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Le roi de Norvège Harald V, le doyen des souverains européens, est mort à l'âge de 89 ans

Le roi Harald V de Norvège est mort à l’âge de 89 ans, après plus de trois décennies sur le trône. Marqué dans son enfance par la Seconde Guerre mondiale et l’exil, le doyen des souverains européens aura incarné une monarchie proche et moderne, jusqu’à une fin de règne assombrie par les scandales éclaboussant la famille royale.

Le roi Harald V de Norvège le 14 mai 2024

Crédit : Rodrigo Freitas / NTB / AFP

Eléonore Aparicio

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Le roi Harald V de Norvège, dernier monarque européen de sa génération, est mort à 89 ans, a-t-on appris ce vendredi 28 août 2026 au matin. "C'est avec une profonde tristesse que nous annonçons le décès de Sa Majesté le roi Harald. Le roi Harald s'est éteint paisiblement au Rikshospitalet le vendredi 28 août, à 6h35", annonce le palais royal dans un communiqué officiel.

Hospitalisé depuis le 17 août au Rikshospitalet d’Oslo, il avait vu son état de santé se dégrader ces derniers jours. Jeudi, le Palais royal norvégien avait indiqué que son état était devenu "très grave". Le roi, qui souffrait d’une maladie du sang provoquant la destruction des globules rouges, avait contracté par la suite une septicémie, une infection bactérienne qui avait atteint son système sanguin. 

Après la mort d’Elizabeth II en 2022 et l’abdication de Margrethe II de Danemark en 2024, sa disparition marque un nouveau passage de témoin entre deux âges de la monarchie européenne. Harald V était considéré comme le doyen des monarques d’Europe. Malgré son âge et ses problèmes de santé, il avait indiqué qu'il n'entendait pas suivre l'exemple danois. Après la pose d'un stimulateur cardiaque en 2024, il avait repris ses fonctions, tout en réduisant son agenda officiel.

Une enfance marquée par la Seconde guerre mondiale

Le roi Harald appartenait à une génération de monarques européens qui a connu, parfois directement, la Seconde Guerre mondiale et l'exil. Il est né le 21 février 1937 à Skaugum. Fils du futur Olav V et de la princesse Märtha de Suède, petit-fils du roi Haakon VII, il fut le premier prince né sur le sol norvégien depuis 567 ans. Il est âgé d'à peine trois ans lorsque l'Allemagne nazie envahit la Norvège le 9 avril 1940. La famille royale est alors contrainte de fuir Oslo.

Alors que son père et son grand-père poursuivent la résistance depuis Londres, le jeune prince, sa mère et ses deux sœurs trouvent refuge aux États-Unis. Des décennies plus tard, devenu roi, Harald évoquera à plusieurs reprises ses liens personnels avec les États-Unis. En 1999, à l'occasion de la visite de Bill Clinton à Oslo, il explique lors de son discours que c'est le président Franklin Roosevelt lui-même qui a proposé à sa mère de l'accueillir et raconte avoir même assisté à l'une des investitures du président américain. 

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À nouveau en 2015, lors d'une visite officielle à Seatle, il raconte l'histoire de son exil. "Je suis profondément reconnaissant de la générosité et de l'hospitalité dont nous avons bénéficié pendant ces cinq années aux États-Unis. Depuis lors, votre pays occupe une place particulière dans mon cœur", déclara-t-il. 

Le prince Harald, entre héritage royal et modernité

À la mort de Haakon VII, en septembre 1957, son père devient le roi Olav V et Harald alors âgé de 20 ans, prince héritier. Il commence alors un long apprentissage auprès d’un souverain extrêmement populaire. Mais il se distingue aussi loin des palais. Passionné de voile, il représente la Norvège aux Jeux olympiques de 1964, 1968 et 1972 et porte le drapeau norvégien lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux de Tokyo en 1964. La mer et la compétition resteront deux grandes passions dans sa vie. 

Toujours guidé par son cœur, le prince héritier prendra une décision capitale dans sa vie, celle d'épouser Sonja Haraldsen, issue de la bourgeoisie norvégienne mais dépourvue de titre de noblesse. Dans une Europe où les mariages dynastiques demeurent la norme, leur union pose problème. Ils attendront neuf ans avant d'être autorisés à se marier. 

