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Sept étudiants accusés de viol collectif, une dissertation comme punition... La prestigieuse université américaine de Cornell au cœur d'un scandale de violences sexuelles

Deux ans après les faits, une enquête va être rouverte après les accusations de viol d'une étudiante de Cornell. Cette dernière a poursuivi l'université américaine au civil, assurant qu'elle n'a pas été protégée alors que les sanctions envers les hommes accusés ont été jugées trop légères.

L'université de Cornell à Ithaca, aux États-Unis, le 3 novembre 2023.

Crédit : Matt Burkhartt / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Marine Langlois

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Une histoire qui secoue un prestigieux établissement américain. Une ancienne étudiante de l'université de Cornell, de l'État de New York, accuse sept hommes de l'avoir droguée et violée lors d'une soirée à une fraternité en octobre 2024. Si l'affaire date d'il y a deux ans, les accusations ont été rendues publiques ces derniers jours car la victime, qui a depuis abandonné ses études, a porté plainte au civil contre l'université, demandant des dommages et intérêts pour ne pas avoir su la protéger. 

Surtout, l'avocat de la victime assure au média CBS que sur les sept hommes visés par ces accusations, seulement deux ont été expulsés de l'établissement et le reste n'a eu que des sanctions moins graves, comme l'écriture d'une dissertation. 

Un message sur une conversation Snapchat

La victime, identifiée comme Jane Doe dans le procès, avait 20 ans au moment des faits. Ce jour d'octobre, il y a deux ans, elle va rendre visite à une amie à la fraternité Chi Phi, où une soirée est en cours : alors qu'elle est alcoolisée, deux étudiants la contraignent à consommer de la kétamine avant de l'agresser sexuellement. Mais l'histoire ne s'arrête pas là. 

Un message a ensuite été envoyé sur le groupe Snapchat de Chi Phi, assurant qu'une femme était "disponible" pour des rapports sexuels, rapporte CBS News. D'après la plainte consultée par le média américain, la victime a indiqué avoir été violée pendant plusieurs heures par plusieurs hommes avant de perdre conscience vers 5h45 du matin. 

À écouter aussi

Trois semaines plus tard, Jane Doe alerte la police universitaire et une enquête est alors lancée en interne par l'université. Une douzaine de personnes sont entendues pour au final mener aux deux expulsions et aux sanctions jugées "légères" par l'avocat de la victime. Le procureur du comté de Tompkins a assuré à CBS que son bureau a réalisé une "enquête policière approfondie" mais qu'il n'y avait "pas eu assez de preuves pour justifier des poursuites pénales". 

Les noms des accusés publiés par le journal universitaire

De son côté l'université assure dans un communiqué le 21 septembre qu'une enquête a été menée et qu'une partie de la fraternité Chi Phi n'a toujours pas le droit de se rendre sur le campus. Ajoutant : "La loi fédérale sur la protection de la vie privée interdit à Cornell de divulguer des informations spécifiques concernant des étudiants à titre individuel, nous ne sommes donc pas en mesure de faire une déclaration publique sur toute autre mesure disciplinaire." Un groupe de travail sur les agressions sexuelles a été lancé peu après les faits. 


De son côté, la fraternité Chi Phi assure "condamner les violences sexuelles", dans un communiqué transmis à CBS News. " Nous avons pris connaissance de l'action en justice concernant un incident qui aurait eu lieu en 2024. Bien que nous ne puissions pas nous exprimer sur les allégations spécifiques tant que la procédure est en cours, nous prenons cette affaire très au sérieux", ajoute la fraternité. 

Mais cela n'a pas suffi à calmer les esprits : l'histoire a rapidement été dénoncée sur les réseaux sociaux. Le journal universitaire de Cornell, le Cornell Daily Sun, a même publié les sept noms des hommes concernés, dénonçant les actions de l'université. "Nous refusons que cette victime soit réduite à un simple cas parmi tant d’autres. Cornell a failli à son devoir de protection envers ses étudiants. (...) Cornell l’a laissée tomber. Cornell nous a laissés tomber", peut-on lire dans le journal. 

L'actrice Florence Pugh s'est également dit "mal à l'aise, écœurée et angoissée" en lisant cette histoire, dans un post Instagram dimanche 27 septembre. "Nous ne sommes pas assez sévères envers ceux qui veulent nuire à la vie d’autrui. Je rends hommage à tous ceux qui, au sein de l’université, se battent pour cette jeune fille, dénoncent ces garçons et leur rendent la vie insupportable, au point qu’ils ne puissent plus y trouver aucune joie pendant leurs études. On ne devrait pas les laisser se promener librement comme le reste d’entre nous", dénonce-t-elle. 

L'enquête réouverte par un procureur de New York

Alors qu'une gronde collective se fait entendre sur les réseaux sociaux, l'enquête sur cette affaire pourrait ne pas être terminée. Ce lundi 28 septembre, ABC News révèle qu'un procureur du comté de Tompkins, Matthew Van Houten, compte rouvrir l'enquête. "Nous avons l’intention de présenter l’affaire devant le grand jury du comté de Tompkins avec la coopération de Jane Doe. Nous souhaitons déterminer s’il existe des éléments supplémentaires dont nous n’avions pas connaissance en novembre 2024, mais qui existent aujourd’hui et qui pourraient modifier notre évaluation de l’affaire", détaille-t-il auprès du média américain. 

Le procureur défend aussi la décision de l'époque : la victime n'aurait pas mentionné qu'elle avait été drogué contre son gré ou qu'elle n'était pas consentante, son bureau s'est basé sur l'enquête de la police de Cornell et la conversation Snapchat de la fraternité n'a jamais été donnée aux autorités. Des propos contestés par l'avocat de la victime qui assure que ces preuves ont été communiquées en novembre 2024. 

"Ma cliente s'est rendue à la police de l’université de Cornell car un crime avait été commis. La police avait l’obligation d’enquêter sur ces plaintes. On lui a remis la conversation de groupe dans laquelle les membres de la fraternité s’invitaient à violer ma cliente. Il s’agissait d’un élément de preuve essentiel démontrant qu’un crime avait bien eu lieu. Malgré cela, ni la police de Cornell ni le procureur du comté de Tompkins n’ont donné suite à la plainte de Mme Doe", dénonce-t-il auprès d'ABC News. 

Dans un nouveau communiqué, l'université de Cornell assure être en accord avec la décision du procureur de rouvrir cette enquête assurant qu'aucun des accusés n'a seulement eu à écrire une dissertation. "Toute affirmation selon laquelle l'université n'aurait pas infligé de sanctions sévères aux personnes impliquées est fausse. Continuer à répandre cette fausse idée selon laquelle les conséquences auraient été minimes dans cette affaire est irresponsable ; cela fera en sorte que les victimes se sentent moins en sécurité et moins soutenues, et contribuera à perpétuer la sous-déclaration des agressions sexuelles", dénonce l'université. Elle précise que la fraternité a été fermée en 2024. 

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