1. Accueil
  2. Actu
  3. International
  4. En Turquie, le déclin "inquiétant" de la liberté de la presse avant les élections
3 min de lecture

En Turquie, le déclin "inquiétant" de la liberté de la presse avant les élections

Les autorités turques accentuent la pression sur les médias à l'approche des élections anticipées du 1er novembre.

Les locaux stambouliotes du quotidien turc "Hurriyet" attaqués par des manifestants ultra-nationalistes le 8 septembre 2015
Les locaux stambouliotes du quotidien turc "Hurriyet" attaqués par des manifestants ultra-nationalistes le 8 septembre 2015
La rédaction numérique de RTL & AFP

Quelques lignes et la porte. Cet été, l'éditorialiste Kadri Gürsel a été remercié sèchement pour un "tweet" critiquant le président Recep Tayyip Erdogan, et a rejoint la longue liste des victimes de la guerre engagée par le régime turc contre la presse indépendante. Le 20 juillet, la ville frontalière de Suruç, à la frontière syrienne, était secouée par un attentat-suicide qui a tué 32 militants de la cause kurde.  L'attaque n'a jamais été revendiquée mais vite attribuée au groupe jihadiste Etat islamique (EI).

La réaction de l'éminent journaliste du quotidien Milliyet est piquante. "Il est embarrassant que des responsables étrangers appellent le principal responsable de la terreur exercée par l'EI en Turquie pour lui présenter leur condoléances après Suruç", écrit deux jours après Kadri Gürsel sur son compte Twitter. Comme d'autres, il accuse M. Erdogan d'avoir soutenu l'EI pour accélérer la chute du président syrien Bachar al-Assad, ce que le chef de l'Etat a toujours réfuté.

La réponse de la direction de Milliyet a été immédiate. Quelques heures après le "tweet" de son éditorialiste vedette depuis huit ans, elle dénonce son  "attitude subversive" et le licencie sans autre forme de procès. Le quotidien, modéré et respecté, est la propriété du conglomérat Demirören, dont le PDG éponyme est réputé proche du "palais".

"Opération de nettoyage" avant les élections

L'affaire Gürsel est devenue le dernier symbole en date des pressions de plus en plus insistantes exercées depuis des années par le chef de l'Etat sur les médias indépendants. "Erdogan veut rétablir le pouvoir absolu de son seul parti sur le gouvernement. Et pour arriver à cette fin, il cherche à faire taire les dernières voix critiques dans les médias traditionnels", résume Kadri Gürsel.

À lire aussi

Ces dernières semaines, la reprise des combats meurtriers entre les forces armées et les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le sud-est à majorité kurde du pays et les élections législatives anticipées prévues le 1er novembre ont encore exacerbé les tensions entre les médias et les autorités. Accusé de déformer les propos de M. Erdogan, le quartier général stambouliote du quotidien Hürriyet a été la cible il y a quelques jours de deux  attaques de manifestants qui chantaient des slogans favorables au chef de l'Etat. 

Le gouvernement islamo-conservateur turc se défend de vouloir étouffer les médias et M. Erdogan répète régulièrement que la presse de son pays est "la plus libre du monde". Mais le bilan dressé par les ONG de défense des médias est de plus en plus sombre. "Il n'y aucun espoir, la liberté de la presse décline en Turquie", regrette Yusuf Kanli, responsable de l'ONG Presse pour la liberté, financé par l'Union européenne (UE). Ces deux derniers mois, il a recensé au moins 140 licenciements de journalistes.

"Il s'agit ni plus ni moins que d'une opération de nettoyage", assure la professeure Asli Tunc, de l'université Bilgi d'Istanbul, "elle est menée par le  gouvernement avec le concours de certains patrons de presse avant les élections". La semaine dernière, un éditorialiste du quotidien proche du régime Star, Cem Küçük, a menacé de mort un de ses confrères d'Hürriyet, Ahmet Hakan, accusé de soutenir le PKK. "Tu n'es encore en vie que parce qu'on a eu pitié de toi", a-t-il écrit. "À l'approche des élections, la marge de liberté des médias continue à se réduire à un rythme alarmant", constate Karin Deutsch Karlekar, du PEN American Center. 

Les plaintes se multiplient

Quand les pressions ne suffisent pas, le pouvoir n'hésite pas à recourir à la justice. Les plaintes déposées pour "insulte" se multiplient contre les journalistes qui osent critiquer M. Erdogan. Lundi encore, le directeur de la publication du  magazine Nokta a été arrêté et son dernier numéro saisi pour avoir osé publié un photomontage ironique du chef de l'Etat prenant un "selfie" devant le cercueil d'un soldat.

Mardi, la justice a ouvert une enquête pour "propagande terroriste" contre le groupe Dogan, dont fait partie Hürriyet, accusé de partialité dans sa couverture du conflit kurde. "On ne peut plus parler de liberté de la presse dans ce pays", juge Korkmaz Alemdar, professeur de communication. 

"Il existe bien quelques sites d'information indépendants (...) mais le grand public ne les connaît pas", poursuit-il. "Les attaques contre la presse sont continues depuis 2008", conclut Kadri Gürsel, "ceci n'est que la dernière vague d'un effort dont le but ultime est sa  totale soumission". 

La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/