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De fidèle allié à rival potentiel de Zelensky : qui est Mikhaïlo Fedorov, le très populaire ex-ministre de la Défense qui réclame des élections en Ukraine ?

En juillet, le limogeage de Mikhaïlo Fedorov, alors jeune ministre de la Défense, par le président ukrainien a provoqué des manifestations inédites dans le pays en guerre depuis février 2022. Mardi, dans une vidéo aux airs de lancement de campagne électorale, le désormais rival de Zelensky a appelé à organiser de nouvelles élections.

Mykhaïlo Fedorov, alors ministre de la Défense ukrainien, à ​​Kiev le 11 mai 2026.

Crédit : Tetiana DZHAFAROVA / AFP

Quentin Menu

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Mikhaïlo Fedorov apparaît assis derrière un bureau, sur fond noir. Dans une vidéo postée sur YouTube tard mardi 18 août, cet homme politique ukrainien de 35 ans a décidé de donner un coup de pied dans la fourmilière en réclamant ce que beaucoup n'osaient jusque-là pas réclamer : l'organisation de nouvelles élections en Ukraine, un pays en guerre depuis plus de quatre ans. "Nous vivons actuellement l'une des périodes les plus difficiles et déterminantes de notre histoire", dit-il solennellement en introduction de cette séquence d'une dizaine de minutes, impeccablement montée, parfaite pour les réseaux sociaux.

Né au début des années 1990, Mikhaïlo Fedorov a grandi dans l’Ukraine postsoviétique. Originaire de Zaporijia, dans l'est du pays, il se fait vite un nom dans le monde de la communication digitale et des nouvelles technologies. À 24 ans seulement, il fonde sa société de marketing digital. C’est à cette occasion qu’il croise le chemin d’un producteur de renom, comédien du petit écran ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui fait appel à ses services pour sa boîte de production, raconte le média russe indépendant Meduza.

Quand le clown de Kiev se lance dans la campagne présidentielle de 2019, il demande à Fedorov de rejoindre son équipe. Le jeune homme devient alors le "M. Digital" de Zelensky et se fait élire au Parlement ukrainien pour le parti Serviteur du peuple.

De "M. Digital" au ministère de la Défense

Très vite, Mikhaïlo Fedorov rejoint les rangs du gouvernement une fois Zelensky élu à la tête d’un pays sclérosé par la corruption et menacé par la Russie de Vladimir Poutine. Lui décroche le portefeuille de la Transformation digitale. À son actif : le développement d'une application moderne centralisant un grand nombre de services publics.

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Quand le pays est attaqué par Moscou en février 2022, Fedorov se rapproche du milliardaire Elon Musk pour s'assurer que l'Ukraine ait un accès facilité aux satellites Starlink, cruciaux pour l'armée ukrainienne. 

En 2026, l’homme est promu au très stratégique ministère de la Défense, où il est notamment chargé de moderniser l’armée. Il devient le plus jeune ministre nommé à ce poste.

Le ministre ukrainien de la Défense, Mykhaïlo Fedorov (à gauche), et le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius (à droite), à Berlin le 14 avril 2026.

Crédit : Tobias SCHWARZ / AFP

C’est à lui que l’on attribue le tournant technologique de la guerre, alors que l'Ukraine a développé une expertise pointilleuse dans l'usage de drones. Défenseur d’une doctrine moderniste de l’armée, Fedorov prône l’utilisation des nouvelles technologies pour atteindre l’ennemi. Une stratégie qui a le double avantage d'être capable de frapper la Russie en son cœur et d’épargner la vie des soldats ukrainiens, les drones étant pilotés à distance. Cette vision moderne de la guerre lui permet d’acquérir une certaine popularité au sein de la population, fatiguée de compter ses morts.

Fedorov contre le "boucher"

Sauf que le commandant en chef des armées n'était pas aligné sur cette doctrine. Plus traditionaliste, Oleksandr Syrsky prônait plutôt l'envoi de soldats sur le front, ce qui lui a valu le surnom de "boucher". Le clash entre le ministre de la Défense et le général était inévitable.

