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Qui sont les trois Londoniennes parties rejoindre l'État Islamique en février 2015 ?

Il y a sept mois, trois jeunes filles originaires de Londres s'enfuyaient de chez elles pour rejoindre l'État Islamique en Syrie. Des lycéennes brillantes et révoltées, qui vivaient dans le plus grand secret leur rupture avec l'Occident.

Les deux Français interpellés sont d'origine tunisienne (illustration).
Les deux Français interpellés sont d'origine tunisienne (illustration).
Crédit : AFP
Camille Kaelblen
Camille Kaelblen

Khadiza Sultana, Shamima Begum et Amira Abase n'ont pas plus de 16 ans lorsque le 17 février 2015, elles franchissent le portique de l'aéroport de Gatwick, à Londres, pour rejoindre l'État Islamique en Syrie. L'histoire ébranle alors la population britannique. Six mois plus tard, tandis que l'enquête suit son cours pour comprendre le parcours des jeunes filles, le New York Times s'intéresse de près au profil des trois adolescentes originaires de Bethnal Green, un quartier résidentiel du nord-est de Londres. 

Un départ brutal et inattendu

La nuit précédant son départ pour la Syrie, Khadiza Sultana, 16 ans, dansait encore en pyjama avec sa nièce et sa meilleure amie, dans le salon familial. Elle apparaissait alors comme elle l'a toujours été : joyeuse, sociable, drôle et douce, raconte sa mère au quotidien américain. Le lendemain, la jeune fille prétend se rendre à la librairie, dans le quartier de Bethnal Green. Elle ne reviendra pas chez elle.

Sa sœur part à sa recherche quand sa mère découvre que son placard est vide. "C'est à ce moment-là que j'ai commencé à paniquer", confie-t-elle au NYT. La famille signale la disparition de leur fille dès le lendemain. Une heure plus tard, trois officiers de la brigade antiterroriste sonnent à la porte de l'appartement. "Nous pensons que votre fille est partie en Turquie avec deux de ses amies", disent les officiers à la sœur de Khadiza. Mais à ce moment-là, elle est encore loin d'imaginer que pour les trois jeunes filles, c'est en Syrie que le voyage s'achève.

"C'est seulement quand j'ai vu la vidéo que j'ai compris", explique-t-elle au New York Times. Au journal télévisé, elle voit sa fille et ses deux amies de 15 ans, filmées par des caméras de surveillance, passant le portique de sécurité de l'aéroport de Gatwick pour prendre un vol en direction d'Istanbul puis, plus tard, montant dans un bus menant à la frontière syrienne. 

"Elles étaient les filles qu'on aimerait être"

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Une image troublante, qui met au jour un phénomène jusque-là inconnu : l'État Islamique attire aussi les jeunes femmes. Si les hommes partent souvent dans le but de devenir des "combattants", les femmes, elles, s'engagent à devenir des épouses. Alors que leur rôle avait jusque-là été minimisé par les autorités britanniques, il est aujourd'hui une préoccupation majeure. Moins susceptibles d'être tuées, et plus susceptibles de perdre leur époux au combat, les femmes peuvent être tentées de retourner chez elles endoctrinées et pleines d'amertume, décrypte le NYT.


Les trois Londoniennes, souriantes et ouvertes, étaient aussi très appréciées de leurs camarades de classe et de leurs professeurs. Khadiza était l'une des élèves les plus brillantes et travailleuses de sa classe. Sur son lit, la jeune fille gardait l'exemplaire d'un livre qu'une de ses professeur lui avait donné, avec une dédicace à l'intérieur : "Bravo pour ton travail acharné et pour avoir surpassé tes objectifs en anglais". Amira, de son côté, était une sportive et une oratrice talentueuse. Elle fréquentait très régulièrement la bibliothèque et dévorait tout sorte de livres. Shamima, la plus discrète des trois amies, était cependant très active sur les réseaux sociaux. "Elles étaient les filles qu'on aimerait être", témoigne une jeune fille de la classe en-dessous qui fréquentait le même établissement que les trois amies.

Représentantes d'une contre-culture conservatrice

Des lycéennes brillantes, dont le comportement avait pourtant changé ces derniers temps, sans que leurs parents s'en inquiètent pour autant. Ils attribuaient leur esprit de révolte à un passage de l'adolescence. Peut-être, d'ailleurs, était-ce bien de rébellion dont il était question. Car pour ces jeunes filles brillantes, qui voulaient tout remettre en question, la révolte s'est exprimée à travers l'extrémisme religieux. Leur contre-culture à elle, c'était l'ultra-conservatisme. Sur Twitter, Amira s'était faite plus virulente. Au sujet du viol, elle s'était ainsi exprimée un mois avant son départ : "Entendre ces histoires de soeurs qui se font violer, ça me rend allergique aux hommes, Wallah".

Entendre ces histoires de soeurs qui se font violer, ça me rend allergique aux hommes, Wallah

Amira Abase

Car à Bethnal Green, quartier de Londres qui concentre une importante population musulmane, cette rébellion féminine par la purification de l'âme bouleverse les rapports des jeunes filles à la sexualité et à l'amour. "Avant, les filles voulaient des beaux mecs, maintenant, elles veulent des musulmans pratiquants, explique Zahra Qadir, qui travaille pour une association d'anti-radicalisation à Londres au New York Times. C'est quelque chose de nouveau depuis deux ans. Beaucoup de filles veulent ça, même celles qui ne pratiquent pas".

Rejoindre l'EI, "un moyen de s'émanciper de ses parents"

Cette radicalisation religieuse est, pour beaucoup de jeunes filles, la partie émergée de l'iceberg. Touchées par la défiance de la société à l'égard de l'islam, ces jeunes filles rejettent les libertés et les opportunités occidentales que leurs parents étaient venus rechercher. Touchées par l'hyper-sexualisation de la femme par les médias occidentaux, elles prônent le voile comme libération féministe. "C'est une version déformée du féminisme", selon Sasha Havlicek, fondatrice de l'Institut du Dialogue Stratégique, qui étudie les formes de radicalisation politique et religieuse en Europe. "Pour les filles, rejoindre l'EI est un moyen de s'émanciper de ses parents, et en même temps de la société occidentale qui les a laissées tomber", résume-t-elle. 

Malgré les signes extérieurs d'un retour soudain à la prière, au voile et au discours religieux, les familles des trois jeunes filles disent n'avoir rien soupçonné de leur planification méticuleuse pour leur voyage en Syrie. Parmi quelques indices retrouvés ensuite, une liste, laissée sur la page déchirée d'un calendrier, sur laquelle les jeunes filles notaient les choses à emmener pour leur voyage : des soutiens-gorge, un téléphone, un épilateur, du maquillage et des vêtements chauds. À côté de chaque objet, leur prix estimé, ainsi que l'inscription "1.000 livres", pour le billet d'avion jusqu'en Syrie. 

Selon leurs familles, aucune des trois jeunes filles ne disposait d'autant d'argent. Elles assurent pourtant toutes que rien ne leur a été volé "Ma fille n'a emporté que quelques-uns de ses bijoux, et pas les plus précieux", indiquait la mère de Khadiza. Pour les enquêteurs en charge de l'affaire, les jeunes filles auraient pu recevoir une aide financière de la part d'un donateur rencontré en ligne ou de quelqu'un qui vivait à proximité. Mais pour l'instant, les liens que les jeunes filles auraient pu tisser avec des recruteurs restent difficiles à identifier. 

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