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Roumanie : un référendum contre le mariage pour tous échoue à cause de l'abstention

Il était demandé aux Roumains de se prononcer sur l'inscription de l'interdiction du mariage pour tous dans la Constitution. Cette consultation controversée n'a pas abouti du fait de la forte abstention.

Un isoloir lors du référendum sur le mariage pour tous en Roumanie, le 7 octobre 2018
Un isoloir lors du référendum sur le mariage pour tous en Roumanie, le 7 octobre 2018
Crédit : DANIEL MIHAILESCU / AFP
Clarisse Martin & AFP

Une abstention record inflige un camouflet à l'exécutif roumain. La population a refusé dimanche 7 octobre d'ancrer dans la Constitution l'interdiction du mariage gay en boudant un référendum. Un cuisant revers pour le gouvernement de gauche qui soutenait ce référendum. 

Seuls 20,41% des électeurs ont voté lors de ce scrutin qui avait débuté samedi, selon le Bureau électoral central, alors qu'un seuil minimum de 30% était requis pour que la consultation soit validée. Les résultats, annoncés lundi, donnent le "oui" à l'interdiction du mariage pour tous gagnant à plus de 90% des suffrages. Mais ce résultat n'est donc pas valide. Avant l'annonce, les partisans de cette consultation controversée avaient déjà concédé leur défaite.

"C'est un échec pour les Roumains et pour la Roumanie", a lancé le secrétaire-général des sociaux-démocrates (PSD) Codrin Stefanescu, dénonçant le "boycott d'une démarche civique". 

La main de l'Église orthodoxe derrière le référendum

Le référendum avait été initié par des ONG proches de la puissante Église orthodoxe et réunies au sein d'une "Coalition pour la famille", qui ont assuré avoir recueilli trois millions de signatures d'opposants au mariage gay. Le scrutin a attiré 3,7 millions d'électeurs, sur un total de quelque 19 millions. 

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"Nous n'avons pas atteint notre but, nous le ferons la prochaine fois", a assuré le président de cette coalition, Mihai Gheorghiu. Bien au-delà de la communauté LGBT, de nombreuses organisations de la société civile avaient appelé à boycotter cette consultation. 

L'association Accept, qui défend les droits des minorités sexuelles, s'est félicitée d'un résultat qui "démontre l'attachement de l'électorat envers le parcours européen de la Roumanie et envers les valeurs démocratiques". 

Appelés à inscrire dans la loi fondamentale que seuls "un homme et une femme" peuvent s'unir et non plus des "époux", comme stipulé actuellement, les Roumains ont préféré rester chez eux, dénonçant un "gaspillage d'argent" mais aussi une campagne aux accents outrageants envers les homosexuels. 

Une campagne aux aspects outrageants envers les homosexuels

"On devrait laisser à tout le monde le choix de se marier ou non, sans égard pour l'orientation sexuelle", a confié à l'AFP une retraitée, Ileana Popescu, après avoir assisté à la messe dominicale à Bucarest. 

Sur le fond, cette consultation ne devait rien changer puisque la législation roumaine n'autorise ni le mariage entre personnes de même sexe ni l'union civile. Mais une modification constitutionnelle aurait verrouillé davantage cette interdiction. 

À contre-courant des gauches européennes, les leaders des sociaux-démocrates roumains ont pris fait et cause pour les défenseurs de la "famille traditionnelle", moins par conviction, selon leurs adversaires, que par "opportunisme". 

Mais selon le sociologue Gelu Duminica, l'implication du PSD dans cette campagne a eu l'effet inverse, éloignant les électeurs des urnes. En outre, "l'agressivité qui a marqué la campagne pour le 'oui', la tentative d'instiller la haine contre une minorité ont rendu les Roumains réticents à voter", a-t-il expliqué à l'AFP.  

Un scrutin critiqué par l'Union européenne

Les sociaux-démocrates comptaient sur ce scrutin pour remobiliser la Roumanie rurale et conservatrice, le cœur de leur électorat, alors que le parti est en perte de vitesse, accusé de vouloir affaiblir la lutte contre la corruption et de contrôler la justice qui a épinglé nombre de ses élus. 

Les responsables de la majorité de gauche ont été parmi les premiers à voter samedi, à l'image de la cheffe du gouvernement Viorica Dancila ou du puissant patron du PSD Liviu Dragnea. 

Le référendum a suscité de vives critiques au sein des institutions européennes qui ont rappelé Bucarest à ses engagements en matière de droits de l'homme.

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