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Pourquoi les réalisateurs israéliens de "Naza", le documentaire primé sur Gaza, sont-ils accusés de "trahison" par leur gouvernement ?

Yuval Abraham et Rachel Szor, réalisateurs du documentaire d'investigation sur l'armée israélienne à Gaza intitulé "Naza", risquent la déchéance de nationalité par Israël.

Les réalisateurs de Naza, Yuval Abraham et Rachel Szor

Crédit : AFP

Après son prix à Venise, "Naza" visé par le gouvernement israélien

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Après son prix à Venise, "Naza" visé par le gouvernement israélien

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William Galibert - édité par Marie-Lys de Fremond

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De la standing ovation à la menace. Naza, documentaire réalisé par les journalistes d'investigation israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, pourrait bien coûter à ces derniers leur nationalité. Le film a été projeté le 10 septembre en avant-première, au réputé festival de la Mostra de Venise. 

Le duo avait déjà réalisé No Other Land en 2024, Oscar du meilleur film documentaire. Celui-ci levait le voile sur la violence des autorités et des colons en Cisjordanie occupée. Naza, seul documentaire en compétition à la Mostra, a de son côté obtenu le prix spécial du jury après 25 minutes de standing ovation du public. 

Yuval Abraham et Rachel Szor y montrent 24 membres des services de renseignement de l'armée israélienne. Ils sont filmés de nuit, visages dissimulés, voix modifiées, sur les toits de Tel Aviv. Ils racontent comment Tsahal, l'armée israélienne, choisit ses cibles à Gaza. 

Le documentaire s'est soldé d'une réponse immédiate du ministre israélien de la Culture Miki Zohar adressée aux réalisateurs : "J'agirai immédiatement pour révoquer la citoyenneté israélienne de ces créateurs vils en raison de leur trahison envers l'Etat", a-t-il annoncé sur le réseau social X.  Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a ajouté : "Vous êtes une honte, une source d'embarras pour tout le peuple d'Israël. Allez-vous-en !".

L'utilisation des "dommages collatéraux"

Naza, acronyme militaire hébreu pour "Nezek Agavi", signifie "dommages collatéraux". Dans le documentaire, un soldat anonyme décrit notamment  l'utilisation d'outils boostés à l'intelligence artificielle pour localiser et calculer le nombre de civils qui risquent de mourir lors d'attaques. Selon lui, tout Gaza est cartographié et il est possible de cliquer sur chaque maison afin de voir combien de personnes risquent de mourir en cas de bombardement. 

Le film va encore plus loin : plusieurs militaires disent avoir eu le sentiment de travailler dans une sorte d'usine à tuer, et d'autres parlent de jeux vidéo : on sélectionne, on valide, on frappe.

Israël rejette le documentaire

L'armée israélienne, quant à elle, rejette catégoriquement les accusations. Elle conteste ces témoignages anonymes, et avance qu'on ne peut vérifier ni l'identité, ni l'exactitude des renseignements fournis, ni les fonctions de ces soldats. Elle assure que les décisions de frapper sont toujours prises par l'humain, jamais directement par l'intelligence artificielle. Elle affirme enfin qu'elle fait des efforts considérables pour réduire les pertes civiles. 

Le gouvernement rappelle que ce sont les massacres du 7 octobre 2023 et les centaines d'Israéliens pris en otage qui ont déclenché cette opération militaire pour éliminer le Hamas. Pour autant, à travers les témoignages de Naza, ce sont les propres soldats de l'État hébreu qui décrivent le prix payé par les civils à Gaza. Le récit vient de l'intérieur, de ceux qui ont servi au cœur même de cette guerre. C'est pour cette raison que le documentaire dérange autant.

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