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"La réaction la plus courante de l'Éducation nationale, c'est de minimiser" : les familles des victimes de violences sexuelles entre enfants face à l'inertie de l'école

Selon les données du service statistique du ministère de l'Éducation (Depp), 95% des auteurs de violences sexuelles recensées dans les écoles en 2023-2024 étaient des élèves ou groupes d'élèves.

Une cour de récréation en France (illustration)

Crédit : CHARLY TRIBALLEAU / AFP

AFP & Aymeric Parthonnaud

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Les parents de victimes ne savent plus comment faire réagir l'institution scolaire. "Ce jour-là, je me suis figée", se souvient Aude, après que sa fille lui a raconté avoir été agressée sexuellement par un camarade en maternelle, un cas loin d'être isolé dont la gestion par l'Éducation nationale est dénoncée par plusieurs familles. En mars, cette habitante des Yvelines, qui souhaite garder l'anonymat, remarque que sa fille de 3 ans, est "très rouge sur l'entrejambe". L'enfant lui explique qu'un élève de grande section lui a "mis son doigt dans l'intimité". Le lendemain, une pédiatre constate des lésions sans gravité, mais relève une forte détresse psychologique. 
Une situation loin d'être exceptionnelle. 

Selon les données du service statistique du ministère de l'Éducation (Depp), 95% des auteurs de violences sexuelles recensées dans les écoles en 2023-2024 étaient des élèves ou groupes d'élèves.

À Aix-en-Provence, Vanessa (prénom modifié) a commencé à s'interroger quand, à Pâques, son fils de 3 ans tente de l'embrasser sur la bouche. L'enfant lui raconte qu'un camarade l'embrasse ainsi et lui "touche le ventre avec son sexe" dans les toilettes. Un mois plus tard, il ajoute que cet élève lui a "mis le zizi entre les fesses". 

Une simple "exploration du corps"

"J'ai des témoignages toutes les semaines", assure Aude Lorriaux, autrice de Tableau noir - Violences sexuelles entre enfants, le phénomène massif que l'école ne veut pas voir (Stock, 2025). D'après les données de la Depp, elle estime qu'environ 800.000 élèves des premier et second degrés publics seraient concernés. "Mais la réaction la plus courante de l'Éducation nationale, c'est de minimiser", selon elle.

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Dans le cas survenu dans les Yvelines, la directrice de l'école aurait évoqué une simple "exploration du corps" et aurait incité les parents à ne pas porter plainte. Ces derniers ont néanmoins saisi la justice. Un mois plus tard, lors d'un rendez-vous avec un inspecteur de l'Éducation, la famille assure s'être vu reprocher "d'en faire trop". 
Contacté, le rectorat de Versailles affirme que l'inspecteur a "immédiatement transmis un signalement au procureur de la République".

Vanessa a rencontré les mêmes résistances. L'enseignante comme la directrice auraient assuré que son fils disait "n'importe quoi" et que "rien de tout ça ne peut s'être passé". Elle finit par changer son fils d'établissement mais, "avant notre arrivée, l'inspectrice a donné consigne à l'équipe enseignante de ne pas communiquer avec moi", déplore-t-elle. Le rectorat d'Aix-Marseille a indiqué avoir pris cette affaire "avec la plus grande attention" et proposé à la famille un rendez-vous avec le directeur académique. Vanessa l'a refusé, l'inspectrice mise en cause devant y participer.

Un système "bien rodé"

"L'Éducation nationale est totalement désemparée face à ce genre de situation. Ils n'ont aucune procédure mise en place", dénonce l'avocat Yoel Chemama, qui accompagne une mère du Val-d'Oise qui a porté plainte après l'agression de son fils de 5 ans par un camarade. Pour Vanessa, cela va encore plus loin. "C'est un système bien rodé", fustige-t-elle. "Il y a une maîtrise du narratif : ce sont des 'jeux de découverte', 'des comportements inadaptés', il est interdit de parler d'agression sexuelle".

Dans la nouvelle école de son fils, un nouveau protocole explique qu'après un "incident", quand on informe les familles, il faut : "Éviter les termes tels que 'agression sexuelle' ou 'attouchement' pour des faits relevant de la curiosité infantile ordinaire".

En mars, le ministère a publié un protocole national visant à harmoniser la prise en charge des cas de violences sexistes et sexuelles à l'école. Mais ce document ne prévoit pas de procédure spécifique pour les cas entre élèves. Dans le Var, un protocole d'"atteinte à caractère sexuel entre élèves" existe depuis an et "gagnerait à être généralisé", estime Florence Comte, secrétaire nationale du Syndicat des directrices et directeurs d'écoles (S2DÉ). Le directeur doit prévenir immédiatement les familles de la victime et de l'auteur puis les recevoir. Les faits peuvent ensuite être remontés aux services départementaux, voire au procureur, selon les cas.

Mustafa Ozcelik, vice-président de la FCPE, fédération de parents d'élèves, appelle lui à "former les personnels à repérer les signaux d'alerte" et à renforcer les moyens humains, notamment des psychologues, médecins ou assistants sociaux : "Tant qu'on n'y mettra pas les moyens, on ne réglera pas le problème."

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