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Les époux Gauthier, les Klarsfeld du génocide contre les Tutsi

REPLAY - Alain et Dafroza Gauthier traquent les génocidaires hutu. C'est grâce à eux qu'un nouveau procès va s'ouvrir à Paris le 10 mai prochain.

Ladislas Ntaganzwa, suspecté de génocide au Rwanda, escorté par la police le 20 mars 2016.
Ladislas Ntaganzwa, suspecté de génocide au Rwanda, escorté par la police le 20 mars 2016.
Crédit : Stephanie AGLIETTI / AFP
Les époux Gauthier, les Klarsfeld du génocide contre les Tutsi
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Ludovic Galtier
Ludovic Galtier

Un couple français hors du commun est hanté par le génocide des Tutsi du Rwanda. Comme Serge et Beate Klarsfeld l'ont fait pour les nazis, Alain et Dafroza Gauthier traquent les génocidaires hutu. C'est grâce à eux qu'un nouveau procès va s'ouvrir à Paris le 10 mai prochain. Ce sont eux qui ont débusqué à Toulouse et à Mayotte les deux anciens maires rwandais qui vont comparaître dans deux semaines devant la Cour d'assises de Paris pour "crime contre l'humanité". 

À chaque fois qu'un génocidaire sera condamné en France, on pourra se dire que ce sont eux qui en sont à l'origine. Les époux Gauthier sont les "Klarsfeld du génocide contre les Tutsi". Même entêtement. Même obstination. Traduire en justice les génocidaires : c'est la mission de toute une vie, en couple, insiste Dafroza Gauthier. "Heureusement qu'on est deux. Être confrontés à ces horreurs, à ces récits, c'est un travail tellement lourd, tellement dévorant, je ne vois pas comment on peut supporter ou porter ça tout seul."

Sans le génocide, Dafroza et Alain Gauthier auraient continué leur paisible vie à Reims, qu'ils menaient depuis leur mariage en 1977. Ils auraient continué à passer leurs étés au Rwanda, à rendre visite à la famille de Dafroza qui est née là-bas. Mais au printemps 1994, la mère de Dafroza et une centaine de membre de sa famille ont été tués. Depuis, les époux Gauthier passent toujours leurs vacances au Rwanda mais pour enquêter.

Le combat pour la justice donne un sens à notre vie

Alain et Dafroza Gauthier

Après avoir identifié et logé un génocidaire présumé en France, ils vont au Rwanda pour construire l'accusation, pour porter plainte en France. Au début, Dafroza s'est fait passer pour la traductrice d'Alain. Pour que les tueurs qu'ils interrogeaient leur donnent plus d'informations accusant leurs chefs réfugiés en France. Le plus douloureux, explique le couple, c'est de voir à quel point la douleur des victimes n'atteint pas leurs bourreaux 22 ans après. "Pour nous, personnellement, peut-être que le combat pour la justice nous aide à dépasser cette douleur et on donne un sens à notre vie. Ce n'est pas la vie qu'on aurait souhaité mener. On n'avait pas prévu d'y consacrer notre existence."

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Ce sera leur combat jusqu'à leurs derniers jours. Alain 67 ans, ancien directeur d'école, y consacre déjà toute sa retraite. Dafroza, 61 ans, aménage son emploi du temps. Elle suivra les moments les plus importants des deux mois de procès qui arrivent. Les époux Gauthier et le collectif qu'ils ont créé ont initié 22 des 29 procédures en cours en France. 

La France continue à accorder une certaine protection à des présumés génocidaires sur le sol français

Alain et Dafroza Gauthier

La France, accusée de complicité avec le régime hutu au pouvoir pendant le génocide, s'est finalement résolue à organiser des procès pour les criminels présumés. "C'est encore bien lent" pour Alain Gauthier. "Malgré toutes les déclarations officielles, la France continue à accorder une certaine protection à des présumés génocidaires sur le sol français. L'idéologie génocidaire existe encore. Je suis sûr que certains d'entre eux si on les mettait dans les mêmes situations recommenceraient ce génocide. Il n'y a que la Justice qui puisse donner une réponse. Un crime de génocide ne peut pas rester impuni."

 
Les époux Gauthier préféreraient que la France extrade les accusés à Kigali même si tous les procès du monde ne permettront pas de guérir d'un génocide, répète Dafroza. "Vraiment, j'ai l'impression que c'est le seul mal dont on ne peut jamais guérir. On vit avec. On fait avec. On fait en sorte que les choses s'apaisent à travers l'action. L'action aide à vivre, à survivre, surtout." Puisqu'on ne guérit pas d'un génocide, Alain et Dafroza Gauthier ont choisi de lutter, se rebeller. Comme, en leur temps, avant les légions d'honneur d'aujourd'hui, Beate et Serge Klarsfeld, que les Gauthier ont croisé sans jamais vraiment les rencontrer.

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