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Jérôme B. est le principal suspect dans la disparition de Lyhanna.
Crédit : Capure d'écran
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Les recherches pour retrouver Lyhanna ont connu un nouveau développement ce jeudi 5 juin. Son corps a été découvert dans l'après-midi à une quinzaine de kilomètres de Fleurance, dans le Gers, entre les communes de Puycasquier et Mirepoix. Une autopsie est actuellement en cours afin d'identifier formellement l'identité de la collégienne de 11 ans, disparue depuis le 29 mai, déterminer les causes et de préciser si la victime a subi des violences sexuelles.
Le secteur, composé de champs et de petits bois, a été entièrement bouclé par les gendarmes afin de permettre les constatations. Depuis une semaine, d'importants moyens étaient mobilisés pour retrouver la jeune fille.
La dernière fois que Lyhanna a été vue remonte au vendredi 29 mai vers 15 heures, lorsqu'elle est montée dans la voiture de Jérôme B., 41 ans, père d'une de ses amies. Selon sa version, il l'aurait ensuite déposée à la piscine de Fleurance avant de revenir au collège pour récupérer sa propre fille.
Depuis son interpellation, puis sa mise en examen pour enlèvement et séquestration, le quadragénaire est resté très discret. Lors de ses auditions en garde à vue puis devant le juge d'instruction, il a nié toute implication dans la disparition de la collégienne.
Alors que l'enquête se poursuit pour établir les circonstances exactes des faits, les révélations sur son passé judiciaire alimentent désormais de nombreuses interrogations. Plusieurs plaintes et signalements pour des faits à caractère sexuel visant des mineures avaient en effet été enregistrés à son encontre avant la disparition de Lyhanna.
Mercredi 3 juin, la procureure de la République d'Auch, Clémence Meyer, a détaillé plusieurs procédures ayant visé Jérôme B. au cours des dernières années.
La première remonte à décembre 2017. La mère d'une adolescente de 17 ans signale alors aux autorités que sa fille entretient une relation avec un homme majeur de plusieurs années son aîné. Selon la procureure, la jeune fille avait expliqué aux enquêteurs que cette relation était consentie. La procédure sera classée sans suite en février 2018.
Une deuxième affaire surgit ensuite. En janvier 2022, une plainte pour viol sur mineure de moins de 15 ans est déposée. Les faits dénoncés remonteraient à 2020 et auraient été commis au domicile de Jérôme B. à Montestruc-sur-Gers. Après enquête, le dossier est finalement classé sans suite en mai 2024 "faute d'éléments suffisants", selon la procureure.
Puis vient une troisième procédure, aujourd'hui au cœur des interrogations.
Le 22 août 2025, la mère d'une fillette née en 2014 dépose plainte. Elle accuse Jérôme B. d'avoir commis des viols sur son enfant "entre septembre 2024 et mai 2025 au domicile" du suspect. Pourtant, neuf mois plus tard, au moment de la disparition de Lyhanna, le principal intéressé n'avait toujours pas été entendu. Un délai qui suscite désormais une vague d'indignation jusque dans les plus hautes sphères de l'État.
"Ce que l'on découvre jour après jour est absolument insupportable. Ça nous ramène à une question plus profonde : quelle place on donne à la parole des victimes ? Comment se déroulent les enquêtes ? Comment ces enquêtes sont suivies ?", a déclaré la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon sur Europe 1 et CNews, ce jeudi 4 juin. La ministre reconnaît également la "colère" suscitée par le fait que le suspect n'ait pas été entendu depuis le dépôt de cette plainte.
Face à la polémique, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, et le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, ont demandé l'ouverture d'une enquête administrative confiée à l'Inspection générale de la justice et à l'Inspection générale de la gendarmerie nationale afin d'identifier "d'éventuels dysfonctionnements".
Pour de nombreux spécialistes de la protection de l'enfance, l'affaire met en lumière des difficultés bien connues.
