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Nice : pour avoir aidé des migrants, il pourrait écoper d'une peine de prison

Une peine de six mois de prison avec sursis a été requise mercredi 23 novembre par le procureur général de Nice à l'encontre d'un enseignant-chercheur du CNRS qui avait transporté des Érythréennes venues d'Italie.

Des migrants à Menton (Alpes-Maritimes), le 5 août, encadrés par les forces de l'ordre.
Des migrants à Menton (Alpes-Maritimes), le 5 août, encadrés par les forces de l'ordre. Crédit : Fabrizio Tenerelli/AP/SIPA
Anne-Sophie Blot
Anne-Sophie Blot
et AFP

Il pensait avoir accompli son devoir de porter secours. En réponse, le procureur de Nice lui a adressé "un sérieux avertissement". Six mois de prison avec sursis ont été requis mercredi soir contre un enseignant-chercheur du CNRS poursuivi à Nice pour avoir transporté des Érythréennes venues d'Italie. Le jugement a été mis en délibéré au 6 janvier et son contrôle judiciaire levé d'ici là. 

"C'est un sévère avertissement", a justifié le procureur général de Nice, Jean-Michel Prêtre. "On peut porter secours, c'est un devoir, mais pas aider au séjour et à la circulation" d'étrangers en situation irrégulière, a-t-il ajouté, rappelant que c'était une infraction pénale. "Ces actions ne s'inscrivent pas dans un secours. Elles consistent à nier qu'une frontière existe et qu'un pays puisse faire voter des lois. (...) En France, on a le droit de penser ce qu'on veut et de traduire ces pensées en actions, mais dans les limites de la loi", a insisté le procureur. 

De nombreux habitants solidaires

Pierre-Alain Mannoni, 45 ans, enseignant-chercheur à la faculté de Nice Sophia Antipolis, avait été interpellé le 18 octobre à un péage près de Menton avec dans sa voiture trois Érythréennes dont une mineure, toutes trois prises en charge dans un centre de colonie de vacances SNCF désaffecté et squatté au moment des faits par un collectif d'associations pour y abriter des Erythréens. Comme lui, depuis 2015, de nombreux habitants de la vallée franco-italienne de la Roya viennent en aide aux migrants qui passent depuis l'Italie voisine, souvent des Africains fuyant des pays instables. 

Il convoyait les trois jeunes femmes pour les mettre dans le train en direction de Marseille où elles devaient être soignées, en évitant de s'arrêter à Nice pour échapper aux contrôles dans les Alpes-Maritimes. "Dans son esprit, M. Mannoni a porté secours. Ce geste humanitaire ne mérite aucune sanction. Ce serait disproportionnée et pas nécessaire", a plaidé son avocate Me Maeva Binimelis. "Aujourd'hui, on veut faire un exemple (...) Je sollicite la relaxe pour donner une réponse à tous ces gens solidaires", a-t-elle lancé, évoquant le souvenir des Boat People accueillis en France dans les années 1980. 

Une manœuvre d'intimidation, selon Cécile Duflot

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De 100 à 200 personnes étaient venues soutenir Pierre-Alain Mannoni et son co-prévenu Cédric Herrou à l'audience. Elles sont restées nombreuses massées sur les marches du palais de justice de Nice qui s'était entouré de mesures policières inhabituelles, filtrant les accès y compris en salle d'audience. "Si ces personnes ne sont pas secourues, il y aura encore des morts", a déclaré en conclusion des débats Pierre-Alain Mannoni, soutenu par le syndicat de l'enseignement supérieur Snesup-FSU, la Ligue des Droits de l'Homme, les écologistes d'EELV ou encore Médecins du Monde qui a témoigné en sa faveur à la barre.

"Qu'il se retrouve au tribunal dans notre pays, je trouve cela aberrant", avait déclaré avant l'audience la députée EELV Cécile Duflot, dénonçant une manœuvre d'intimidation. "Aujourd'hui, on a des citoyens contraints d'enfreindre la loi, parce que l'État ne remplit pas ses obligations", a de son côté regretté David Nakache, un ancien cadre du PS niçois. Depuis 2012, la loi prévoit l'immunité pour les passeurs qui ne sont pas rétribués et qui agissent si la vie des personnes recueillies est jugée en péril. 

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