2 min de lecture Naufrage

Méditerranée : "J'ai fait partir entre 7.000 et 8.000 personnes", raconte un passeur

Dans son édition du 20 avril, le quotidien italien "La Repubblica" consacre un article à un passeur de migrants qui officie entre la Libye et la Sicile. A partir des écoutes téléphoniques de la police, le journal dresse un portrait glaçant de ce "trafiquant d'hommes".

Un bateau transportant des migrants arrive dans le port de Messine après une opération de sauvetage en mer le 18 avril 2015 (image d'illustration)
Un bateau transportant des migrants arrive dans le port de Messine après une opération de sauvetage en mer le 18 avril 2015 (image d'illustration) Crédit : GIOVANNI ISOLINO / AFP
Charlie Vandekerkhove
Charlie Vandekerkhove
Journaliste RTL

Il s'appelle Mered Medhanie. Il est Érythréen et mène la belle vie en Libye, où il profite d'alliances avec des membres haut placés de la police locale. Identifié récemment par la section "crime organisé" de l'équipe mobile de la police de Palerme, il est l'un des principaux passeurs qui, moyennant une grosse somme d'argent, fait monter sur des embarcations de fortune des centaines de migrants entre la Libye et la Sicile. Le quotidien italien La Repubblica dresse, dans son édition du 20 avril, le portrait de cet homme cynique, qui se compare volontiers à Kadhafi.

On dit que j'en fais monter trop sur les bateaux... Mais ce sont eux qui veulent tous partir tout de suite

Mered Medhanie
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Dans les conversations téléphoniques à ses complices, écoutées par la police, l'homme se vante. "Personne n'est meilleur que moi". Mais il se plaint aussi : "Je suis vraiment stressé, à cause du travail." Puis il se met à rire : "On dit que j'en fais monter trop sur les bateaux... Mais ce sont eux qui veulent tous partir tout de suite." Comme le souligne le quotidien, pour lui les migrants sont "des chiffres", "des affaires". Lui ne se préoccupe que de mettre à l'abri l'argent qu'il gagne.

"Nous faisons un travail illégal"

Et de l'argent, il en a. "Cette année j'ai bien travaillé", dit-il encore au téléphone. "J'ai fait partir entre 7.000 et 8.000 personnes". A Tripoli, grâce à ses contacts dans la police, son commerce tourne. "J'ai dû payer pour faire sortir des immigrés de prisons, une vingtaine par jour", explique-t-il par téléphone. Mais il ne fait pas dans la philanthropie : il exige des migrants le remboursement des pots-de-vin qu'il a versés, avant de leur permettre de monter sur ses embarcations, direction Lampedusa, en Sicile.

En Libye, Mered Medhanie se partage le marché avec Ermias Ghermay, un autre trafiquant, Éthiopien, lui aussi identifié par la police palermitaine. Il est accusé d'avoir organisé le voyage du bateau transportant 366 migrants, et qui a fait naufrage en octobre 2013 au large de Lampedusa. "Nous faisons un travail illégal", reconnaît-t-il au téléphone, alors qu'il ne se sait pas écouté. "Mais bon, c'est pas comme si on était le gouvernement, capable d'aider et d'écouter tout le monde..."

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