4 min de lecture Espagne

ETA : retour sur 59 ans de combat indépendantiste

L'organisation clandestine, qui a demandé "pardon" à ses victimes, aurait tué 829 personnes au nom de l'indépendance du Pays basque et de la Navarre.

Un tag à la gloire de l'ETA, dans la ville d'Hernani, située dans le Pays basque espagnol
Un tag à la gloire de l'ETA, dans la ville d'Hernani, située dans le Pays basque espagnol Crédit : ANDER GILLENEA / AFP
Léa Stassinet
Léa Stassinet
Journaliste

"Nous voulons manifester notre respect aux morts, aux blessés et aux victimes des actions de l'ETA (...) Nous le regrettons sincèrement". C'est par ces mots que l'Euskadi Ta Askatasuna (Patrie et Liberté français, ndlr), plus connue sous le nom d'ETA a fait son mea culpa ce vendredi 20 avril, à quelques jours de sa dissolution. 

L'organisation qui milite depuis 1959 pour l'indépendance du Pays basque et de la Navarre doit en effet annoncer sa "démobilisation" le premier week-end du mois de mai. "Nous sommes conscients d'avoir provoqué durant cette longue période de lutte armée beaucoup de douleur et des dommages irréparables", a écrit le groupe dans un communiqué historique pour l'Espagne. 

L'ETA, à qui on attribue 829 morts, des milliers de blessés ainsi que des enlèvements et rackets, avait déjà annoncé renoncer à la violence en 2011, avant de déposer les armes en remettant la liste de ses caches à la justice française. "Nous entrons dans une nouvelle phase qu'on peut appeler non seulement post-désarmement, post-violence mais post-ETA : c'est très important et cela va être clair", a expliqué Alberto Spectorovsky à une radio publique basque le 19 avril. Ce dernier fait partie du Groupe international de contact (GIC), qui a oeuvré à l'instauration de la paix au Pays basque espagnol

Plus de quarante ans de violences

2018 va donc signer la fin d'un groupe qui a multiplié les actions violentes dans la deuxième moitié du XXème siècle. C'est en pleine dictature franquiste que l'ETA voit le jour, créée par cinq jeunes dissidents du Parti nationaliste basque (PNV). C'est 9 ans plus tard, en 1968 qu'est revendiqué leur premier meurtre, celui de Meliton Manzanas, un policier réputé pour être un tortionnaire. 

À lire aussi
Manuel Valls Espagne
Manifestations à Barcelone : "Il faut que tout cela cesse", réclame Manuel Valls

Le procès, deux ans plus tard, de 34 membres de l'ETA va faire entrer l'organisation dans la lumière. Condamnés à mort pour la plupart, ils dénoncent des arrestations brutales et des actes de tortures. Leur sort émeut à travers la planète, Jean-Paul Sartre prendra même position en leur faveur, rappelle France Bleu

En 1973, l'organisation clandestine frappe fort. Elle perpétue un attentat ciblant le successeur annoncé de Franco, l’amiral Carrero Blanco, tué sur le coup. Le dictateur, toujours en place décédera lui deux ans plus tard, le 20 novembre 1975. 

L'attentat de Barcelone, 21 morts et 45 blessés

1982, l'action de l'ETA prend un nouveau tournant. Alors que le groupe se revendiquait "politico-militaire", il devient simplement "militaire". C'est le début d'une escalade de violence, avec pour point d'orgue un attentat commis dans le parking souterrain d'un grand magasin de Barcelone, en juin 1987. Le bilan est très lourd : 21 morts et 45 blessés. C'est l'action la plus meurtrière revendiquée par l'ETA. L'organisation avait prévenu un journal par téléphone, disant qu'elle avait placé des explosifs dans une voiture stationnée au sous-sol du magasin. L'alerte n'avait pas été prise au sérieux. 

10 ans plus tard, l'assassinat d'un conseiller municipal du Parti populaire, Miguel Angel Blanco marque la rupture entre l'organisation et le peuple espagnol. Tué par deux balles dans la tête après un enlèvement de 48 heures, le sort de l'homme politique provoque une onde de choc dans tous le pays. Six millions d'espagnols manifestent leur colère dans les rues, notamment celles de Bilbao, au Pays basque espagnol, qui rassemble 500.000 personnes dont des leaders politiques tous partis confondus, le 12 juillet 1997. 

On pense alors que cette vague de violence va se terminer un an plus tard, lorsque l'organisation annonce en septembre 1998 une "trêve unilatérale et illimitée". Un bref instant de paix, puisque cette trêve est rompue le 3 décembre 1999. L'ETA tuera 21 personnes en 12 mois à partir de janvier de l'année suivante, dont le journaliste José Luis de la Calle, abattu devant son domicile d'Andoain, situé au sud de Saint-Sébastien. 

Cette lutte armée, aujourd'hui, ne sert plus

Six membres historiques de l'ETA, en 2004
Partager la citation

Dans les années 2000, le mouvement semble s’essouffler, notamment à cause des centaines d'arrestations effectuées par la police antiterroriste. En 2004, six membres historiques de l'organisation font passer un message de résignation : "notre stratégie politico-militaire a été défaite par la répression de l'ennemi (...). Cette lutte armée, aujourd'hui, ne sert plus", rapporte L'Express

Quatre ans plus tard, le chef politique de l'ETA, Javier Lopez Pena, est arrêté à Bordeaux avec trois autres membres de l’appareil politique de l’organisation indépendantiste basque. Cela n'empêchera pas le groupe clandestin de frapper à nouveau. Le dernier attentat à la voiture piégée de l'organisation vise deux policiers aux Baléares, le 30 juillet 2009. Mais c'est le 16 mars 2010 que l'organisation commettra son dernier meurtre : elle tue le brigadier français Serge Nerin à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne) lors d’une fusillade avec la police. 

2011, fin définitive de l'action armée

L'ETA baisse définitivement les armes en 2011, en annonçant un cessez-le-feu "permanent, général, et vérifiable" et la fin définitive de son action armée. Sa dissolution, qui doit donc avoir lieu dans quelques jours a été accueillie sans triomphalisme en Espagne. Le ministre espagnol de l'Intérieur, Juan Ignacio Zoido, a ainsi déclaré le 19 avril 2018 : "L'ETA n'a atteint aucun de ses grands objectifs pour lesquels elle a tué et semé la terreur en Espagne. L'ETA n'a rien obtenu en arrêtant de tuer et n'obtiendra rien non plus par sa déclaration de dissolution". 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Espagne Indépendance ETA
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants