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Count Binface pose sur College Green, à côté du palais de Westminster, à Londres, le 25 avril 2024.
Crédit : BENJAMIN CREMEL / AFP
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"Je suis un guerrier spatial intergalactique et le chef des Recyclons de la planète Sigma IX." Voilà une drôle de manière de se présenter. Surtout quand on est candidat à une élection législative partielle et que l'on a pour ambition de siéger à Westminster, le Parlement britannique.
Pourtant, jeudi 13 août, les électeurs de la circonscription de Clacton (dans le sud-est de l'Angleterre) auront bel et bien la possibilité de voter pour celui qui se fait appeler "Count Binface" (le Comte Face-de-poubelle), qui, littéralement, est déguisé en poubelle et prétend venir de l'espace.
Le Count Binface a présenté sa candidature début juillet, après la démission fracassante du député sortant, Nigel Farage, chef du parti d'extrême droite Reform UK. Cette figure du Brexit, entrée pour la première fois au Parlement aux dernières élections de 2024, a voulu remettre son mandat en jeu après avoir été rattrapée par des scandales financiers.
Le Parlement avait ouvert une enquête après la révélation que Farage n'avait pas déclaré un don de 5 millions de livres sterling (5,8 millions d'euros) avant son élection. "Je n'ai rien fait de mal", s'était-il alors défendu. Il a démissionné pour que ce soit à ses constituants de décider de son avenir.
Sauf que la manœuvre n'a pas plu aux partis traditionnels que sont le Labour, les Conservateurs ou encore les Lib Dems. Ils ont décidé de boycotter le scrutin de Clacton, organisé au milieu de l'été. Les électeurs pourront donc choisir entre Nigel Farage et 33 autres petits candidats qui n'ont pas de réelles chances de percer.
Enfin, tous, sauf un. Depuis le début de la campagne, le fameux homme-poubelle attire l'attention des médias et est devenu une sensation. Le chef de Reform UK est tellement impopulaire que le Count Binface a fait une percée inouïe dans les sondages. D'ailleurs, l'institut Ipsos a demandé à un échantillon de Britanniques (sur l'ensemble du pays, pas uniquement dans la circonscription où a lieu l'élection) qui, de Nigel Farage et du Count Binface, ils préféraient voir remporter le scrutin. 33% ont répondu le Comte Face-de-Poubelle. 21% ont dit Farage (et le reste a répondu "Aucun des deux" à 32%, et "Ne sais pas" à 13%).
La présence du candidat loufoque sur les bulletins de vote n'est pas anecdotique. Elle révèle un sentiment grandissant de ras-le-bol politique au Royaume-Uni. C'est d'ailleurs devenu une tradition de voir émerger des candidats atypiques aux élections, dans un but purement satirique ou militant, comme ce fut par exemple le cas en France avec Coluche pour la présidentielle de 1981.
Les candidatures "pour rire" ont commencé en 1982 au Royaume-Uni avec la création de l'Official Monster Raving Loony Party (le Parti officiel des monstres fous furieux) par le musicien David Sutch. Il avait créé ce mouvement pour se moquer de la rigidité du monde politique britannique et représenter une alternative pour les électeurs qui ne veulent pas voter pour les partis traditionnels. Toujours existant aujourd'hui, le parti présente souvent des candidats. À celle de Clacton, jeudi, ils seront même trois sur les bulletins de vote.
Le Comte Binface, incarné par le comédien et satiriste Jon Harvey, 46 ans, est apparu en 2017. Il s'est présenté contre l'ancienne Première ministre Theresa May dans sa circonscription de Maidenhead. Il s'appelait alors Lord Buckethead (Lord Tête-de-Seau, il a ensuite dû changer de nom pour des histoires de marque déposée). Il n'avait recueilli que 0,4 % des voix.
Puis il s'est présenté contre d'autres figures du Parti conservateur : Boris Johnson ou encore Rishi Sunak. À d'autres scrutins, il s'est présenté contre des candidats de l'UKIP, le parti pro-Brexit de Nigel Farage, avant de se présenter aux élections locales de Londres, dans l'espoir de devenir maire. Dernièrement, Binface s'était présenté à l'élection partielle de Makerfield, celle qui a permis à l'actuel Premier ministre Andy Burnham d'entrer à Westminster et de prendre les clés du 10 Downing Street.
Si à chaque fois il est platement battu, sa candidature n'étant pas une réelle menace politique pour ses concurrents, le Count Binface fait tout de même mouche. Son programme de campagne est scandaleusement drôle.
S'il est élu, il promet de "réduire vos impôts pour augmenter ceux des autres", de "construire au moins un logement social", d'organiser un référendum "pour décider si Pluton devrait retrouver son statut de planète" ou bien de nationaliser la chanteuse Adèle.
Sauf énorme surprise, Nigel Farage devrait bel et bien retrouver son siège au Palais de Westminster après le vote de jeudi (dans un sondage réalisé mi-juillet, le candidat de Reform UK était en tête avec 75% des intentions de vote, contre 20% pour l'homme-poubelle). Mais Binface estime avoir réussi son pari. Auprès du New York Times, qui l'a récemment rencontré, il déclarait : si Farage "l'emporte, ce sera contre 33 candidats, dont un extraterrestre en forme de poubelle. Qui a gagné ?".
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