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Lula et Flavio Bolsonaro, candidats à la présidentielle au Brésil
Crédit : AFP
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La vague conservatrice qui s'abat sur l'Amérique latine va-t-elle atteindre le Brésil ? Ce dimanche 25 octobre, les Brésiliens sont appelés aux urnes pour élire leur nouveau président. Luiz Inácio Lula da Silva, dit Lula, se présente pour un quatrième mandat non consécutif face à Flavio Bolsonaro, fils de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d'État.
À l'issue du premier tour, le dimanche 4 octobre, Flavio Bolsonaro avait créé la surprise en arrivant en tête du scrutin. Il avait réussi à obtenir 47% des suffrages, contre 45% pour le président sortant. Cet écart réduit montre que le plus grand pays d'Amérique latine reste profondément polarisé. Les deux se sont confrontés à deux reprises depuis le premier tour : ces débats d'entre-deux tours seront peut-être décisifs pour l'avenir du Brésil.
Le premier s'est déroulé dans la soirée du 18 octobre. Les deux prétendants à la présidence se sont livrés à un festival d'insultes et d'accusations. Cette confrontation, dans le studio de la chaîne de télévision Band à São Paulo s'est vite révélée électrique. Les noms d'oiseaux ont pris le pas sur les propositions. Chacun a mobilisé les dossiers, réels ou supposés, censés fragiliser son adversaire.
Cravate aux couleurs jaunes et vertes du Brésil, Lula s'est ostensiblement éloigné un instant de Flavio Bolsonaro, expliquant vouloir "prendre ses distances avec un milicien". Il faisait allusion aux liens supposés du parlementaire avec des groupes criminels parapoliciers qui contrôlent de vastes quartiers populaires de Rio de Janeiro.
Le fils de l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022) a répliqué en montrant le mot "corrompu" écrit sur la paume de sa main. Une référence à la condamnation de Lula pour corruption qui lui avait valu la prison en 2018-2019, avant qu'elle ne soit annulée.
Le président sortant a réclamé à plusieurs reprises des explications au sujet d'une enquête sur des soupçons de corruption visant Flavio Bolsonaro, en lien avec le financement d'un film sur son père. L'intéressé s'est refusé à répondre et s'est fait traiter de "clown". Le candidat de droite a riposté en évoquant un fils de Lula, surnommé "Lulinha", cité dans une affaire de corruption présumée.
Le nom de Jair Bolsonaro, qui purge une peine de 27 ans de prison pour tentative de coup d'État, est revenu plusieurs fois. Quand son fils a demandé à son concurrent pourquoi tant de prisonniers l'avaient soutenu lors des élections, Lula a répondu ironiquement en appelant Bolsonaro père à voter pour lui.
Un second débat s'est tenu le vendredi 22 octobre, 48h avant le scrutin. Cette fois-ci, le ton a été plus mesuré et les deux candidats ont débattu de l'état du Brésil et de leurs projets, de l'économie à la sécurité et à la santé, en quête des voix des indécis.
En costume mais sans cravate, Lula, qui fêtera la semaine prochaine ses 81 ans, a attaqué le présumé manque d'expérience du sénateur de 45 ans : "Il ne connaît pas le Brésil", a-t-il lancé. En costume et cravaté, le fils Bolsonaro l'a présenté comme un candidat du passé, qui laisse "un pays ruiné" : "Les idées qu'il avait autrefois, qui étaient bonnes à l'époque (…), aujourd'hui ne fonctionnent plus".
Il n'a jamais travaillé de sa vie
Lula
Le format, plus rigide que lors du premier débat sur la chaîne Band, a obligé les rivaux à garder une distance physique pendant les deux heures de l'émission. Malgré cette modification, les échanges restaient parfois tendus. Le sénateur de droite a accusé le président sortant de distribuer des aides sociales "d'une main et de les reprendre avec ses neuf doigts".
Une référence au fait que, lorsqu'il était jeune ouvrier métallurgiste, Lula avait perdu un doigt à l'usine à 17 ans. "Je ne vais pas permettre qu'un milicien m'appelle 'neuf doigts'", a répliqué le leader de gauche. "Il n'a jamais travaillé de sa vie, il ne sait pas ce qu'est le monde professionnel. Son premier emploi a été un emploi fictif donné par son père".
Sommé de lui présenter des excuses, Flavio Bolsonaro s'est exécuté : "Je ne voulais pas t'offenser". Il a ensuite rebondi : "Toi, présenteras-tu des excuses au peuple brésilien qui souffre de l'insécurité?"
Lula a aussi accusé son rival de s'inspirer de la "tronçonneuse" du dirigeant ultralibéral argentin Javier Milei, qui s'en est pris à de nombreux programmes sociaux. Le parlementaire lui a répondu que son "grand coup de ciseaux" (symbole de sa campagne) sera "contre la corruption du gouvernement actuel".
Sur la fin, les candidats ont délaissé leurs propositions pour se lancer mutuellement, encore une fois, des accusations de corruption et de mensonges.
Ces séquences médiatiques semblent jouer légèrement en faveur de Lula, à en croire les derniers sondages au Brésil. Le président sortant est remonté de quelques petits points dans les intentions de vote, mais il ne devient pas favori pour autant. Il est crédité de 46% des intentions de suffrage dans le dernier sondage Datafolha pour O Globo, contre 47% pour Bolsonaro, ou encore 49% contre 51% selon un sondage PoderData.
Impossible de dégager un véritable favori à 24 heures du scrutin. Une chose est sûre, celui-ci s'annonce particulièrement serré.
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