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Le porte-avions USS Abraham Lincoln en mer, dans un endroit non déterminé, le 3 mars 2026.
Crédit : NAVCENT PUBLIC AFFAIRS / US NAVY / AFP
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Que se passe-t-il réellement à bord du porte-avions américain Abraham Lincoln ? Les témoignages s'enchaînent depuis plusieurs semaines dans les médias outre-Atlantique, dénonçant des conditions de vie déplorables et un moral au plus bas chez les quelque 5.000 personnes à bord. La faute, entre autres, à la guerre au Moyen-Orient.
Car à l'origine, l'Abraham Lincoln avait été déployé pour une mission en Chine méridionale avant d'être finalement redirigé vers le Moyen-Orient en amont des attaques des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, le 28 février dernier. Déployé depuis plus de 260 jours, le navire a quitté San Diego, en Californie, le 21 novembre dernier et n'a pas accosté depuis le 11 décembre dernier à Guam, dans l'océan Pacifique.
Dans un point le 14 août, la marine américaine mentionne "266 jours de déploiement", "200 jours dans une zone de combat", un déploiement qui devait se terminer en mai, mais finalement prolongé parce que "la mission l'exigeait". Une mission au rythme si soutenu que les marins à bord ne tiennent plus ?
Plusieurs marins et membres de leur famille ont multiplié les témoignages auprès de médias américains comme USA Today, CNN, CBS News ou encore des médias spécialisés comme The Stars and Stripes. Parmi les nombreux problèmes évoqués : pénuries de produits de première nécessité, de contamination de l'eau, de problèmes de plomberie, d'une détérioration de la santé mentale, de problèmes de sécurité sur le pont, etc. Une douzaine de familles ont notamment témoigné de ces problèmes auprès de MS Now.
Tout a commencé avec la nourriture. En avril, une image de plateau-repas avec seulement quelques cuillères de viande, quelques carottes et une tortilla a été partagée par un membre de l'équipage à sa famille. Auprès d'USA Today, des proches expliquaient en avril avoir voulu envoyer des colis remplis de nourriture ou de produits de première nécessité sur le navire, mais que ces derniers ont été bloqués à cause du conflit au Moyen-Orient. De nombreux témoignages récoltés par divers médias américains mentionnent des pénuries de nourriture mais aussi de produits comme du dentifrice ou du déodorant.
Les problèmes semblent donc être nombreux à bord du navire, jouant forcément sur le moral de l'équipage dont les journées de travail sont déjà bien longues. "Le moral n'est pas au beau fixe. Apparemment, le médecin ou le psychologue du navire a déclaré qu'il fallait accoster rapidement, sinon les gens allaient commencer, disons, à perdre la tête", assure la belle-mère d'un marin à MS Now.
Le 14 août dernier, CBS News a révélé qu'un marin était passé par-dessus bord il y a une dizaine de jours avant d'être secouru, une enquête étant toujours en cours. Interrogée par le Military Times, la femme de ce marin explique que son mari souffre de "burn-out" et de "surmenage" alors que d'autres témoignages assurent que cet incident n'est pas isolé : beaucoup ont tenté de sauter. "Mon fils se trouve actuellement sur ce navire, et c'est tellement dur de l'entendre dire que lui et ses camarades pensent sans cesse à sauter par-dessus bord, ne serait-ce que pour trouver un peu de répit", peut-on lire dans The Stars and Stripes. Deux réunions ont eu lieu récemment entre des responsables de la Marine et des familles concernées.
Face aux témoignages accablants, les politiques se sont emparés de la question. Les démocrates du Congrès ont exigé mercredi 13 août des explications sur les conditions de vie à bord, notamment dans une lettre adressée au ministre de la Défense Pete Hegseth, écrite par le sénateur Richard Blumenthal. Ce dernier a souligné "les nombreux rapports faisant état de pénuries de produits de première nécessité, de contamination de l'eau, de problèmes de plomberie, d'une détérioration de la santé mentale, de problèmes de sécurité sur le pont", entre autres, à bord du Lincoln.
Dans un message publié sur X, le sénateur Ruben Gallego a appelé à "une visite officielle de contrôle menée par la délégation bipartisane du Sénat à bord de l'USS Lincoln afin d'enquêter sur les conditions alarmantes qui ont été signalées". Ajoutant : "Les récits de membres d'équipage menaçant de sauter du navire constituent un signal d'alarme effrayant quant à la gravité de la situation : douches moisies, eau chaude sporadique, repas et savon rationnés, toilettes hors d'usage, et plages de travail exténuantes de 12 à 16 heures sans aucun jour de repos."
Donald Trump a balayé les inquiétudes sèchement vendredi 14 août. "Non, elles ne sont pas inquiètes", a dit le président américain à une journaliste qui évoquait les familles de marins, dont certaines d'entre elles ont confié leurs préoccupations à des journalistes. Le porte-avions USS Abraham Lincoln "est en train de bouger, ou il le fera très bientôt, et il sera remplacé par un bateau très similaire", a-t-il affirmé pendant un échange avec la presse avant un déplacement dans l'État de New York. Interrogé pour savoir si le déploiement n'avait pas été trop long, Donald Trump a lancé : "Non, non, non. Il est loin d'être assez long."
Vendredi, Hung Cao, le ministre délégué par intérim à la Marine, a reconnu qu'un "petit nombre de cas liés à la santé mentale avaient été traités", mais qu'"aucun décès" n'avait été déploré. Il a aussi reconnu, dans un communiqué sur X, que "des menus avaient été modifiés quand des produits frais étaient indisponibles", mais "qu'aucun repas n'avait été sauté." "Il ne fait aucun doute que nos jeunes hommes et nos jeunes femmes ont été poussés jusqu'à leurs limites – mais ils n'ont jamais cédé. Ils sont à juste titre épuisés – mais ils n'ont jamais quitté le combat", a-t-il ajouté.
Un responsable américain a affirmé que le bateau avait entre autres cinq aumôniers, un psychologue, un assistant social, d'autres personnes formées à la gestion des risques psychologiques et un chien qui a pour mission de "soutenir le moral" de l'équipage. "Les marins connaissent des périodes de transition normales pendant la durée d'un déploiement. S'adapter à la vie en mer peut être difficile", a-t-il dit.
La situation décrite par les familles de marins semble être pire que "difficile". "Il n’y a vraiment rien à espérer à ce stade", soupire un matelot au Stars and Stripes. "Tout ce que nous voulons, c’est une date de retour."
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