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Gérald Darmanin, le 21 novembre 2025 à Paris
Crédit : Thibaud MORITZ / AFP
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Sous pression après la révélations des ratés dans la chaîne judiciaire sur le passé de Jérôme Barella, suspect numéro un dans la disparition de Lyhanna à Fleurance, le gouvernement engage le bras de fer avec les magistrats.
Gérald Darmanin, garde des Sceaux, a fait savoir vendredi son agacement quant à la non-application de ses directives concernant les violences sexuelles contre les mineurs dans l'affaire la collégienne dont le corps a été retrouvé jeudi à une quinzaine de kilomètre de son domicile dans le Gers, son entourage évoquant des éventuelles sanctions contre des magistrats en cas de manquements mis au jour.
Dans le même temps, la Chancellerie a indiqué avoir déposé plainte après des menaces contre la procureure d'Auch, pointée pour son traitement pénal du principal suspect, qui avait fait l'objet de quatre plaintes précédentes sans jamais avoir été placé en garde à vue.
Quelques jours après son arrivée au ministère de la Justice, Gérald Darmanin avait adressé une circulaire à l'ensemble des chefs de juridictions et de parquets qui faisait comme deuxième priorité - après le narcotrafic - la "lutte contre les violences faites aux personnes".
"Il est nécessaire de poursuivre votre mobilisation concernant les faits commis au préjudice des enfants: les violences physiques ou sexuelles doivent faire l'objet d'une vigilance particulière et d'un traitement prioritaire", insistait le garde des Sceaux, en demandant de "veiller, plus que jamais, à la rapidité et l'effectivité des réponses pénales apportées".
Or, le principal suspect, Jérôme Barella, 41 ans, avait déjà fait l'objet d'au moins trois plaintes - et autant de mentions dans la base de données interne accessible à tous les magistrats - avant d'être accusé en août dernier de viol par une mineure.
Il n'avait pourtant jusqu'alors jamais été placé en garde à vue, ni même entendu, l'affaire étant d'abord passée du parquet de Toulouse à celui d'Auch, où elle a été confiée à une brigade territoriale de gendarmerie. "On met plusieurs semaines à désigner un magistrat, un service enquêteur... pour un crime sur enfant!", s'étonne un familier du ministre, qui déplore que le dossier ait été traité "comme pour un simple vol".
"On se pose la question de savoir si les circulaires sont lues et appliquées", a soupiré une source à la Chancellerie, en évoquant, une fois les conclusions des enquêtes administratives rendues, la proposition de "sanctions" au Conseil supérieur de la magistrature. "Et même si le CSM ne nous suit pas sur nos demandes, on pourrait quand même sanctionner des magistrats du parquet", hausse-t-on le ton, "même si ça n'a pas été fait depuis 1993".
L'entourage de Gérald Darmanin promet encore "des missions d'inspection" pour vérifier la bonne application de ses instructions. "Si on ne dit pas la réalité, y'a qu'à laisser les clés du ministère au Rassemblement national, comme ça le problème sera réglé", a encore ironisé un proche du garde des Sceaux.
Depuis le début de la semaine, des révélations sur ses antécédents ont tracé un profil inquiétant, avec plusieurs signalements ou plaintes, notamment pour viol sur mineure.
Selon la procureure de la République d'Auch, mise en cause pour non application d'une circulaire pénale priorisant les enfants victimes, Jérôme Barella, avait fait l'objet de plaintes pour viol en 2022 et 2025. La première a été classée sans suite. Une enquête est en cours pour la seconde.
Aurélien Martini, secrétaire général adjoint de l'Union Syndicale des Magistrats (USM, majoritaire) a "l'impression qu'il faut des boucs émissaires et vite. Il y a peut-être eu des dysfonctionnements, mais il n'y a que les rapports d'inspection qui peuvent dire ça". Il pointe la multiplication des circulaires "sans se poser la question de savoir si les services ont la capacité de les intégrer", a-t-il dit à l'AFP.
"A ce stade, dans l'attente des conclusions des inspections, d'éventuelles responsabilités ne peuvent être mentionnées et encore moins de prochaines sanctions", ont estimé dans un communiqué conjoint la Conférence des procureurs généraux et la Conférence des procureurs de la République.
Lors d'une question au gouvernement en avril 2025, le député du Gers David Taupiac avait alerté sur les difficultés de fonctionnement du tribunal d'Auch, "confronté à une pénurie de magistrats et de greffiers, ainsi qu'à des dysfonctionnements informatiques répétés". "Ça a perturbé le travail de la justice", a déclaré le parlementaire à l'AFP vendredi.
Sur RTL vendredi, Eric Mouzin, père de la petite Estelle, victime du tueur en série Michel Fourniret, a estimé "surréaliste" que les ministres de l'Intérieur et de la Justice "semblent découvrir l'existence de dysfonctionnements au sein de leur ministère", soulignant que la situation n'était pas "le fruit d'une évolution du dernier mois ou de quelques semaines", mais datait de bien plus longtemps.
Disparition de Lyhanna : sur RTL, le père d'Estelle Mouzin, juge "surréalistes" les propos de Darmanin et Nuñez sur les dysfonctionnements de la justice
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