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Covid-19 aux États-Unis : Donald Trump et l'obsession d'un vaccin à tout prix

ÉCLAIRAGE - La course au vaccin a pris un tour politique aux États-Unis, depuis que Donald Trump a promis sa disponibilité avant l'élection du 3 novembre. Une échéance optimiste voire irréalisable pour la plupart des experts américains.

Donald Trump, le 16 septembre 2020
Donald Trump, le 16 septembre 2020 Crédit : MANDEL NGAN / AFP
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Thomas Pierre Journaliste

Donald Trump joue gros. En cantonnant sa réélection à la promesse d'un vaccin efficace et accessible à tous les Américains avant le 3 novembre, le président américain n'a-t-il pas pris un risque politique majeur ? En tout cas, le milliardaire républicain n'en démord pas : un vaccin serait disponible d'ici un mois, assurait-il mardi 15 septembre sur la chaîne de télévision ABC News

Le matin-même sur Fox News, il nuançait encore, parlant de "quatre semaines",  mais "ça pourrait être huit semaines". Des prédictions résolument optimistes et qui s’accélèrent jour après jour. Après avoir été publiquement désavoué par le patron de l'une des agences de santé américain, qu'il a lui-même nommé, Donald Trump a encore surenchéri mercredi 16 septembre. 

Interrogé au Congrès, le directeur des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), Robert Redfield a brutalement contredit le président sur deux points : il n’y aura pas de vaccin avant l’élection comme le répète le président, et la majorité des Américains ne pourront pas en bénéficier avant "le deuxième ou troisième trimestre de 2021". 

Disponible "dès octobre"

Furieux, le président américain a aussitôt réagi en déjugeant sévèrement le patron de l'agence : "Je pense qu'il a fait une erreur quand il a dit ça. C'est une information incorrecte", tout en réitérant qu'un vaccin serait bien disponible "dès octobre" et que sa distribution se ferait dans la foulée grâce au concours de l'armée, malgré l'avis de la plupart des experts. 

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"Nous sommes prêts. Nos militaires et les autres responsables sont prêts à agir. Nous pensons que (la distribution d'un vaccin) pourrait même commencer dès octobre. Sans doute novembre ou décembre au plus tard", a martelé le président lors d'une conférence de presse improvisée à la Maison Blanche. 

Un enjeu de campagne

L'arrivée imminente d'un vaccin est devenu un thème central de sa campagne en vue de l'élection présidentielle du 3 novembre. Le président sortant tient coûte que coûte que l'arrivée messianique d'un traitement sauve son bilan vis-à-vis du coronavirus, déjà conspué par le camp démocrate, quitte à mettre un pression "sans précédent" sur les agences de santé américaines. 

Deux grandes institutions américaines de santé publique sont ainsi accusées de plier l’échine sous la pression de la Maison Blanche. Une ingérence politique sans précédent, selon des experts, qui craignent que Donald Trump ne fasse approuver de force un vaccin avant l'élection présidentielle. Des doutes subsistent en effet sur d'éventuelles pressions sur l'organisme, la FDA, responsable de prendre la décision. 

Des responsables scientifiques muselés

Depuis des mois, les incidents se multiplient au sein de l'Agence américaine des médicaments (FDA) et des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), l'agence fédérale en première ligne pour répondre à la pandémie de Covid-19. D'après le New York Times, de hautes responsables scientifiques des CDC, qui briefaient la presse régulièrement, ont été muselées par l'administration Trump après avoir sonné l'alarme sur le coronavirus. 

Pis encore, selon le site Politico, le chef de la communication du ministère de la Santé, Michael Caputo, et l'un de ses conseillers exigeaient depuis des mois de censurer certaines études scientifiques. Ce proche de Donald Trump assume, en accusant les CDC de "sédition", et ses experts de comploter "pour attaquer Donald Trump".

"Notre plan de base, le plus probable, est novembre"

Devant le tour très politique que prend cette course au vaccin, un laboratoire américain a pris le parti de jouer la transparence. Moderna estime dès lors qu'il n'y aura a priori pas de résultats concluants avant l'élection présidentielle. "Notre plan de base, le plus probable, est novembre", a dit sur CNBC jeudi le directeur général de Moderna, Stéphane Bancel. 

"Notre plan le meilleur est octobre, c'est improbable mais possible. Et si le rythme d'infections dans le pays ralentissait dans les prochaines semaines, cela pourrait repousser à décembre, notre scénario le pire", a-t-il précisé. Sauf qu'à cette date, Donald Trump aura peut-être déjà perdu la Maison Blanche. 

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