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Corse : comprendre les tensions à Ajaccio en 4 étapes

L'escalade de violence survenue sur l'Île de Beauté a pour origine un piège ciblant des policiers et pompiers, tendu au cours du réveillon de Noël.

Des Corses défilent à Ajaccio après les affrontements, le 27 décembre 2015
Des Corses défilent à Ajaccio après les affrontements, le 27 décembre 2015
Crédit : YANNICK GRAZIANI / AFP
Clémence Bauduin & AFP

Noël n'aura pas été synonyme de calme et de pacifisme en Corse. Une escalade de violences, amorcée dans la nuit du 24 au 25 décembre a généré un soulèvement complexe teinté de racisme et d'islamophobie. La nuit de Noël a été éprouvante pour deux pompiers et un policier, victimes d'un guet-apens, agressés à coups de barres de fer et de battes de baseball dans le quartier populaire des Jardins de l'Empereur, sur les hauteurs d'Ajaccio, en Corse-du-Sud.


Ce quartier populaire d'environ 1.700 habitants connaît une petite délinquance et des incidents "sporadiques", selon le préfet de Corse, Christophe Mirmand, interrogé par l'AFP. Mais l'agression en question a suscité une émotion particulière. "Les incidents qui se sont produits la nuit de Noël ont été plus graves parce qu'ils ont impliqué cette fois des pompiers et on peut penser qu'en termes de mode opératoire, il y a eu une embuscade", indique le préfet.

1. Un guet-apens embrase Ajaccio

Jeudi 24 décembre, les services municipaux déplacent palettes de bois, pneus et objets incendiaires du quartier sensible des Jardins de l'Empereur afin d'éviter tout débordement au cours de la nuit de Noël. En réaction, dans la nuit du 24 au 25 décembre, "de nombreux jeunes encagoulés" - selon le sous-préfet de Corse, François Lalanne - provoquent un incendie. Certains d'entre eux sollicitent la venue des pompiers et de la police. 

Une fois sur place, les secours réalisent qu'ils sont en fait les cibles d'un piège. Plusieurs dizaines d'individus, munis de battes de baseball et de barres de fer, les attaquent en criant "Corses de merde, on est ici chez nous". Deux pompiers et un policier sont blessés.

2. Réactions en chaîne le jour de Noël

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Le lendemain, jour de Noël, plus de 600 personnes, rassemblées devant la préfecture, manifestent leur soutien à l'égard des victimes et dénoncent un manque de sécurité. Mais le rassemblement dégénère et une partie des manifestants décide de se rendre sur les lieux de l'agression survenue la veille. Déterminés à faire justice eux-mêmes et à traquer les coupables des agressions de la veille, ils se lancent dans une expédition punitive dans le quartier des Jardins de l'Empereur. 

Sur fond d'amalgames islamophobes, une partie des personnes présentes casse des vitres de voitures, dégrade un kebab et saccage une salle de prière musulmane. Les slogans racistes, "Arabi fora !" ("Les Arabes dehors" en corse) ou "On est chez nous" fusent, des livres du Coran sont dégradés et jetés à l'extérieur du local.

3. Des rassemblements interdits jusqu'au 4 janvier

Après une brève accalmie, les Jardins de l'Empereur sont à nouveau envahis, samedi après-midi, par les slogans racistes de manifestants. Le préfet de Corse, Christophe Mirmand, annonce alors la prise d'un arrêté qui interdit les rassemblements et ce, jusqu'au 4 janvier. Dimanche, empêchés par les CRS présents aux Jardins de l'Empereur, les manifestants se déplacent dans les quartiers voisins de Saint-Jean, de Sainte-Lucie et des Cannes. "On se bat contre la racaille, mais pas contre les Arabes", ont toutefois rappelé certains leaders du rassemblement, invitant à la manifestation pacifique.

4. Ajaccio en proie à une vague raciste ?

Le maire d’Ajaccio, Laurent Marcangeli, a confié à France Info n'être "malheureusement, pas surpris par ce qu'il s’est passé". "Depuis plusieurs mois, je sentais la tension monter. Il en fallait très peu pour déclencher ces événements", a-t-il affirmé alors que les manifestants se sont défendus de tous propos racistes. "On n'est pas des casseurs", "on n'est pas des racistes" scandait notamment le cortège.

Deux hommes de 19 et 20 ans sont actuellement en garde à vue. Ils sont soupçonnés d'avoir joué un rôle dans l'agression des pompiers et du policier le soir de Noël. Les deux jeunes hommes, qui se connaissent, habitent le quartier des Jardins de l'Empereur et sont déjà connus des services de police pour des faits de petite délinquance. Ces derniers doivent être déférés lundi ou mardi selon le procureur d'Ajaccio.

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