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Une carte désignant le lac Ontario comme "Lac Amérique" est affichée tandis que le président américain Donald Trump s’exprime après avoir signé un décret présidentiel, le 27 août 2026.
Crédit : Andrew Harnik / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
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Un amateur de cartographie, à sa façon. Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a publié plusieurs cartes sur lesquelles le Canada, le Groenland ou encore le détroit d'Ormuz sont présentés comme des territoires américains.
La dernière provocation en date concerne le lac Ontario. Selon un décret signé le jeudi 27 août par le président américain, l'un des plus grands bassins d'eau douce bordant le Canada est renommé "lac d'Amérique". Une carte a même été installée dans le Bureau ovale, affichant cette nouvelle appellation en grosses lettres rouges.
"Nous avons un golfe et nous avons un lac. Tout ce qui nous manque encore est un océan. Donc peut-être que nous allons changer le nom de l'Atlantique ou du Pacifique. Peut-être que nous changerons les deux", a également affirmé le président américain.
Au tout début de son second mandat, Donald Trump avait déjà ordonné de changer le nom du "golfe du Mexique" en "golfe d'Amérique". Sa décision n'entraîne toutefois aucune reconnaissance internationale. "Ça n'impressionne pas beaucoup le reste du monde qui va continuer à dire lac Ontario et golfe du Mexique", affirme Nicole Bacharan, historienne et spécialiste des États-Unis, auprès de RTL.fr.
Si le décret américain ne permet pas d'imposer cette nouvelle appellation à l'échelle internationale, il s'agit avant tout d'une démonstration de pouvoir.
"Trump, durant la fin de son premier mandat et surtout les quatre années passées dans l'opposition, s'est rapproché de l'extrême droite américaine cryptofascite, qui a des objectifs pour l'extérieur, qu'on pourrait résumer en : mettre à bas le système multilatéral après 1945", explique à RTL.fr Romuald Sciora, directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l'IRIS.
D'après l'essayiste, Donald Trump et ses alliés défendent une démarche visant à retrouver "une ère du règne du bilatéralisme, où l'on fait fi des alliances traditionnelles". "Il a transformé les États-Unis en la première superpuissance voyou de l'histoire", juge-t-il.
Outre cette rupture diplomatique, ce changement de nom traduit un projet expansionniste. "Son rêve, c'est d'agrandir le territoire américain", résume Romuald Sciora, également auteur de Lettre ouverte à Trump d'un Américain de papier (Point Nemo).
Une analyse partagée par la politologue Nicole Bacharan, qui y voit "l'expression des volontés impérialistes de Donald Trump, à la fois sur l'influence des États-Unis, mais sur sa volonté d'étendre même le territoire". "Pour lui, l'empire américain, ça part du Groenland jusqu'au Chili" et il aurait bien aimé faire du Canada, le 51e État américain.
"C'est une forme d'impérialisme, et pas un monopole américain. Nommer c'est s'approprier", résume auprès de RTL.fr Lauric Henneton, enseignant spécialiste d’histoire britannique et américaine.
Ses ambitions ne se limitent pas aux cartes du monde : marquer son territoire est devenu une obsession. Du Trump Kennedy Center au Président Donald J. Trump International Airport, de nombreux bâtiments ont été rebaptisés à l'effigie du milliardaire.
"Il est incroyablement narcissique et appose son nom partout, donc changer le nom des choses est une évidence. Déjà il n'a pas proposé de l'appeler 'Lake Trump', c'est un soulagement", ironise
Lauric Henneton, évoquant une fixation pour la "toponymie".
"Pour la première fois dans notre histoire, on a un président qui a une avenue de son vivant, un aéroport à son nom, des hôtels, son portrait sur un passeport… Tout ça vient d'un problème d'égo. Il a également besoin de se démarquer de son père", analyse également Romuald Sciora.
"C'est quelque chose d'obsessionnel chez lui, de marquer son territoire. Et comme il confond, on le voit visiblement, les États-Unis et lui-même, il continue", complète Nicole Bacharan, aussi auteure de Requiem pour le monde libre (éditions de l'Observatoire) , évoquant un "culte de la personnalité qui rappelle les dictatures".
"Tout ce qu'il fait, ce n'est pas à la gloire des États-Unis, c'est à la gloire de Donald Trump", tranche-t-elle, précisant qu'il pense également à la "postérité". La volonté de laisser sa trace dans l'Histoire, quitte à en réécrire les cartes.
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