3 min de lecture Société

Les "enfants fantômes", ou le calvaire de vivre sans aucune identité

Plus de 230 millions d'enfants à travers le monde n'ont jamais été enregistrés à leur naissance et sont aujourd'hui inconnus et invisibles aux yeux de leur propre pays.

Deux jeunes filles au Pakistan (illustration)
Deux jeunes filles au Pakistan (illustration)
Claire Gaveau
Claire Gaveau
Journaliste RTL

Ne pas exister. N'être strictement rien aux yeux de l'administration. Si ce quotidien paraît impensable ou presque, des millions d'enfants vivent pourtant cette triste réalité dans le monde entier. Ils portent un nom : les "enfants fantômes".

Ces futurs adultes sont légion dans certaines régions du monde. C'est le cas notamment en Afrique subsaharienne ou encore en Asie du sud. Là-bas, le phénomène existe dans chaque école. S'ils ont bel et bien un prénom et même un nom, ils ne sont qu'une ligne blanche au niveau des institutions. Un véritable fléau international pointé du doigt par Laurent Dejoie, notaire et directeur de l'Association du notariat francophone. Celui qui était également élu de la République s'est investi dans cette thématique publiant en 2014 le livre Les enfants fantômes en collaboration avec Abdoulaye Harissou.

Trois mots qui mettent en lumière un phénomène extrêmement répandu. Au moins 230 millions d'enfants de moins de cinq ans sont concernés à travers le monde. En 2012, seulement 60% des nouveau-nés aux quatre coins des continents ont été enregistrés à leur naissance. Une nécessité administrative qui influence pourtant chaque seconde et minute d'une existence. 

Éducation, santé, droits sociaux...

Il y a deux ans, Robert Badinter résumait cette situation au micro de RTL par des mots qui résonnent encore : "Ils sont voués à être des misérables". Auteur de la préface du livre co-écrit par Laurent Dejoie et Abdoulaye Harissou, l'ancien ministre de la Justice évoquait alors leur "condition cruelle". "Rien ne saurait justifier le silence (...) Tout être humain a droit au respect de sa personne et de sa dignité. Parce qu’il n’a pas d’existence légale, il est un enfant perdu dans ce monde difficile. Il est condamné, par là-même, à l’ignorance, la misère et le rejet social".

Ils sont voués à être des misérables

Robert Badinter
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Dans un anonymat total, ces enfants sont alors privés d'accès à la santé, à l'éducation et à toutes formes de droits sociaux. Le problème est particulièrement visible dans les zones géographiques touchées par la pauvreté, la discrimination, les épidémies ou les conflits armés. Malheureusement, les conséquences ne sont pas seulement administratives. Comme le développait déjà l'Unicef dans son rapport en 2006, l'exclusion accentue également l'exploitation, la négligence, la traite et les mauvais traitements d'enfants.

Avoir une identité reconnue par l'administration est pourtant un droit fondamental inscrit dans la Convention des Droits de l'Enfant. Et malgré les évolutions à travers le monde et le développement de certaines économies, le nombre de ces "enfants fantômes", également appelés "enfants invisibles", ne cesse d'augmenter. Le constat est des plus alarmants : ils pourraient être deux fois plus nombreux d'ici 2050.

Comment lutter contre ce phénomène ?

Des associations travaillent pour endiguer ce phénomène. Ainsi Plan International est en train de développer une nouvelle stratégie via une application mobile qui permettrait de notifier plus facilement l'état civil des naissances, dans les villages les plus reculés par exemple. "Aller chercher le document, ce n'est pas la priorité, le plus important, c'est de faire savoir qu'un enfant a vu le jour", explique Yvan Savy, le directeur de l'association dans les colonnes du Figaro

Aller chercher le document, ce n'est pas la priorité, le plus important, c'est de faire savoir qu'un enfant a vu le jour

Yvan Savy, directeur de Plan International
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Mais cette mission n'est pas la seule. À travers une campagne intitulée "Chaque enfant compte", lancée dès 2005, Plan International veut largement sensibiliser les populations pour pallier ce problème. 10 pays ont notamment instauré l'enregistrement gratuit. Un travail de longue haleine qui a ainsi permis à 40 millions de personnes de s'inscrire plus facilement mais aussi de sensibiliser une plus grande frange de la population mondiale. C'est le cas d'Anne-Laure Tollec, une jeune étudiante de 19 ans.

Cette Toulousaine a remporté récemment le concours des plaidoiries pour les Droits de l'Homme. Elle s'est rendue à New York pour visiter le siège de l'Onu. Un rêve qu'elle doit à son combat en faveur des "enfants fantômes". "Je n'imagine pas que des gens de mon âge ou des gens plus petits puissent ne pas avoir de droits, simplement à cause de l'absence d'un papier que j'ai pu obtenir facilement", explique-t-elle au micro de RTL. Et malgré son jeune âge, l'étudiante en première année de fac compte bien mettre en pratique son idée. Sa proposition : la création de "dispensaires de l'identité" sur le modèle des dispensaires médicaux.

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