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Saisie record de cocaïne par les douanes françaises : l'heure du procès

En 2015, un cargo avec à son bord 2,3 tonnes de cocaïne (d'une valeur de 75 millions d'euros) a été intercepté par la douane française.

Le 10 décembre 2015, la douane française avait intercepté un cargo transportant 2,3 tonnes de cocaïne.
Le 10 décembre 2015, la douane française avait intercepté un cargo transportant 2,3 tonnes de cocaïne.
Crédit : ERIKA SANTELICES / AFP
Maeliss Innocenti & AFP

Une fausse société aux Iles Marshall, un intermédiaire panaméen et des logisticiens turcs… Dix hommes, dont six sous mandat d'arrêt, sont jugés à partir du lundi 8 février aux assises du Nord pour la saisie en 2015 de 2,3 tonnes de cocaïne, dans un cargo à destination des Pays-Bas. Verdict prévu le 18 février.

Le soir du 10 décembre 2015, la douane française arraisonnait dans les eaux du Pas-de-Calais un cargo en très mauvais état, vide, battant pavillon moldave, en provenance de Colombie et officiellement à destination de la Pologne.

Dans une cache aménagée en salle des machines, les agents découvrent 80 ballots de cocaïne d'environ 30 kilos chacun, composée de coca péruvienne et colombienne d'un taux de pureté de 68 à 91%, pour une valeur estimée à 75 millions d'euros. Un montant multiplié au moins par deux à la revente. La quantité représente, à elle seule, 20% des saisies de cocaïne en France cette année-là.

Les trafiquants ont créé des façades

Parmi les douze membres d'équipage arrêtés on retrouve neuf hommes de la marine marchande ukrainienne, condamnés en correctionnelle le 10 septembre 2019 à des peines de cinq à huit ans de prison.

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Selon l'accusation, ils ont été appâtés par un groupe criminel turc responsable du transport de la drogue, qui, si le rafiot n'avait pas été contrôlé, aurait dû être récupéré par un bateau de pêche dans les îles néerlandaises de la Frise.

Le capitaine géorgien, 61 ans, Badri Beridze, le superviseur turc, 58 ans, Huseyin Cakir, l'officier en second ukrainien, 33 ans, Oleksandr Khatsakevych, et le recruteur turc Ahmet Ogün Savci, 45 ans, arrêté en Ukraine, vont comparaître notamment pour importation de stupéfiants en bande organisée et association de malfaiteurs devant la cour d'assises spéciale, composée de magistrats professionnels.

"Ce sont des lampistes. Des travailleurs, qui ont toujours gagné leur vie honnêtement, utilisés pour donner une apparence légale. Ceux dont le métier est le trafic de drogue ne seront pas à cette audience", fait valoir Me Philippe Ohayon, avocat de Beridze, jamais condamné.

Selon lui, "ils sont extérieurs au trafic, ce qui rend impossible de remonter la filière. On ne sait pas qui achète, ni qui vend, ni qui dirige le transport".

"Beaucoup ont été sacrifiés là-dedans"

"On crée des façades, on ne donne pas toutes les infos à tout le monde. Beaucoup ont été sacrifiés là-dedans", estime Me Jérôme Szafran. Son client Khatsakevych n'aurait compris l'objectif réel de son contrat qu'une fois atterri en République dominicaine.

C'est là qu'il monte à bord du "Carib Palm", stationné à Saint-Domingue. Après une escale à Carthagène, où l'on fabrique la cache, le navire s'arrête le 16 novembre au large du Venezuela. Trois bateaux viennent y transborder la drogue, puis il entame sa traversée de l'Atlantique, selon l'enquête de la juridiction interrégionale spécialisée de Lille.

Les trafiquants ont multiplié sociétés, noms, adresses, intermédiaires et sous-traitants. Le cargo avait été acheté pour 650.000 euros par la société Blue Marine, domiciliée dans les Îles Marshall. Son président officiellement ? Un inspecteur de sécurité belge de 47 ans de la compagnie maritime CMA-CGM domicilié à Marseille et dont l'identité avait été usurpée.

En réalité, un broker panaméen, Antonio Serrano Samudio, a joué les intermédiaires et acheté le navire pour le compte du donneur d'ordre turc Mehmet Murat Buldanlioglu. Ils n'ont jamais été arrêtés, ni les responsables turcs Omer Kant, Azmi Ceylan, Saban Madan, ni l'entremetteur ukrainien Yuri Lisovoy. Ils seront jugés en leur absence.

Selon l'accusation, plusieurs accusés ont fait partie d'une même organisation criminelle à l'origine de cargaisons de plusieurs tonnes d'héroïne et de cocaïne interceptées dans les eaux britanniques et turques, entre 2015 et 2017.

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