5 min de lecture Alexandre Benalla

Affaire Benalla : ce que l'on sait de l'affaire qui embarrasse l'Élysée

ÉCLAIRAGE - Après la révélation d'une vidéo où l'on voit Alexandre Benalla frapper un manifestant, RTL.fr fait le point sur la crise politique déclenchée par ce proche turbulent d'Emmanuel Macron.

Alexandre Benalla, au côté d'Emmanuel Macron, en mars 2017
Alexandre Benalla, au côté d'Emmanuel Macron, en mars 2017 Crédit : Lionel BONAVENTURE / AFP
Thibaut Deleaz
Thibaut Deleaz
Journaliste RTL

C'est une vidéo qui fait trembler l'Élysée. Filmée par des témoins lors des manifestations du 1er mai dernier à Paris, on y voit un homme portant un casque et un brassard de police en train de frapper un manifestant. La vidéo, diffusée sur YouTube, était jusque là passée plutôt inaperçue.

Mais mercredi 18 juillet, Le Monde révèle avoir identifié l'homme en question. Il s'agit d'Alexandre Benalla, un proche collaborateur d'Emmanuel Macron. L'affaire a déclenché une vague d'indignation, notamment dans le monde politique.

Une enquête a été ouverte et Alexandre Benalla mis en examen, et les élus d'opposition pressent le chef de l'État de s'expliquer sur les agissements de son collaborateur. RTL fait le point sur la crise politique déclenchée par ce gendarme réserviste turbulent.

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Les faits reprochés à Alexandre Benalla

Le 1er mai, Alexandre Benalla participe à une opération de maintien de l'ordre en tant qu'observateur, après en avoir demandé l'autorisation à ses supérieurs. Mais une vidéo, sur laquelle Le Monde l'a identifié, le montre en train de frapper un manifestant, équipé d'un casque et d'un brassard de police.

En tant qu'observateur, il n'avait absolument pas le droit d'intervenir dans l'opération de maintien de l'ordre. Ne faisant pas partie de la police, il n'avait également pas le droit de porter le brassard qu'il avait ce jour-là.

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Alexandre Benalla filmé en train de frapper un manifestant le 1er mai 2018 à Paris

Mercredi 18 juillet, alors que l'affaire éclate, Alexandre Benalla "aurait été destinataire d'un document de la préfecture de police qu'il n'était pas autorisé à détenir", explique l'Élysée. Trois policiers lui auraient en effet transmis des images de vidéosurveillance de la ville de Paris. Le contrôleur général, le commissaire et le commandant mis en cause ont par ailleurs été suspendus à titre conservatoire.

L'Élysée a sanctionné le collaborateur

Dès le 2 mai, le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron apprend ce qu'il s'est passé lors de "l'observation" d'Alexandre Benalla avec les forces de l'ordre. Il assure avoir prévenu Emmanuel Macron. Le collaborateur a été suspendu pendant quinze jours avec retenue de salaire, a affirmé jeudi 19 juillet Bruno Roger-Petit, le porte-parole de l'Élysée. Après sa suspension, il a été réintégré, mais avec des missions restreintes à l'organisation d'événements au sein du palais selon l'Élysée. Une affirmation contredite par certaines archives.

Ce n'est que deux jours après la révélation de l'affaire, deux mois et demi après les faits qui sont reprochés au collaborateur du Président, que l'Élysée a entamé une procédure de licenciement. Un revirement que le palais explique par des faits nouveaux : les images de vidéosurveillances qui lui auraient été transmises par les trois policiers suspendus.

Qui savait ? Patrick Strzoda, le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, a donc été mis au courant dès le lendemain des faits. Le Président savait également, mais il n'aurait pas vu la vidéo à l'époque. Selon franceinfo, "la vidéo lui aurait été sommairement décrite", alors qu'il était en déplacement en Australie. Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb aurait lui aussi été mis au courant des faits reprochés à Alexandre Benalla dès le 2 mai, selon France Inter. De toutes les personnes mises au courant, aucune n'a rapporté ces faits à la justice.

