4 min de lecture Conflit israélo-palestinien

Jérusalem : 3 questions pour comprendre le conflit

ÉCLAIRAGE - La décision de Donald Trump de reconnaître la ville de Jérusalem comme capitale d'Israël a semé le trouble dans la région. Des affrontements ont même commencé à éclater.

Des manifestants libyens et palestiniens brûlent une banderole portant le drapeau américain et israélien lors d'une manifestation, place des Martyrs à Tripoli le 8 décembre 2017.
Des manifestants libyens et palestiniens brûlent une banderole portant le drapeau américain et israélien lors d'une manifestation, place des Martyrs à Tripoli le 8 décembre 2017. Crédit : MAHMUD TURKIA / AFP
Sarah Belien
Sarah Belien
Journaliste RTL

La réprobation résonne à l'unisson dans le monde entier. Sauf pour Israël qui a salué "un jour historique", l'annonce faite mercredi 6 décembre par Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël est accueillie comme une bombe au Proche et au Moyen-Orient.

À tel point que des affrontements sont nés de la colère des Palestiniens. Beaucoup sont inquiets quant à la reprise des hostilités qui étaient plus ou moins contenues jusqu'ici. Pour la Palestine, qui revendique Jérusalem pour capitale également, la décision des États-Unis est vécue comme une rupture du processus de paix qui était engagé dans la région.

Jeudi 7 décembre, le leader du mouvement islamiste Hamas, ne voit d'autre issue que de lancer une nouvelle "intifada". Un soulèvement populaire qui appelle donc à une grève générale en Palestine, et à des manifestations dans les territoires occupés, en signe de protestation.

1. Quel est le statut de Jérusalem ?

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La ville de Jérusalem, à cheval sur Israël et sur la Cisjordanie est au cœur de vives tensions depuis plus de 70 ans. La question du statut de la ville est un des principaux point de confrontation dans le conflit israélo-palestinien. C'est pourquoi, la décision des États-Unis, perçus comme médiateurs dans le conflit, suscite la désapprobation.

La lutte pour Jérusalem est principalement une bataille d'aménagement du territoire. La municipalité a été tracée par les Israéliens en 1967 suite à la guerre des Six Jours. Aujourd'hui, la ville est divisée en deux partie par la ligne verte. Elle crée donc Jérusalem-Ouest, qui est la partie israélienne et Jérusalem-Est qui est la partie palestinienne.

1967 est également l'année pendant laquelle les israéliens ont conquis la partie orientale et arabe de la ville et ont commencé à coloniser la Palestine. À ce moment, Israël a donc eu le droit d’accéder à la Vieille Ville, berceau des trois religions monothéistes. C'est d'ailleurs à cet endroit que se trouve notamment le Mur des Lamentations dans le quartier juif, et l'Esplanade des Mosquées dans le quartier musulman, autre source de tensions.

Le statut de Jérusalem est aujourd'hui toujours au cœur des négociations. Si Israël a toujours refusé la partage de la ville sainte, les Palestiniens continuent de revendiquer la partie orientale de la ville comme la capitale d'un possible État. Ainsi, en reconnaissant Jérusalem comme capitale d'Israël, le président américain a accédé à une demande ancienne d’Israël, sans évoquer la revendication des Palestiniens. Même si Donald Trump a "tenté" de se rattraper en se disant pour une "solution à deux Etats".

2. Quelle est la place des États-Unis dans le conflit ?

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, dans une allocution à la télévision, a estimé que le président américain avait choisi d’"ignorer et de contredire le consensus international" sur Jérusalem. Donald Trump aurait ainsi signé "une déclaration de retrait des États-Unis dans le rôle qu’ils ont joué ces dernières décennies".
Ce rôle de médiation est revendiqué par les États-Unis depuis le début du conflit, il y a plus de 70 ans. Les relations entre Washington et l'État hébreu sont tout de même rapprochées, l'équilibre entre les deux "camps" est donc bancal. Dans tous les conflits israélo-arabes qu'a connu le Moyen-Orient, Israël pouvait compter sur la présence d'un soutien militaire des États-Unis.

En 2002, c'est George W. Bush qui a remis à jour la position d'"honest broker" (intermédiaire, ndlr) qu'a le pays dans le conflit. Le président républicain a été le premier locataire de la Maison Blanche à évoquer publiquement sa "vision de deux États vivant côte à côte dans la paix et la sécurité". Cette solution a été maintenue sous la présidence de Barack Obama. Ce dernier l'avait défendue dans un discours du Caire en 2009.

Cependant, les États-Unis ont officiellement condamné la colonisation des territoires occupés qu'opère Israël. C'est l'intensité de cette réaction américaine qui est à ce jour le marqueur le plus important de son rôle d'arbitre. Par sa décision, Donald Trump a voulu rompre avec la politique de ses prédécesseurs. Pour beaucoup, les États-Unis ont donc perdu leur rôle de médiateur, même si le gouvernement américain dit rester "engagé dans le processus de paix".

3. Quels sont les risques ?

Sujet extrêmement brûlant, il est évident que l'annonce d'une telle décision ne restera pas sans répercussions. Le premier risque est le soulèvement du peuple palestinien. Des heurts ne cessent d'éclater depuis quelques jours à Jérusalem et la population arabe scande dans la rue son mécontentement. On peut également voir certains manifestants brûler des drapeaux américains et israéliens.

À moyen terme, cela peut déstabiliser les pays voisins. La Jordanie, par exemple, car le roi Abdallah II est le protecteur de l'Esplanade des mosquées. Il y a également le Liban pour qui Jérusalem est "la capitale de la Palestine", pour le journal libanais The Daily Star. Le puissant mouvement armé Hezbollah a d'ailleurs appelé à une manifestation massive dans les rues de Beyrouth, capitale du Liban. Enfin, l'Iran nourrit depuis quelques années une importante politique anti-israélienne. Étant donné les relations entre les deux pays, le conflit armé n'est pas loin.

Enfin, à long terme, les États-Unis ne sont plus dans une position d'être des médiateurs pour une paix entre Israéliens et Palestiniens. Donald Trump avait pourtant dit qu'il était le meilleur négociateur du monde et qu'il allait trouver un accord de paix au Proche-Orient. Cela semble désormais improbable.

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