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Ossements de bébés retrouvés à Orange : Ondine Millot, autrice de “Les Monstres n’existent pas” est l’invitée de RTL
Crédit : RTL
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Qu'est-ce qui peut pousser une femme à mettre fin aux jours de son nouveau-né ? C'est une question soulevée par la récente découverte d'ossements de nourrissons dans un appartement d'Orange. Les soupçons se portent sur la mère, qui a été hospitalisée après un accouchement à domicile à l'issue d'un déni de grossesse, et qui a par la suite été placée en garde à vue.
Ondine Millot, journaliste et autrice du livre Les Monstres n'existent pas, paru aux éditions Stock en 2018, a déjà vu des situations similaires par le passé. Elle a suivi plusieurs procès de mères accusées de néonaticides, notamment celui de Dominique Cottrez, condamnée en 2015 à neuf ans de prison pour avoir tué ses huit nouveau-nés.
Alors qu'à Orange, les proches et le voisinage de la famille se disent sous le choc face à cette mère qui semblait être "comme tout le monde", Ondine Millot explique que les femmes qui commettent des néonaticides ne sont pas à part de la société, d'où le titre de son livre : "Dire 'le monstre' (pour désigner la mère, ndlr) voudrait dire que ces personnes viendraient d'une autre planète, que ce seraient des aliens et qu'on ne pourrait pas les comprendre. Or, ce sont des femmes qui ont grandi parmi nous, qui sont toutes très insérées dans la société en général."
L'autrice souligne d'ailleurs des similitudes dans le passé de ces femmes, souvent victimes de violences, même si ces dernières prennent une forme différente : "Ce sont des femmes qui ont souvent subi des violences, en tout cas qui ont été invisibilisées, qui ont été non pas sujets, mais objets". Elle prend l'exemple de Dominique Cottrez, "gavée" au biberon dans son enfance "pour pas qu'on l'entende".
Par la suite, ces femmes peuvent "se mettre en couple dans des situations qui vont un peu reproduire ça, où elles ne vont pas vraiment exister, avec des maris très négligents, qui ne les regardent pas, qui ne prennent pas soin d'elles, des mariages inégaux, où c'est la femme qui est aux petits soins". Jusqu'au passage à l'acte, le néonaticide où, là encore, les cas se ressemblent, dans le sens où "elles gardent les corps". À Orange, par exemple, les ossements de nourrissons ont été retrouvés dans des boîtes.
S'étant appuyée sur le travail de psychologues et psychiatres pour écrire son livre, Ondine Millot explique que ces femmes néonaticides sont prises dans un "entre-deux" : "Le fait d'assumer ou pas d'avoir un enfant, ou de vouloir le garder juste pour elles, dans leur ventre pour toujours, mais ça, ce n'est pas possible". Ces femmes "font des bébés rien que pour elles", qu'elles "ne donneront pas à la lignée de leur mari maltraitant, et elles ne les inscriront pas non plus dans la lignée de leurs parents maltraitants. Ce sont finalement des enfants objets, comme elles-mêmes ont été des enfants objets".
Les dénis de grossesse sont récurrents dans ce genre d'affaires, même si Ondine Millot note, dans les procès qu'elle a pu suivre, qu'une partie de ces femmes savaient ce qu'il se passait dans leur corps : "Les femmes que j'ai interrogées m'ont toutes dit 'je savais, puis je chassais cette pensée parce que cette pensée était trop horrible'."
Le terme de "déni" peut, selon l'autrice, aussi s'appliquer aux maris, qui ne remarquent rien dans la situation alors qu'il "y a des signes avant-coureurs" : "Les accouchements ont lieu à domicile, les femmes prennent du poids, elles en perdent.
C'est des femmes qui, quand même, ne vont pas très bien..." L'autrice évoque une forme de "cécité" chez l'entourage de ces femmes, "un principe humain d'instinct de survie" de ne pas voir les signes devant ses yeux : "Entre le scénario A : 'cette femme cache des grossesses et va tuer ses enfants', et le scénario B : 'tout va bien', on préfère le scénario B."
Les peines judiciaires pour les femmes ayant commis des néonaticides ont été vastement différentes par le passé : de 20 ans de prison à seulement du sursis, en fonction de "qui est là pour humaniser ces femmes" au procès, explique l'autrice. Car ces femmes peuvent être bien entourées : mari, enfants, famille, amis.
Tout dépend également de leur avocat : "Quand il y a des bons avocats qui humanisent la personne, qui parlent à sa place... Parce que ce sont des femmes qui ne parlent pas, donc il faut qu'il y ait quelqu'un pour parler à leur place. Et il n'y a pas toujours quelqu'un."
Cette opposition entre l'humanité d'une accusée et l'image du monstre souvent associée à ce type d'affaire avait notamment été évoquée au procès de Céline Lesage, arrêtée en 2007 pour le meurtre de six de ses bébés. L'avocat de la partie civile lui avait notamment tendu la main lors du procès, rappelle France Bleu dans un podcast : "Vous avez commis un acte monstrueux, mais vous n'êtes pas un monstre", avait-il dit.
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