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Crue meurtrière au Népal : qu’est-ce que le pèlerinage du Kailash-Manasarovar, où se rendaient trois Français toujours portés disparus ?

Parmi les quatre Français toujours portés disparus au Népal, trois d'entre eux étaient en route pour le pèlerinage du mont Kailash, haut lieu spirituel situé au Tibet. Vénérée par plusieurs religions, cette montagne sacrée attire chaque année des milliers de croyants et de voyageurs malgré des conditions d’accès particulièrement éprouvantes.

Un sentier de randonnée vers le mont Kailash, lieu sacré de pèlerinage au Tibet.

Crédit : Capture d'écran streetview Google Map

Eléonore Aparicio

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Quatre Français sont toujours portés disparus après la crue et la coulée de boue dévastatrice qui a frappé le Népal et le Tibet mercredi 26 août 2026. Trois d'entre eux participaient à un pèlerinage vers le mont Kailash, l'une des montagnes les plus sacrées d'Asie. Chaque année, des milliers de croyants et de voyageurs se rendent dans cette région reculée de l'Himalaya. 

Trois jours après la catastrophe, le bilan est de 616 morts côté népalais et 7 en Chine. Selon l’agence Trekkers Society, organisatrice du pèlerinage auquel prenaient part trois Français, leur guide a envoyé un dernier message depuis le poste-frontière entre la Chine et le Népal, peu avant l’arrivée de la coulée de boue.

La catastrophe a surpris une région particulièrement fréquentée à cette période de l'année par des pèlerins étrangers. Parmi les centaines de ressortissants étrangers portés disparus figurent notamment de nombreux Indiens qui voyageaient vers le mont Kailash ou en revenaient.

Une montagne sacrée au cœur de l'Himalaya

Le mont Kailash se trouve au Tibet, dans l'ouest de la Chine, non loin des frontières népalaise et indienne. Culminant à plus de 6.600 mètres d'altitude, cette montagne isolée est reconnaissable à sa silhouette pyramidale, mais sa particularité tient surtout à son caractère sacré. Kailash est vénéré par plusieurs traditions religieuses : l'hindouisme, le bouddhisme tibétain, le jaïnisme et le bön, une ancienne tradition spirituelle tibétaine. 

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Pour les hindous, la montagne est considérée comme la demeure de Shiva, l'une des principales divinités de l'hindouisme et de son épouse Parvati. Dans les traditions bouddhistes tibétaines, elle est associée au mont Meru, montagne mythique considérée comme le centre du monde. Les jaïns et les adeptes du bön lui attribuent eux aussi une importance spirituelle majeure. Une même montagne est ainsi devenue, au fil des siècles, un lieu sacré pour des millions de fidèles.

Un rituel à pied pour se purifier

Dans cette montagne, le pèlerinage consiste à faire le tour de la montagne à pied. Cette circumambulation est appelée "kora" dans la tradition tibétaine et "prikrama" dans la tradition hindoue. Le parcours fait environ 52 à 53 kilomètres et s'effectue généralement en trois jours. Les pèlerins évoluent en très haute altitude et doivent notamment franchir le col de Drolma, à plus de 5.600 mètres. Un voyage spirituel qui nécessite un effort physique conséquent. 

Faire le tour de la montagne Kailash est traditionnellement associé à la purification des fautes et à l'acquisition de mérites spirituels. Hindous et bouddhistes parcourent généralement la montagne dans le sens des aiguilles d'une montre. Les fidèles de la tradition bön la contournent dans le sens inverse. 

Certains pèlerins tibétains poussent le rituel encore plus loin en entreprenant ce voyage en réalisant des prosternations successives : ils joignent les mains, s'agenouillent puis s'allongent entièrement sur le sol avant de se relever et de recommencer quelques pas plus loin. À cette allure, faire le tour de la montagne peut prendre bien plus de quelques jours. 

Un lac sacré à plus de 4.500 mètres

À quelques dizaines de kilomètres se trouve le lac Manasarovar, lui aussi considéré comme sacré par les hindous et les bouddhistes. Situé à environ 4.500 mètres d'altitude, il constitue une autre étape importante du pèlerinage. Certains fidèles hindous s’y baignent malgré le froid ou en prélèvent de l’eau, à laquelle ils prêtent des vertus de purification spirituelle.

Le voyage est ainsi généralement désigné sous le nom de pèlerinage du "Kailash-Manasarovar". 

Le Népal, point de passage vers le Kailash

Le mont Kailash est situé en territoire chinois et son accès est réglementé. Plusieurs itinéraires permettent de s'en approcher. Le gouvernement indien organise notamment chaque année le Kailash Manasarovar Yatra, un pèlerinage officiel destiné à ses ressortissants. 

De nombreux voyageurs étrangers choisissent de passer par le Népal et font appel à des agences privées. Ils rejoignent généralement Katmandou avant de remonter vers le nord, en direction de la frontière tibétaine. Le district népalais de Rasuwa et le secteur frontalier de Gyriong au Tibet constituent l'un des passages les plus utilisés par les pèlerins, qui doivent encore parcourir plus de 900 kilomètres pour atteindre le point de départ du pèlerinage. C'est précisément sur cet axe que la catastrophe a frappé. 

Selon Reuters, un groupe de 57 pèlerins indiens devait justement franchir la frontière mercredi pour rejoindre le Tibet. Ils circulaient dans trois bus lorsque la catastrophe s’est produite. L’un des véhicules a pu échapper à la crue tandis qu’un autre aurait été précipité dans un ravin.

D’autres groupes se trouvaient dans la situation inverse, ils revenaient de leur pèlerinage sur la montagne. C’est notamment le cas d’un groupe lié à l’organisation du maître spirituel indien Sadhguru. Des dizaines de ses participants se trouvaient dans le secteur de Gyirong lorsque les crues ont frappé.

Une saison de pèlerinage en plein regain

Si le mois d'août correspond à la mousson au Népal et n'est pas la période la plus favorable pour certains treks, il se situe en revanche en pleine saison du pèlerinage du Kailash-Manasarovar. Les voyages sont généralement organisés entre juin et août voire septembre, lorsque les conditions permettent d'accéder à cette région extrêmement isolée du plateau tibétain. 

Après avoir été longtemps freiné par la pandémie de Covid-19 puis par les tensions diplomatiques entre la Chine et l’Inde, ce pèlerinage connaissait depuis plus d’un an un net regain de fréquentation.

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