3 min de lecture Torture

Ukraine : Amnesty dénonce une pratique courante de la torture

Que ce soit du côté des rebelles ou des militaires ukrainiens, la torture de prisonniers et civils est monnaie courante en Ukraine.

Des soldats ukrainiens au repos près de Debaltseve, le 15 février 2015, après l'instauration du cessez-le feu.
Des soldats ukrainiens au repos près de Debaltseve, le 15 février 2015, après l'instauration du cessez-le feu. Crédit : VOLODYMYR SHUVAYEV / AFP
Nicolas Marischaël avec sa famille dans son atelier-boutique
La rédaction numérique de RTL
et AFP

Le rapport publié ce vendredi 22 mai sur la situation en Ukraine par Amnesty International est accablant. Passages à tabac, décharges électriques, simulacres d'exécution : les militaires ukrainiens et les rebelles séparatistes prorusses soumettent régulièrement à la torture prisonniers et civils.

Pour mener à bien son enquête, Amnesty a interrogé 33 anciens prisonniers, dont 17 qui étaient détenus par des séparatistes et 16 par des forces ukrainiennes, dont les services de sécurité (SBU). Sur ces 33 prisonniers, tous détenus entre juillet 2014 et avril 2015, "32 ont décrit de sévères passages à tabac et d'autres abus graves". L'ONG a corroboré ces témoignages avec des preuves additionnelles, tels que "des radios des os cassés, des dossiers médicaux, des photographies des coups et autres blessures, cicatrices et dents cassées". Outre des témoignages directs, Amnesty International s'appuie sur "des preuves publiées sur les réseaux sociaux et des articles dans les médias".

Généralement, les anciens prisonniers, aux mains de l'armée comme de la rébellion, affirment avoir "été battus jusqu'à ce que leurs os se brisent, avoir été torturés à l'électricité, frappés, poignardés, pendus au plafond ou privés de sommeil pendant des jours", détaille le rapport qui parle également de "simulacres d’exécution".

Des civils torturés pour des prétextes dérisoires

Selon l'ONG, ces pratiques "choquantes" sont le fait des deux parties et visent aussi les civils. "Amnesty a découvert que les deux parties détenaient de manière arbitraire des civils n'ayant commis aucun crime, mais qui sympathisaient avec l'autre camp". Certains ont ainsi déclaré avoir été détenus et battus simplement parce qu'ils avaient des photos du mouvement de contestation pro-européen EuroMaïdan dans leurs téléphones portables ou au contraire parce qu'ils avaient les numéros de téléphone de rebelles.

À lire aussi
crise ukrainienne
Guerre en Ukraine : pourquoi la tension monte à nouveau avec la Russie

Selon John Dalhuisen, responsable d'Amnesty pour l'Europe et l'Asie centrale, si les civils sont parfois détenus pour être ensuite utilisés comme "monnaie d'échange" contre d'autres prisonniers, ils peuvent aussi l'être simplement en raison de leurs opinions. L'ONG cite par ailleurs un témoignage "particulièrement dur" d'un ancien prisonnier détenu par le groupe ultranationaliste ukrainien Pravy Sektor. "Utilisant un camp de jeunesse abandonné comme prison, Pravy Sektor a, selon ce témoignage, détenu des dizaines de prisonniers civils comme otages, les torturant de manière brutale et leur extorquant d'importantes sommes d'argents ainsi qu'à leurs familles", écrit Amnesty, qui a alerté les autorités ukrainiennes sur ces allégations, mais n'a pas reçu de réponse.

Réagissant à ce rapport, les services de sécurité ukrainiens (SBU) ont dit être prêts à rencontrer les représentants d'Amnesty pour "enquêter sur chaque cas mentionné" par l'ONG.

Exécutions sommaires du côté des rebelles

Du côté séparatiste, Amnesty fait état d'au moins huit exécutions sommaires de combattants ukrainiens capturés par des séparatistes. L'ONG évoque notamment le sort d'un soldat ukrainien, Andriï Gavriliouk, 34 ans, grièvement blessé aux jambes lors de la bataille pour l'aéroport de Donetsk, passé sous contrôle des séparatistes en janvier.

"Il n'y avait pas de civière, rien du tout, ils (rebelles) ne pouvaient pas le porter. Quelques secondes plus tard j'ai entendu trois coups de feu", a témoigné l'un des ses camarades. En avril, l'ONG avait déjà dénoncé les meurtres de quatre soldats ukrainiens en captivité. Quatre nouveaux meurtres ont ainsi depuis été découverts, a précisé un chercheur d'Amnesty à Kiev, Krassimir Yankov. "Les preuves accablantes de crimes de guerre, dont le recours à la torture et à des exécutions sommaires de prisonniers, sont un rappel poignant des pratiques brutales commises quasi-quotidiennement dans le cadre du conflit dans l'est de l'Ukraine", résume Amnesty, appelant dès lors à mener des enquêtes et à traduire en justice les responsables.

Les forces ukrainiennes combattent une rébellion séparatiste prorusse dans l'Est, armée et soutenue par la Russie, selon Kiev et les Occidentaux. Moscou dément catégoriquement toute implication militaire dans ce conflit qui a fait plus de 6.200 morts depuis avril 2014. Malgré l'entrée en vigueur le 15 février d'une nouvelle trêve, des incidents meurtriers ont encore lieu quasi-quotidiennement.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Torture Europe Crise ukrainienne
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants