4 min de lecture Pédophilie

Procès Preynat : ce qu'il faut retenir

Le procès de l'ex-prêtre Bernard Preynat, dont les agissements pédophiles passés sous silence par l'Église ont déclenché l'affaire Barbarin, a débuté mardi 14 janvier à Lyon plus de 30 ans après les faits.

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Procès Preynat : ce qu'il faut retenir Crédit Image : PHILIPPE DESMAZES / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
Photo Esther
Esther Serrajordia et AFP

"Mi-prêtre, mi-traître". C'est ainsi qu'est qualifié Bernard Preynat par un expert. L'ancien curé est jugé à Lyon cette semaine pour avoir abusé de jeunes scouts pendant une vingtaine d'années. Après trois jours de procès, la procureure a réclamé au moins huit années de prison ferme contre le prévenu, vendredi 17 janvier. Le tribunal correctionnel de Lyon a mis en délibéré sa décision à l'issue du procès de Bernard Preynat, qui sera fixé sur son sort le 16 mars.

Depuis le début du procès, Bernard Preynat a maladroitement demandé pardon mais en minimisant souvent les faits détaillés à la barre par neuf de ses victimes. S'il a eu du mal à évoquer précisément les faits, il a fait des aveux glaçants et a reconnu quasiment une victime par jour pendant les camps scouts. "Sur la période, ça fait entre 3.000 et 4.000, vous êtes en train de juger un dossier à mille agressions sexuelles près, quand une seule suffit à briser la vie d'un homme", s'est indigné jeudi 16 janvier au tribunal Maître Jean Boudot, avocat d'une victime. 


Parfois il reconnaît des "caresses sur le sexe" des enfants comme Pierre-Emmanuel ou Jean-François, deux victimes qui sont formelles dans leurs déclarations. Mais le plus souvent il minimise : il parle de "câlins", de "gestes de tendresse" ou "d'amour" qui "m'apportaient du plaisir". "Pour moi ce n'était pas des agressions sexuelles mais je me trompais. Je vous demande pardon", lance Bernard Preynat à chaque victime qui défile à la barre.

Les jeunes proies du prêtre se succédaient

"Il parle de caresses. Ma femme me caresse. Lui, c'était de la masturbation; il me touchait comme un sauvage", s'indigne à la barre l'une des victime de Bernard Preynat. "Il me baissait mon short, me touchait le sexe, me masturbait, m'obligeait à me masturber et m'a demandé parfois de le masturber, de caresser son sexe... Il me retournait pour se frotter contre moi", a expliqué mercredi 15 janvier Stéphane Hoarau, 8 ans à l'époque des faits, ajoutant que ces abus s'étaient déroulés plusieurs fois dans la chambre de l'ancien homme d'église. 

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Selon lui, les jeunes proies de Preynat se succédaient parfois dans un même local. Appelé par le prêtre sous le prétexte de l'aider à quelque chose (un mode opératoire fréquent chez lui), Stéphane Hoarau se rappelle avoir croisé en arrivant un petit garçon, regard fuyant, tête basse, qui sortait d'une pièce où se trouvait Preynat. "J'ai vraiment eu l'impression qu'il lui avait fait subir la même chose", dit-il. 

Vous avez anéanti sa vie d'enfant, d'adolescent et d'adulte

Maître Emmanuelle Haziza, avocate d'une des victimes du père Preynat
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Une autre victime témoigne d'horribles "flashes" quand elle change les couches de ses jumeaux, des petits garçons de deux ans. "Parfois, quand je suis amené à les changer, des visions me reviennent. Des craintes me reviennent", raconte, la voix étranglée, Stéphane Sylvestre qui a déposé plainte en 2015. "Alors que changer un enfant, c'est très loin des caresses sur le sexe" de Preynat. Mais "j'avais peur de devenir moi-même un agresseur".  

Maître Emmanuelle Haziza a souhaité pour une autre victime, Pierre-Emmanuel Germain-Thill, que le prévenu, âgé de 74 ans, soit condamné à une "peine lourde" - il encourt 10 ans de prison. "Car vous avez anéanti sa vie d'enfant, sa vie d'adolescent, sa vie d'adulte", lui a-t-elle lancé.   

Selon un expert psychiatre. Bernard Preynat apparaît comme un être double, vicaire adulé par tous et redoutable prédateur. Sa personnalité "est de type pervers sexuel. Il n'accède pas à la souffrance de l'autre", explique à la barre du tribunal correctionnel le Professeur Michel Debout, expert psychiatre désigné par le juge d'instruction. 

Bernard Preynat a pointé la responsabilité de sa hiérarchie

Lors du procès, Bernard Preynat a en effet déclaré qu'il avait lui-même subi, dans son enfance, des agressions sexuelles. Des confidences qui laissent les parties civiles sceptiques. "Je savais bien qu'on me soupçonnerait de vouloir me chercher des excuses", répond le prévenu. "On n'est pas obligé de me croire."  

"Sans accuser" l'Eglise, l'ex-prêtre a aussi pointé la responsabilité de sa hiérarchie qui, plusieurs fois alertée de ses pulsions, n'a pas exigé qu'il se fasse soigner. "On aurait dû m'aider... On m'a laissé devenir prêtre", explique-t-il à l'évocation d'une thérapie suivie à l'hôpital psychiatrique du Vinatier, près de Lyon, en 1967 et 1968. De même, au cours de confessions il raconte avoir présenté "comme un péché" certains de ses actes et pulsions. Mais "le prêtre me donnait des encouragements pour que je ne recommence pas, et l'absolution". 

Né le 5 février 1945 à Saint-Étienne, aîné de sept enfants, élevé dans une famille modeste, très religieuse, austère, avec un père autoritaire, Bernard Preynat a eu très tôt la vocation de prêtre. "Dès 7 ans", précise-t-il. "On jouait à la messe avec mes frères et sœurs". 
Adolescent, il souffrait d'un grave eczéma qui lui valait d'être emmailloté "comme un bébé", relève la psychiatre. 

Sa pédophilie était une addiction

Docteur Daligand
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Il commet sa première agression "très tôt", à 16 ans, quand il était moniteur de colonie de vacances et subissait - selon ses dires - ses derniers abus. Elle lui vaut d'être renvoyé du séminaire de Montbrison (Loire) pour celui de Lyon. Sans explication à sa famille. "Sa pédophilie était une addiction, avec une consommation charnelle effrénée. Il se 'shootait' aux corps d'enfants", estime le Dr Daligand.

Le réquisitoire est attendu ce vendredi. Bernard Preynat risque jusqu'à 10 ans de prison. Dix parties civiles, sur 35 victimes entendues pendant l'enquête, se sont constituées au procès, beaucoup de faits étant frappés de prescription.

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