Le choix de Harald provoque un véritable débat sur l'avenir de la monarchie. Après consultation des responsables du Parlement et du gouvernement,  son père Olav V finit par donner son consentement. Harald épouse Sonja le 29 août 1968 dans la cathédrale d'Oslo. Le couple aura deux enfants : la princesse Märtha Louise, née en 1971, et le prince Haakon, né en 1973, destiné à régner.

"Tout pour la Norvège"

Lorsque Olav V meurt le 17 janvier 1991, Harald lui succède immédiatement. Il a alors 53 ans. Quatre jours plus tard, il prête devant le Storting, le Parlement norvégien, le serment de respecter la Constitution. Le 23 juin, Harald et Sonja sont couronnés dans la cathédrale de Nidaros, à Trondheim. Comme son père et son grand-père avant lui, le nouveau souverain adopte la devise "Alt for Norge", "Tout pour la Norvège". 

Le roi qu’il devient n’est pas un monarque gouvernant. Dans le système constitutionnel norvégien moderne, les fonctions du souverain sont essentiellement représentatives et cérémonielles. Le pouvoir politique effectif appartient au gouvernement, responsable devant le Parlement. Le roi préside notamment le Conseil d’État, ouvre solennellement les sessions du Storting, reçoit les ambassadeurs et représente la Norvège à l’étranger. L’enjeu du règne de Harald V se trouve donc ailleurs : donner une utilité symbolique à une fonction dont le pouvoir politique s’est presque entièrement effacé.

Une fin de règne sous les scandales

Les dernières années de son règne auront toutefois été assombries par des scandales touchant directement la famille du futur héritier. Marius Borg Høiby, fils aîné de la princesse héritière Mette-Marit, né d'une précédente relation et qui ne porte aucun titre royal, s'est retrouvé au cœur d'une retentissante affaire judiciaire. Jugé au début de l'année 2026 pour une quarantaine de chefs d'accusation, dont quatre viols présumés, des violences conjugales et plusieurs autres infractions, il avait plaidé non coupable des accusations les plus graves, tout en reconnaissant certains délits moins lourds. 

En juin, le tribunal d'Oslo l'a finalement reconnu coupable de deux viols et de violences conjugales, il est condamné à quatre années de prison. Cette affaire qui a exposé pendant plusieurs semaines devant la justice la vie privée du beau-fils du futur roi Haakon, a constitué une épreuve sans précédent pour une famille royale longtemps associée à une image de proximité et de stabilité. 

La princesse Mette-Marit et l’ombre Epstein

À cette crise s'en est ajoutée une autre, touchant cette fois la princesse Mette-Marit elle-même. La publication en 2026 de nouveaux documents de la justice américaine sur Jeffrey Epstein a révélé l'ampleur des contacts du pédocriminel avec la princesse après sa condamnation de 2008 pour des infractions sexuelles impliquant une mineure. 

Les documents ont fait apparaître une correspondance nourrie et un séjour de la princesse dans la propriété d'Epstein à Palm Beach en 2013. Mette-Marit a reconnu une grave erreur de jugement, affirmant par la suite avoir été "manipulée et trompée" par Epstein. Elle a également présenté ses excuses à la famille royale et notamment au roi Harald V. 

Aucun comportement criminel ne lui est reproché, mais l'affaire a pris une dimension particulièrement dommageable pour la monarchie parce que ces relations se sont poursuivies plusieurs années après la condamnation d'Epstein.

La couronne en quête de confiance

Survenant au moment même où son fils était jugé, le scandale Epstein a ainsi contribué à ternir la fin du règne de Harald V et à faire peser sur la génération appelée à lui succéder une interrogation que le vieux roi avait longtemps réussi à tenir à distance, celle de la confiance des Norvégiens dans leur famille royale. 

En février 2026, un sondage cité par Reuters évaluait encore à 61% le soutien de la monarchie contre 72% un an auparavant. Le même mois, cependant, le Storting rejetait largement le passage à la république : 141 députés sur 169 votaient pour conserver la monarchie. Il appartient à présent à Haakon, le fils de Harald V de tenter de sauvegarder la monarchie. 

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