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Des responsables locaux et des policiers paramilitaires rendent hommage aux victimes du glissement de terrain au port de Gyirong, dans la région du Tibet occidental en Chine, le 1er septembre 2026.
Crédit : CNS / AFP
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10h59, le 26 août 2026. Sur les images de vidéosurveillance filmant le poste-frontière de Gyirong, bâtiment marquant la frontière entre le Népal et le Tibet dans le Sud-Ouest de la Chine, les passants, semblables à de petits points noirs, se mettent subitement à courir dans la même direction. Un mélange de boue, de glace et d'eau dévale à toute vitesse l'Himalaya vers la petite localité chinoise. 11h00, on ne voit plus le poste-frontière. L'image est obstruée par les gravats et la poussière. Gyirong est dévasté. Plusieurs personnes ont été emportées.
Ces images de vidéosurveillance sont visibles partout sur les réseaux sociaux. Enfin, presque partout. Car en Chine, les autorités se sont employées à censurer les contenus postés sur internet depuis la semaine dernière. Si le Népal actualise régulièrement le bilan humain des inondations (987 morts et 3.916 disparus recensés au 1ᵉʳ septembre), les autorités chinoises, elles, sont plus évasives. Au dernier décompte, qui a peu évolué, elles tablent sur un nombre de morts relativement limité (16 décès) et parlent de 546 disparus. Des chiffres difficiles à croire vu l'ampleur du sinistre.
Selon plusieurs médias internationaux, dont le New York Times et la BBC, Pékin contrôle largement les informations circulant sur le Tibet en censurant les réseaux sociaux et en empêchant l'entrée d'acteurs extérieurs dans cette région autonome de Chine.
Dans une longue enquête citant notamment des experts de China Digital Times, un organisme de surveillance indépendant qui suit la censure d'internet en Chine, le média allemand DW rapporte que de nombreuses publications sur les réseaux sociaux chinois, dont Weibo et WeChat, ont été supprimées dès leur mise en ligne. Soit elles montraient des images du désastre. Soit elles relayaient des appels de familles à la recherche de leurs proches.
"Nous avons été en contact avec des sources sur place et, d'après elles, la situation est bien pire que ce qui est rapporté officiellement par les médias chinois", a assuré Ryan Fioresi, le directeur exécutif de l'organisation Campagne internationale pour le Tibet, au lendemain de la crue meurtrière au micro de BBC World News.
"D’après l’une de nos sources stationnées à la frontière de Gyirong, l'inondation a complètement détruit des boutiques, des restaurants et des maisons de thé tibétaines près du poste-frontière de Gyirong, faisant de nombreuses victimes", précisait-il depuis Washington, où est basée l'organisation luttant pour les droits des Tibétains.
Depuis une semaine, Pékin contrôle complètement le narratif autour des inondations ayant frappé le Népal et le Tibet. Dans les médias d'État, qui sont en réalité de simples relais de la parole des officiels, seules les images côté Népal sont diffusées. Le récit officiel passe sous silence la détresse des sinistrés et des familles de victimes, sans nouvelles de leurs proches.
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Dans ce contexte, impossible de contrôler l'action des autorités et des secours sur place. "Human Rights Watch a reçu des informations selon lesquelles des journalistes en Chine se sont vu interdire l'accès à la zone sinistrée et l'accès aux familles, ils doivent se fier aux versions officielles", déplore la directrice adjointe de la zone Asie de HRW, Maya Wang, dans un post publié lundi sur le site de l'ONG.
Au journal britannique The Guardian, elle précise : "L’instinct du gouvernement chinois est toujours de contrôler et de garantir le récit qui vise à le présenter comme un gouvernement très efficace." Dix personnes ont été condamnées pour avoir "propagé des rumeurs" sur la situation au Tibet, déplore par ailleurs l'organisation de défense des droits humains.
La censure chinoise n'est toutefois pas complètement insurmontable. Quelques témoignages sont parvenus à émerger du Tibet. "Il n'y avait plus de route", a par exemple décrit à Reuters un secouriste chinois, Zou Mingqi, dépêché sur place. "Il n'y avait que des ruines", témoigne-t-il, évoquant un paysage dévasté, où l'on ne voit plus qu'une forêt vierge et des falaises abruptes.
Dans un long post sur une page de blog Substack, The Aquarian, un collectif de journalistes indépendantes se présentant comme "affranchies de la censure et des algorithmes", raconte aussi le destin de plusieurs des victimes du glissement de terrain côté chinois. Des témoignages rares repartagés par Maya Wang, de Human Rights Watch.
"Ce jour-là, vers 10 heures, Deng Dianhong envoya quelques photos à la conversation familiale", est-il écrit dans l'article, inaccessible en Chine. "Il n'était pas encore 8 heures, heure népalaise, et le bureau de l'immigration n'avait pas encore ouvert. Il expliqua à sa famille qu'une fois ouvert et les formalités accomplies, il pourrait rentrer au pays [en Chine, ndlr]. Sur les photos, Deng Dianhong portait une chemise vert clair à manches longues, un pantalon marron et un chapeau noir. Il se tenait à l'entrée du bureau de l'immigration. Derrière lui, plusieurs autres touristes, bagages à la main, attendaient eux aussi l'ouverture. Une demi-heure plus tard, le glissement de terrain s'est produit." Les proches de Deng Dianhong n'ont plus de nouvelles. L'article s'attarde également sur le destin d'autres victimes de la crue.
En Chine, les seules informations que le peuple est autorisé à voir sont celles choisies par le bureau du Parti communiste chinois. Le Premier ministre Li Qiang s'est rendu à Gyirong le 27 août, un déplacement largement relayé par les organes de presse officiels. Une opération de communication "pour consolider et promouvoir le discours officiel sur les efforts de secours en cas de catastrophe", dénonce Ryan Fioresi, de la Campagne internationale pour le Tibet. "C'est emblématique des réponses du gouvernement chinois, où toute l'information est canalisée par les voies officielles", soulignait-il sur la BBC.
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Dans un article publié ce mardi 1ᵉʳ septembre, la chaîne publique CGTN, affiliée au Parti communiste chinois, racontait les derniers efforts des secouristes pour tenter de retrouver des survivants dans les décombres de la ville frontière. "Les équipes luttent contre des pluies incessantes, les pentes s'affaissant et des rochers dévalant le chantier", récite le média. Mais toujours rien sur le funeste destin des morts et de leurs proches. En Chine, personne ne connait réellement l'ampleur de la catastrophe.
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