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"Un précédent dangereux" : Elon Musk perd son bras de fer judiciaire face aux créateurs de ChatGPT

Le milliardaire a échoué à faire condamner OpenAI en Californie. Sa plainte a été rejetée pour des raisons de calendrier judiciaire, alors que le procès devait éclairer la transformation d'une structure à but non lucratif en géant commercial de l'intelligence artificielle.

Elon Musk arrive au Capitole américain le 20 janvier 2025 à Washington, DC.

Crédit : CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

AFP - édité par La rédaction numérique de RTL

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Elon Musk a essuyé une défaite judiciaire majeure en Californie face aux créateurs de ChatGPT, qu'il accusait d'avoir transformé des financements destinés à une organisation à but non lucratif en levier de construction d'un géant commercial de l'intelligence artificielle, en contradiction avec la mission initiale d'OpenAI.

Au terme de trois semaines d'audiences particulièrement médiatisées - durant lesquelles cinq milliardaires de la Silicon Valley ont témoigné - un jury populaire a rendu, en seulement deux heures ce lundi 18 mai, une décision favorable à OpenAI et à son dirigeant emblématique, Sam Altman.

Les neuf jurés ont estimé qu'Elon Musk connaissait les faits reprochés à OpenAI depuis plusieurs années avant le dépôt de sa plainte, rendant ainsi son action judiciaire irrecevable pour dépassement des délais légaux.

Le patron de SpaceX avait engagé cette procédure en 2024, soit cinq ans après la réorientation commerciale d'OpenAI. L'organisation avait pourtant été fondée en décembre 2015 comme structure non lucrative par Musk, Altman et plusieurs autres entrepreneurs de la tech.

Une "juge militante"

Depuis la cour fédérale d'Oakland, près de San Francisco, la juge fédérale Yvonne Gonzalez Rogers a indiqué qu'elle validait les conclusions du jury. Bien que l'avis rendu fût consultatif, la magistrate avait déjà annoncé qu'elle s'y conformerait sur cette question préalable.

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Sur son réseau social X, Musk a dénoncé une "juge militante" qui aurait utilisé le jury comme "alibi" afin de créer, selon lui, "un précédent dangereux" permettant de détourner des organisations caritatives à condition de masquer les faits pendant trois ans.

Le milliardaire a toutefois supprimé ce message quelques heures plus tard, ne laissant visible qu'un autre post regrettant que le tribunal ne se soit pas prononcé "sur le fond" du dossier, mais uniquement sur "une question de calendrier judiciaire".

De son côté, l'avocat d'OpenAI, William Savitt, a estimé que ce verdict démontrait que la procédure engagée par Musk relevait d'"une tentative hypocrite de freiner un concurrent".

38 millions de dollars

Le jury n'a donc jamais eu à statuer sur le cœur du conflit opposant Musk à Altman, ancien allié devenu rival : les 38 millions de dollars versés par Elon Musk aux débuts d'OpenAI ont-ils servi à enrichir ses fondateurs au détriment de la promesse initiale de développer une IA au service de l'humanité ?

Cette interrogation a dominé les douze jours d'audience, marqués par la divulgation d'échanges internes et de documents révélant les tensions entre pionniers américains de l'intelligence artificielle, dans un secteur désormais porté par des investissements colossaux.

Une victoire judiciaire de Musk aurait pu fragiliser considérablement la croissance d'OpenAI, engagée dans une compétition intense avec Anthropic, Google ou encore xAI. À l'inverse, l'analyste financier Dan Ives estime que cette décision ouvre désormais la voie à une éventuelle introduction en Bourse d'OpenAI en levant une importante menace judiciaire.

Musk décrit comme un homme obsédé par le "contrôle absolu"

À l'ouverture du procès, le 28 avril, Musk s'était présenté comme un mécène trahi, animé par la volonté d'empêcher qu'une intelligence artificielle potentiellement dangereuse ne tombe entre les mains d'intérêts purement financiers.

Dernier témoin appelé à la barre après le président d'OpenAI, Greg Brockman, le PDG de Microsoft Satya Nadella et l'ingénieur Ilya Sutskever, Sam Altman a décrit Musk comme un homme obsédé par le "contrôle absolu" et déterminé à remporter la course à l'IA contre Google DeepMind.

Dix ans après sa création, ChatGPT revendique plus de 900 millions d'utilisateurs hebdomadaires. La structure commerciale d'OpenAI, lancée en 2019, est aujourd'hui valorisée à 850 milliards de dollars, tout en affirmant rester fidèle à son objectif initial : développer une intelligence artificielle bénéfique pour l'humanité.


Cette croissance fulgurante a considérablement enrichi les fondateurs d'OpenAI avant même leurs 40 ans et généré d'importants profits pour Microsoft, premier investisseur historique du groupe, également poursuivi dans cette affaire avant d'être mis hors de cause.

Empêcher une introduction en Bourse

Elon Musk accuse les dirigeants d'OpenAI d’avoir facilité un montage lui permettant d'investir 13 milliards de dollars dans une structure dont la valeur aurait depuis été multipliée par dix.

Le milliardaire demandait qu'OpenAI retrouve un statut entièrement non lucratif, ce qui aurait contraint l'entreprise à abandonner tout projet d'introduction en Bourse ainsi qu'une partie de ses soutiens financiers, parmi lesquels Microsoft, Amazon et SoftBank.

La fondation OpenAI originelle demeure aujourd'hui actionnaire minoritaire - à hauteur d'environ 25% - de la structure commerciale. Ses dirigeants soulignent qu'elle figure désormais parmi les organisations à but non lucratif les mieux financées au monde.

Musk, au contraire, considère cette fondation comme une simple coquille vide. Celle-ci, qui avait distribué 7,6 millions de dollars en 2024, a annoncé un programme d'un milliard de dollars de dons pour 2026, un mois avant l'ouverture du procès.

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