"Malheureusement, c'est la banalité de ce que l'on vit dans nos cabinets d'avocats en accompagnement des victimes. C'est-à-dire qu'on peut déposer une plainte pendant des semaines et pendant des mois, il ne peut rien se passer. Et pendant ce temps-là, le temps de l'enquête, les enfants ne sont pas protégés", déplore Me Carine Durrieu Diebolt, avocate spécialisée dans les violences sexuelles faites aux enfants, au micro de RTL.
Selon elle, la plainte déposée en août 2025 illustre les défaillances du système. "Il y a tout un temps de carence pendant lequel il ne s'est rien passé où tout au moins, ils ont transféré le dossier d'un parquet à un autre, ce qui a pris beaucoup de temps", poursuit-elle.
Plus surprenant encore selon l'avocate : le transfert du dossier se serait effectué par courrier postal. "Ça montre aussi l'archaïsme de la justice sur certains points."
Au-delà du cas particulier de cette plainte, plusieurs observateurs s'interrogent désormais sur la capacité des institutions à croiser les informations disponibles.
"Il y avait des signaux d'alerte qui auraient dû conduire à regrouper tous les éléments de personnalité concernant le suspect et mettre en place une procédure en urgence", estime Me Carine Durrieu Diebolt auprès de l’AFP.
L'avocate dénonce également "la lenteur de la justice" ainsi que "le manque de priorité donnée aux affaires concernant les enfants".
Même constat pour Me Mathias Darmon, avocat de l'association Innocence en danger, qui juge que la plainte d'août 2025 "dénote un manque de célérité dramatique de la justice".
La justice, elle, se défend mais reconnaît un manque de moyens. "Pour l'instant, on ne peut pas vraiment le dire", répond Manon Lefebvre, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, lorsqu'on lui demande si la justice a raté quelque chose dans ce dossier. "Si des dysfonctionnements il y avait, on ne peut pas exclure ceux qui sont liés au manque de moyens structurels et constants", poursuit-elle.
Concernant la plainte de 2025, elle rappelle qu'en matière de violences sexuelles, les enquêteurs réalisent souvent de nombreux actes d'investigation avant d'entendre le suspect.
"Ce n'est pas si étonnant en termes de délai de gestion d'une enquête dans des faits de violences sexuelles sur mineurs, mais tout simplement parce qu'on ne peut pas traiter les affaires en 48 heures", ajoute Manon Lefebvre sur RTL.
Même colère chez Aurélien Martini, procureur de la République adjoint à Meaux et secrétaire général adjoint de l'Union syndicale des magistrats. "Malheureusement je ne suis pas surpris, en revanche je suis en colère", confie-t-il sur RTL, ce 3 juin. "Les délais auxquels on fait face dans ce dossier, ce sont les délais habituels de l'institution judiciaire et policière".
Le magistrat évoque lui aussi un dossier ayant circulé "sous forme de papier" entre différentes juridictions avant d'arriver finalement entre les mains des enquêteurs. "Ce qu'on dit depuis des années, c'est que la justice, avec les moyens dont on la dote, n'est pas en capacité de protéger efficacement les Français".
Le maire de la commune, Grégory Bobbato, dénonce, sur BFMTV, un "dysfonctionnement profond dans les enquêtes et dans la façon dont elles sont menées".
Pour les associations de protection de l'enfance, l'affaire Lyhanna dépasse désormais le seul cadre de l'enquête criminelle. "Les enfants parlent mais il se passe toujours plusieurs mois, voire des années avant que les procédures n'aboutissent", regrette Arnaud Gallais, cofondateur de Mouv’Enfants.
Une autre enquête vient donc de s'ouvrir : celle sur les éventuelles failles de la chaîne judiciaire et sur la manière dont plusieurs alertes visant Jérôme B. ont été traitées au fil des années. Pour de nombreux observateurs, c'est désormais toute la question de la prise en charge des violences sexuelles sur mineurs qui se retrouve posée.
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