Face à ces deux visions très divergentes sur la stratégie à adopter contre Moscou, Volodymyr Zelensky a dû trancher : il a préféré la loyauté militaire à la modernité politique. Le 15 juillet, le président ukrainien décide de limoger Mikhaïlo Fedorov de son poste de ministre de la Défense.

Une manifestante brandit une pancarte "C'est le peuple qui décide quand et où mettre un point final. Fedorov - Ministre de la Défense », à Kiev, le 31 juillet 2026.

Crédit : Genya SAVILOV / AFP

Mais le chef d'État ne s’attendait pas à une réaction de la rue. Pour la première fois depuis que l’Ukraine est en guerre, de nombreuses manifestations ont émaillé le pays pour critiquer le départ de Fedorov du gouvernement, ouvrant une crise politique inédite. D’autant que plusieurs scandales de corruption ont frappé l’entourage du président ces derniers mois, entretenant un sentiment de suspicion générale du pouvoir. Le jeune ministre limogé, lui, est justement engagé pour la probité.

Soucieux de préserver la paix sociale, Zelensky décide finalement de renvoyer Oleksandr Syrsky, le commandant des armées, le 21 juillet. À sa place, il nomme un général plus jeune. Sauf qu’il ne réinstalle pas Mikhaïlo Fedorov à la Défense et lui promet simplement un rôle un peu flou de supervision de la politique technologique du pays.

"Pas touche à Fedorov !"

Les manifestations continuent alors. La population réclame que le jeune ministre de 35 ans retrouve son poste. "Pas touche à Fedorov !", "La démission de Fedorov est un cadeau à la Russie", "Les Russes célèbrent", peut-on lire sur les nombreuses pancartes brandies dans les rues de Kiev, de Lviv, de Vinnytsia ou de Zaporijia.

Fort de ce soutien populaire, celui qui était resté relativement discret jusque-là décide alors de jeter un pavé dans la mare, mardi 18 août, en ouvrant le débat sur un sujet tabou : le départ de Volodymyr Zelensky de la présidence du pays.

Dans sa vidéo YouTube aux airs de lancement de campagne, l’Ukrainien appelle sans ambages à l’organisation d’une élection présidentielle malgré la loi martiale. Le mandat de Volodymyr Zelensky a expiré en mai 2024. "La démocratie ne peut pas être prise en otage par la Russie", défend-il. S'il critique directement le Kremlin, en sous-texte, il met aussi les gouvernants ukrainiens face à leurs responsabilités. Pour la première fois, une figure majeure de la politique ukrainienne appelle à organiser des élections, même si la guerre n’est pas finie.

"C'est un secret"

"Si la guerre se prolonge pendant un an, deux ans ou trois ans, la Russie peut-elle, de fait, s'arroger le droit de décider quand les Ukrainiens pourront à nouveau choisir leur gouvernement ? J'en suis convaincu : non", expose le nouveau rival du président. "Nous combattons précisément parce que nous voulons rester un État européen libre."

Selon lui, même si organiser un scrutin sera un défi de taille – il faudra permettre à tous les Ukrainiens de pouvoir voter, y compris ceux au front et à l’étranger –, "l'Ukraine a déjà accompli à maintes reprises ce que le monde considérait comme impossible". Il poursuit : "Nous pouvons trouver une solution ici aussi, car la démocratie n'est pas un luxe en temps de paix ; la démocratie fait partie intégrante de ce pour quoi nous luttons aujourd'hui."

S'il ne nomme pas directement Volodymyr Zelensky ni ne se présente officiellement à la prochaine élection présidentielle, Mikhaïlo Fedorov se présente clairement comme une alternative crédible pour diriger l'Ukraine. Dans une interview accordée au média américain CBS News, ce week-end, il éludait : "Sur quels projets travaillez-vous en ce moment ?", demande l'intervieweur. "C'est un secret", sourit l'ancien ministre de la Défense. "J'ai de nombreux projets. Ma mission est de vaincre la Russie et de sauver notre pays." "Et vous pouvez atteindre ces objectifs en étant en dehors du gouvernement ?", l'interroge le journaliste. "Bien sûr", répond Fedorov.

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