussi, avoir vu défiler des gens dans son bureau "que je n'ai pas considérés comme dangereux alors qu'ils l'étaient". "Des fois, on peut arriver à bien voir qui on a en face, et d’autres, cette personne peut suffisamment bien dissimuler pour qu’on se plante", justifie-t-il.

Trois "étages" pour les radicalisés en prison

Ces personnes sont souvent condamnées pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Des peines plus ou moins lourdes mais surtout un isolement complet en détention qui n'est pas forcément une bonne idée selon l'ancien juge d'instruction. Aujourd'hui, les détenus considérés comme radicalisés sont isolés du reste de la population carcérale, mais pour Marc Trévidic, il faut au moins un seuil entre "détenus moyennement ou faiblement radicalisés" et "détenus très radicalisés".

"Il faut un système à trois étages, et certainement pas à deux étages comme à Fresnes avec tous les condamnés pour terrorisme ensemble". Une mesure qu'il juge "absurde". Tout comme l'isolement complet des condamnés pour terrorisme qui n'ont pas droit aux activités sportives et culturelles. Le système d'isolement de ces prisonniers les coupe de toute activité selon Marc Trévidic, ce qui n'est pas "viable", ni "humain". 

"Un système d’isolement humain permet au détenu d’avoir des activités sportives, culturelles, des parloirs avec sa famille, tout en étant séparé du reste des détenus. Il faut qu’il puisse vivre, sans être dangereux en termes de radicalisation pour les autres", décrit-il avant de concéder que "ça demande des moyens".

Une menace qui peut encore "faire mal"

Interrogé sur la menace terroriste en France aujourd'hui, alors que le ministère de l'Intérieur a fait savoir que deux attentats avaient été déjoués sur le territoire en janvier, Marc Trévidic n'est pas plus rassurant que pour ces précédentes analyses. Il a toujours soutenu qu'elle n'était pas moins élevée, malgré la défaite de l'État islamique sur le terrain. Au contraire. Jugée plus diffuse, la menace terroriste contre l'Hexagone est toujours très élevée. D'autant qu'en dehors de l'État islamique, al-Qaïda appelle régulièrement à frapper la France, notamment ses ressortissants au Sahel.

Le magistrat explique que l'on est retombé dans un "schéma habituel" avec des "cellules dormantes, des réseaux occultes et des systèmes de faux papiers". Pour lui, on est sur le modèle d'al-Qaïda post-11 septembre 2001. "C’est quelque chose qui peut être très dangereux car les terroristes se professionnalisent dans la clandestinité, ajoute-t-il.

Ce sera plus compliqué pour le groupe d'organiser des attaques millimétrées comme celles de Saint-Denis et Paris. Marc Trévidic pense qu'ils ont besoin de se réorganiser, mais une fois chose faite "ça peut faire mal" puisqu'ils "ont dû anticiper qu'on leur fasse la guerre", prévient-il. D'autant qu'en plus des jihadistes revenus de la zone irako-syrienne, il y a aussi "les sortants", ceux qui ont été condamnés il y a plusieurs années et qui devraient commencer à sortir de prison d'ici deux ans.

Un tribunal international pour les terroristes ?

Pour juger les terroristes, enfin, Marc Trévidic milite pour un "tribunal international" et prend l'exemple du procès de Salah Abdeslam qui est, selon lui, "ridicule". 

Ce dernier est jugé à la fois en Belgique et en France pour des faits différents mais qui concernent la même bande de personnes impliquées dans les attentats de Paris et ceux de Bruxelles du 22 mars 2016. "On aurait pu avoir un seul tribunal qui juge ce qu’ils ont fait en France et en Belgique étant donné qu’il s’agit du même groupe", argumente-il.

Quant à sa bande dessinée, ce n'est que le premier tome qui sera en librairie mercredi 21 mars. Il y en aura trois en tout pour faire une saga qui s'intéressera également à "la guerre des polices, la guerre des juges, la géopolitique, etc", précise-t-il aussi.

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