Benalla, un proche turbulent du Président

Né en 1991 et réserviste de la gendarmerie, Alexandre Benalla a d'abord assuré la sécurité au sein du Parti socialiste, notamment pour Arnaud Montebourg, qui l'a vite renvoyé. "Je m’en suis séparé au bout d’une semaine après une faute professionnelle d’une première gravité : il avait provoqué un accident de voiture en ma présence et voulait prendre la fuite", a affirmé l'ancien ministre au Monde.

L'homme avait accompagné Emmanuel Macron lors de sa campagne présidentielle, et faisait partie de sa garde rapprochée. Une fidélité récompensée par de nombreux avantages lorsqu'il deviendra adjoint au chef de cabinet du Président, notamment un logement de fonction à deux pas de la tour Eiffelselon le journal Le Monde. Il avait également obtenu une voiture de fonction équipée d'un gyrophare et une autorisation de port d'arme.

Alexandre Benalla aux côtés d'Emmanuel Macron au Touquet en juin 2017
Alexandre Benalla aux côtés d'Emmanuel Macron au Touquet en juin 2017 Crédit : Philippe HUGUEN / AFP

Les témoignages qui affluent depuis l'éclatement de l'affaire Benalla brossent le portrait d'un homme turbulent et difficilement contrôlable. Comme lorsqu'il a tenté de prendre la main sur le dispositif de sécurité au retour des Bleus à Roissy le 16 juillet dernier, assuré par les gendarmes. Un incident dont ils ont informé leur hiérarchie.

Ou encore lors de réunions de préparation du One Planet Summit en décembre 2017. Cet homme "nous a rendu fou"se souvient un participant auprès de M6info. Lors de la campagne déjà, il s'était fait remarquer pour son intervention musclée contre un journaliste de Public Sénat lors d'un meeting à Caen en mars 2017, avant de lui arracher son accréditation.

Le 18 mars 2016, il est jugé après une plainte pour violences volontaires entraînant 8 jours d'ITT en août 2015. Il a été relaxé dans cette affaire, selon les informations de L'Express, confirmées par RTL.

Mis en examen et placé sous contrôle judiciaire

Après les révélations du Monde, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire. Alexandre Benalla a été placé en garde à vue vendredi 20 juillet au matin. Il est alors soupçonné de violences en réunion par personne chargée d'une mission de service public, d'usurpation de fonctions, de port illégal d'insignes réservés à l'autorité publique et de complicité de détournement d'images issues d'un système de vidéo-protection. 

Vincent Crase, gendarme réserviste et agent d'accueil pour REM qui était présent aux côtés d'Alexandre Benalla le 1er mai, a également été placé en garde à vue pour violences en réunion par personne chargée d'une mission de service public et usurpation de fonction. Le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, a été entendu comme témoin jeudi 19 juillet.

Alexandre Benalla a été mis en examen dimanche 22 juillet, notamment pour "violences en réunion", et placé sous contrôle judiciaire. Les trois policiers impliqués, ainsi que Vincent Crase, ont été également été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire.

Une crise politique

Parallèlement à l'enquête judiciaire, des enquêtes parlementaires vont également être menées. L'Assemblée nationale a lancé une commission d'enquête, confiée à la commission des Lois, tout comme le Sénat. Gérard Collomb doit être entendu par les députés lundi 23 juillet et par les sénateurs le lendemain.

Les députés ont réclamé vendredi 20 juillet des explications de la part du gouvernement sur l'affaire Benalla. Les élus de l'opposition ont refusé de reprendre l'examen de la réforme constitutionnelle dans ces conditions.

Les députés de la France insoumise ont proposé de voter sur une motion de censure du gouvernement. Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, a demandé quant à elle à Emmanuel Macron de s'expliquer. Deux jours après les révélations du Monde, le Président ne s'était toujours pas exprimé sur l'affaire dans laquelle est impliqué son collaborateur.

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2018-07-20 22:07:00
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